“Un destin tout tracé”

Anaia Hoard
BASKETTEUSE DE HAUT NIVEAU, PROMISE A UN AVENIR CERTAIN DANS LE MONDE PROFESSIONNEL, LA DEMOISELLE DE CARNON SE CONSACRE DESORMAIS A SON AUTRE PASSION : LE DESSIN. SES OEUVRES MELENT ART ET SPORT ET INTERESSENT LES PLUS GRANDES ORGANISATIONS INTERNATIONALES.

La gloire peut surgir par surprise, ce sont beauté et son extravagance. Elle a cueilli Anaïa Hoard au saut du lit, un matin ordinaire, par la voix d’une coéquipière de Wake Forest, l’université de Caroline du Nord qui attisait alors deux de ses passions les plus dévorantes.

Anaïa Hoard est basketteuse. Elle est artiste. Basketteuse comme papa, l’Américain Antwon Hoard, ailier fort des Racers de Murray State, champion de France et MVP de la finale de ProB avec Besançon en 2008. Comme maman, Katia Foucade, médaillée d’argent à l’Euro 1993 en Italie. Comme Leah, sa soeur, comme ses frères, Elijah, membre de la Tony Parker Adéquat Academy et Jaylen, aujourd’hui à l’Hapoël Tel-Aviv après quelques éclairs en NBA, aux Trail Blazers de Portland puis au Thunder d’Oklahoma City. Anaïa a 22 ans à peine. Mais elle ne joue plus au basket. Ou alors « dans la street », comme elle dit, avec ses frères et soeur, ses amis. Elle pourrait pourtant parapher un contrat professionnel, fréquenter l’élite. Plus jeune, en 2017, elle a été championne d’Europe avec la sélection U16, celle de Marine Fauthoux et Iliana Rupert, cadres de l’équipe de France d’aujourd’hui. Et même vice-championne du monde l’année d’après au terme d’une finale inoubliable face aux États-Unis. « Ce moment-là fut assez drôle, concède-t-elle, parce que j’ai retrouvé ces mêmes filles quelques semaines plus tard dans ma conférence. Chanter l’hymne national français puis entendre celui des États-Unis, c’était même cocasse, mais évidemment génial. Ça me renvoyait au moment où j’ai signé les papiers pour choisir la sélection avec laquelle j’évoluerais. » Elle a opté pour la France parce qu’elle est issue d’une famille « qui rêve beaucoup » et que la perspective de pouvoir battre un jour les intouchables Américaines constituait alors un challenge inspirant. « Mais on a perdu de 50 points en finale », rigole-t-elle.

Elle ne joue plus, mais elle s’entraîne tous les jours. « Je garde une routine de sportive, assure-t-elle, je me lève tôt, je fais mes exercices, je vais courir, je m’entretiens physiquement. Sans cette partie physique, je n’arriverais pas à me replonger dans mon travail aussi facilement. » Ce « travail », c’est donc le dessin, le portrait notamment qu’elle croque au fusain, cette branche de saule qui donne des traits et des aplats noirs d’une densité idéale « pour capter l’âme de quelqu’un ». « Mais c’est très paradoxal, sourit-elle, parce que si l’on m’a effectivement connue par le fusain, il faut savoir que je n’avais créé que deux seules oeuvres avec cette technique avant le portrait de Chris Paul. Je l’ai bossée, sans forcément la rechercher éperdument.

