Photographie Rémi Martinez
À 28 ans, Pauline Mahieu fait partie des meilleures nageuses françaises. Finaliste mondiale, olympienne à Paris 2024 et détentrice de plusieurs records de France, elle poursuit aujourd’hui sa quête de performance entre Canet-en-Roussillon et Montréal. Derrière les chronos, il y a pourtant une au- tre histoire : celle d’une sportive qui a appris à se reconstruire, à croire en elle et à s’entourer des bonnes personnes. Rencontre avec une athlète lucide, ambitieuse et profondément humaine.
Reportage réalisé en partenariat avec La Banque Populaire du Sud.
“ J’AVAIS ENVIE D’ALLER CHERCHER DE L’INCONFORT POUR CONTINUER À PROGRESSER. ”
Pauline, racontez-nous comment la natation est entrée dans votre vie.
Mes parents ont tout simplement voulu que j’apprenne à nager. Nous sommes quatre enfants et mes frères et sœur nageaient déjà dans un club, donc j’ai naturellement suivi le même chemin. Au départ, c’était surtout une question de sécurité. Puis j’ai découvert la compétition et j’ai adoré ça. Plus jeune, je faisais aussi du water-polo en parallèle. Honnêtement, je trouvais ça plus amusant de jouer avec un ballon que d’enchaîner les longueurs. Mais petit à petit, la natation a pris toute la place. Aujourd’hui, elle guide ma vie depuis de nombreuses années.
À quel moment avez-vous compris que vous vouliez aller beaucoup plus loin ?
Très jeune. J’avais 13 ans lorsque j’ai participé à un stage avec le groupe de mon frère. J’y ai rencontré une nageuse médaillée olympique qui m’a parlé du pôle de Font-Romeu. En rentrant, j’ai annoncé à mes parents que je voulais y entrer. Je ne savais même pas où c’était. À l’époque, je n’avais pas de résultats exceptionnels. J’avais surtout un potentiel physique. Beaucoup de pôles m’ont refusée, mais Font-Romeu a choisi de miser sur l’avenir. Avec le recul, ce choix a changé ma vie.
Quelles ont été les grandes étapes de votre parcours jusqu’à aujourd’hui ?
À Font-Romeu, tout s’est très vite accéléré. Je suis devenue championne de France junior, j’ai participé aux championnats d’Europe juniors, aux Jeux Olympiques de la Jeunesse, j’ai battu des records de France. Ensuite, j’ai ressenti le besoin de changer et je suis partie m’entraîner avec Philippe Lucas à Montpellier. Cela a été une période très difficile. J’ai perdu confiance en moi et mes performances ont chuté. Après un an et demi compliqué, j’ai rejoint Canet-en-Roussillon en décembre 2018. C’est là que j’ai pu me reconstruire, retrouver du plaisir et atteindre mon meilleur niveau. J’y suis restée sept ans et demi avant de ressentir à nouveau le besoin de sortir de ma zone de confort.
En 2025, vous décidez de partir vous entraîner à Montréal. Pourquoi ?
J’avais envie d’aller chercher de l’inconfort. C’est une expression qui me parle beaucoup. À Canet, nous sommes extrêmement bien accompagnés. Tout est organisé pour que nous puissions performer. C’est une chance, mais j’avais besoin d’autre chose. À Montréal, je découvre une nouvelle culture, un nouveau groupe d’entraînement, une nouvelle façon de travailler. Je dois aussi gérer beaucoup de choses seule : trouver un logement, organiser mon quotidien, créer un nouveau réseau. J’avais besoin de ce défi-là pour continuer à progresser. Là-bas, la culture de la compétition est très différente. Les athlètes arrivent avec une confiance incroyable. J’avais envie de me confronter à cette mentalité et de tester de nouvelles méthodes. Au-delà du sport, c’est aussi une expérience de vie qui me fait énormément grandir.
Avant les Jeux de Paris, vous publiez un message sur LinkedIn pour solliciter des partenaires. Pourquoi cette démarche ?
À partir de 2022, mes résultats commencent à vraiment décoller. Pourtant, malgré les sélections internationales et les records, je dépendais encore beaucoup de l’aide de mes parents. J’avais envie de devenir autonome. Mon sport reste peu médiatisé en dehors des Jeux Olympiques et j’ai compris qu’il fallait aller chercher les opportunités. Avec l’aide de la sœur de Camille Vatel, nous avons rédigé un message sur LinkedIn. Je ne connaissais absolument pas ce réseau. J’ai simplement raconté mon histoire et expliqué mes besoins. Il y a eu énormément de retours. Beaucoup de personnes ont découvert mon parcours à ce moment-là.
C’est à ce moment-là que la Banque Populaire du Sud entre dans l’aventure ?
Oui. Parmi les nombreuses personnes qui ont réagi, il y a eu Cyril Brun. Il a découvert mon histoire à travers cette publication et a souhaité m’accompagner. Il m’a mise en relation avec Laurence et les équipes de la Banque Populaire du Sud. À l’époque, la Team BPS était déjà constituée et je suis arrivée quelques mois seulement avant les Jeux. Ils ont choisi de me faire confiance alors même que je n’étais pas encore qualifiée. Ils ont misé sur l’aventure Pauline avant de connaître la suite de l’histoire.
Après les Jeux de Paris, beaucoup de partenaires auraient pu considérer leur mission accomplie. Pourtant, la Banque Populaire du Sud est restée à vos côtés. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
C’est quelque chose qui compte énormément pour moi. Pour être honnête, la plupart des contrats que j’avais signés étaient prévus pour une année. Après les Jeux, beaucoup de partenariats se sont arrêtés. La seule entreprise qui a continué à m’accompagner, alors même que les Jeux étaient passés, c’était la Banque Populaire du Sud. Pour moi, cela montre qu’ils ne sont pas là uniquement pour un événement ou pour la visibilité. Ils croient réellement dans mon projet sportif mais aussi dans la personne que je suis. Aujourd’hui, nous entrons dans une troisième année de collaboration et je trouve cette fidélité extrêmement précieuse. Dans le sport de haut niveau, ce n’est pas si fréquent.
Qu’est-ce que ce partenariat vous apporte concrètement ?
Bien sûr, il y a un soutien financier qui est indispensable. Être sportive de haut niveau coûte cher, et encore plus aujourd’hui avec mon projet à Montréal où tout est à ma charge : le logement, les déplacements, l’organisation du quotidien. Mais le partenariat va bien au-delà de cet aspect. La Banque Populaire du Sud m’accompagne aussi dans mon développement personnel. Nous réalisons régulièrement des vidéos pour partager les coulisses de mon quotidien et permettre au public de mieux comprendre ce qu’implique réellement une carrière de sportive de haut niveau. J’ai également accès à plusieurs formations proposées par le groupe BPCE. Ce sont des opportunités très importantes pour moi parce qu’elles me permettent déjà de préparer l’avenir.
Vous évoquez souvent la dimension humaine de cette relation. Qu’est-ce qui distingue la Banque Populaire du Sud des autres partenaires que vous avez pu connaître ?
Je dirais sans hésiter la dimension humaine. Bien sûr qu’ils suivent mes performances et qu’ils ont envie que je réussisse. C’est normal. Mais ce n’est jamais la seule chose qui les intéresse. Nous faisons un point tous les mois et les échanges ne tournent pas uniquement autour des compétitions ou des résultats. Quand Laurence ou Léa me demandent comment je vais, comment se passe ma vie, si mes parents vont bien ou comment je vis certaines périodes plus compliquées, je sens que leur intérêt est sincère. Ça peut sembler anodin, mais dans le sport de haut niveau on est souvent évalué uniquement à travers la performance. Avec elles, je me suis toujours sentie considérée comme une personne avant d’être un résultat. C’est une vraie chance d’avoir un partenaire aussi sain.
Paris 2024. Avec un peu de recul, quel regard portez-vous aujourd’hui sur ces Jeux ?
C’est un sujet qui reste particulier parce que mes souvenirs sont à la fois magnifiques et douloureux. Il y a évidemment tout ce qui était extraordinaire : vivre des Jeux en France, devant sa famille, avec un public incroyable, partager cette aventure avec ma sœur qui était également qualifiée avec l’équipe de France de water-polo. Ce sont des moments que je n’oublierai jamais. Mais sportivement, je suis passée à côté de ce que j’espérais vivre. Et cela a été difficile à accepter. Pendant des années, on nous répète que les Jeux Olympiques sont la chance d’une vie. Qu’il y a des millions de sportifs qui ne connaîtront jamais cela. Alors quand cette opportunité arrive et que l’on n’arrive pas à s’exprimer comme on l’aurait voulu, il faut faire un vrai travail d’acceptation. Je crois que le plus difficile a été de faire le deuil des Jeux que j’avais imaginés. Aujourd’hui, je suis plus apaisée. J’ai compris qu’il y avait des choses pour lesquelles je n’étais pas prête à ce moment-là. J’ai aussi beaucoup appris sur moi-même. Je ne parle pas de revanche, mais plutôt d’une envie de vivre différemment les prochains grands rendez-vous. De profiter pleinement de l’expérience tout en restant performante.