Mais en ce moment, je pars dans tous les sens. La peinture, la sculpture, la couleur, des choses que les gens ne savent pas forcément parce qu’ils m’identifient comme spécialiste du fusain et de l’hyper-réalisme. Mais tout ça évolue au fil du temps qui passe, comme moi dans la vie. Et je trouve ça cool. Je n’aime pas rester sur une chose figée, j’aime approfondir, me donner la liberté d’aller voir ailleurs, explorer différentes facettes de moi-même. » Anaïa est un prénom d’origine métissée, issu de l’Hébreu ou du Latin « Agnus » qui signifie pureté et c’est sans doute un signe. Les sociologues affirment que la ténacité est très probablement l’un des traits principaux des personnes qui portent ce prénom. Que l’habileté fait partie de leurs qualités les plus caractéristiques. Qu’elles sont brillantes, perspicaces, rigoureuses. Qu’elles n’ont pas peur de se lancer des défis. C’est sûrement un autre signe. Ce défi-là est à la fois épicé et nécessaire. « Le basket me manque un peu, parfois, admet-elle, même si je le vis au travers de mes proches.

Mais j’ai choisi de me donner la chance de m’épanouir avec mon art et de vraiment voir si je pouvais atteindre un haut niveau, comme au basket, en mettant toute mon énergie, tout mon temps et pour le moment, ça se passe très très bien et j’ai très envie de voir jusqu’où je peux pousser cela. » Elle était une basketteuse attirée par l’art. Elle est une artiste passionnée de basket. Deux mondes parallèles, pas toujours compris par les esprits étroits qui les pensent inconciliables. « Alors que, assure Anaïa, ils sont indispensables à mes équilibres. Et plus j’arriverai à m’établir en qualité d’artiste, plus je me sentirai sereine pour reprendre, pourquoi pas, ma carrière de basketteuse. »

Elle n’aurait jamais pu tenir ces propos il y a un an, au moment de la bascule : « J’aurais dit alors que les chances de rejouer étaient hypothétiques. Elles sont très réelles. Je sais que je suis apte. Que j’en ai envie. Parce que ça rajouterait quelque chose à ma vie. » Cette vie que le destin a donc bousculée ce fameux matin d’hiver 2021. Sur son compte Instagram, Chris Paul, l’un des meilleurs passeurs de l’histoire de la NBA, lui aussi passé par l’université de Wake Forest, a posté le fameux portrait réalisé au fusain par Anaïa. Quelques heures plus tard, son compte à elle croulait sous les éloges. « Là, concède-t-elle du bout des lèvres, j’ai commencé à réaliser que mes dessins pouvaient plaire et qu’au lieu de leur consacrer 10 % de ma journée contre 90 % à l’activité sportive, je pouvais pivoter et voir où ça me mènerait. » Cela la mène sur d’autres scènes sans parquet, scènes intimes ou prestigieuses selon ses humeurs et ses envies.  À Wake Forest, elle avait réalisé un logo imprimé sur des tee-shirts pour lier son université à la lutte Black Lives Matter. Elle a depuis collaboré avec l’ATP et la WTA pour des portraits de Serena Williams, Coco Gauff ou Naomi Osaka. Avec la FIBA autour de la Basketball Champions League, mais surtout avec la NBA pour le projet NBA Creator Series. Retenue parmi cinq créateurs européens, elle a brossé les traits de Tony Parker, Nicolas Batum, Rudy Gobert et Evan Fournier pour célébrer le 75e anniversaire de la Ligue Américaine. Elle a également participé à différentes expositions, comme celle de « Trajectoires » à Paris pour faire découvrir une partie de son univers, et à l’élaboration du livre « Hors Piste » de l’escrimeur Enzo Lefort sur les Jeux Olympiques de Tokyo. Elle songe désormais à une série plus personnelle, des oeuvres qui dévoileraient ses sentiments, raconteraient ses équilibres. « Aujourd’hui, confesse-t-elle, je suis entièrement en phase avec moi-même. J’ai grandi dans ce domaine artistique, je ne suis plus aussi pointilleuse, j’ai compris, surtout, que l’accumulation de plusieurs erreurs n’était pas forcément synonyme de confusion, et que ça pouvait au contraire se révéler enrichissant. Ce constat a été super impactant dans mon art et dans ma vie aussi. » Une vie portée par l’air du temps, une vraie vie d’artiste.

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