Quand on regarde un sportif à la télévision, on ne voit souvent que la compétition. Que représente réellement une carrière de haut niveau ?
Je n’aime pas parler de sacrifices parce que j’adore profondément cette vie. J’aime m’entraîner, voyager, me dépasser. Mais il y a forcément des choix à faire. Très jeune, j’ai dû renoncer à certaines études que j’aurais aimé poursuivre. J’ai quitté ma famille à 14 ans pour intégrer un pôle. Les vacances n’existent jamais vraiment. Il faut toujours penser à l’entraînement, à la récupération, à l’alimentation. Et puis il y a aussi l’impact sur la vie personnelle. Construire une relation amoureuse quand on est sportif de haut niveau n’est pas toujours simple. Il faut composer avec les déplacements, les compétitions et les contraintes permanentes.
La Banque Populaire du Sud vous accompagne également dans la préparation de l’après-carrière. Pourquoi est-ce si important pour vous ?
Parce qu’une carrière sportive, même lorsqu’elle se passe bien, a une fin. Pendant longtemps, toute mon énergie était consacrée à la natation. Aujourd’hui, j’ai envie de construire progressivement autre chose à côté. Et c’est là que l’accompagnement de la Banque Populaire du Sud prend tout son sens. Grâce au programme mis en place par BPCE pour les athlètes de haut niveau, je suis actuellement plusieurs formations. Celle qui me tient le plus à cœur est la formation de conférencière. J’ai toujours aimé raconter mon histoire, partager mon expérience et transmettre ce que le sport m’a appris. Lorsque je suis intervenue dans des entreprises ou auprès de partenaires, je me suis rendu compte que j’aimais vraiment cela. Cette formation me donne des outils très concrets pour structurer mes interventions et préparer l’avenir. J’apprends énormément et cela me motive beaucoup. Je vais également suivre une formation autour du personal branding et de la marque personnelle sur LinkedIn. Pour un sportif, savoir raconter son parcours, valoriser son image et construire son projet professionnel est devenu essentiel.
Quels sont vos grands objectifs sportifs ?
Il y a d’abord les championnats de France qui débutent fin juin et qui seront qualificatifs pour les championnats d’Europe organisés à Paris au mois d’août. Quand j’ai appris que ces championnats d’Europe auraient lieu à Paris, cela est devenu immédiatement un objectif majeur. J’ai envie d’arriver dans la meilleure version de moi-même. Ensuite, il y aura les championnats du monde et, bien sûr, les Jeux Olympiques de Los Angeles 2028 qui sont clairement dans un coin de ma tête. Deux ans peuvent sembler longs, mais dans une carrière sportive, cela passe très vite.
Quelle est la plus grande leçon que vous a apportée le sport ?
L’importance du bien-être mental. J’ai traversé des périodes très compliquées. J’ai connu la dépression, le manque de confiance, l’isolement. Pendant longtemps, je pensais que certaines personnes étaient naturellement heureuses et que moi, je ne faisais pas partie de celles-là. Puis j’ai compris que rien n’était une fatalité. J’ai appris à prendre soin de moi, à construire un environnement sain, à changer mon regard sur les difficultés. Aujourd’hui, je gère les obstacles de manière complètement différente. Je prends davantage de recul. J’accepte qu’il y ait des moments plus compliqués sans en faire une catastrophe. C’est probablement l’apprentissage le plus précieux de toute ma carrière.
Comment aimeriez-vous que l’on se souvienne de Pauline Mahieu dans vingt ans ?
J’aimerais que l’on retienne avant tout mon évolution humaine. Bien sûr, les résultats comptent. Mais ce dont je suis la plus fière, c’est le chemin parcouru. J’ai connu des années très difficiles alors que beaucoup me promettaient un avenir tout tracé. J’ai dû me reconstruire, apprendre à croire en moi et continuer à avancer. Si mon parcours peut montrer qu’on n’est jamais condamné à rester la même personne et qu’on peut toujours évoluer, alors ce sera déjà une très belle réussite.
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