ELLE EST LÀ, QUELQUE PART, ELLE NOUS PROTÈGE

Elle est la présidente du Montpellier Judo Olympic depuis plus de 12 ans. A ce titre, elle s’engage à promouvoir au quotidien un judo d’excellence, accessible à toutes et à tous, tout en renforçant la présence du club sur les scènes nationale et internationale. Elle est également convaincue que le sport peut être un formidable outil d’émancipation, de respect, d’éducation, et d’égalité des chances, et elle ne ménage aucun effort dans les quartiers prioritaires de Montpellier pour que le judo soit synonyme d’inclusion. Au mois de juin, Christel Lavaud a été intronisée au Cercle Mozart, et pourra désormais partager son expérience sur les questions relatives aux grands problèmes économiques, sociaux, environnementaux ou culturels. Mais juin, c’est aussi le mois de la disparition de sa fille, Kim, ceinture noire comme elle, décédée à l’âge de 24 ans d’une forme de paludisme sévère alors qu’elle effectuait une mission de VIA à l’ambassade de France à Luanda, en Angola. Cinq ans après, Christel Lavaud est toujours animée de la même colère. Le 25 juin, après qu’une ordonnance de non-lieu a été rendue, la Cour d’Appel de Montpellier a décidé d’ouvrir une nouvelle étape judiciaire. Elle espère que ce nouveau regard porté sur le dossier permettra de connaître enfin la vérité, et que les responsabilités des uns et des autres seront clairement établies. Ni par vengeance. Ni par goût de la polémique. Juste pour la mémoire de Kim. Et pour protéger tous ceux qui seront un jour confrontés à cette même situation.

Propos recueilli par Philippe Pailhories // Photographies par Guilhem Canal 

« Je voudrais partager avec vous ma colère immense, mon incompréhension. Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi personne n’assume ses actes. Pourquoi tout le monde a peur. Kim n’aurait jamais dû mourir. On ne meurt pas du paludisme à 24 ans. A plus forte raison lorsque l’on est membre d’une Ambassade de France. Elle serait partie toute seule en Afrique, avec son sac à dos et son insouciance, elle aurait pris des risques sans bien les mesurer, elle aurait succombé à une maladie ou un accident, je crois, au-delà de l’immense détresse, que je l’aurais accepté plus facilement. Kim aimait voyager. Elle avait fait des études au Brésil, visité la Bolivie. Elle se faisait une joie de vivre cette expérience en Angola. Elle est morte. Kim était un soleil. Elle était blonde, rayonnante. Elle a été une enfant très précoce. Elle est née un 31 décembre sous la neige. J’ai failli accouchersans mon gynécologue qui a eu énormément de mal à arriver à l’hôpital. J’ai eu du mal à la mettre au monde. Elle a marché très tôt, à dix mois. Elle a parlé tard par contre. Mais quand elle a commencé, ses mots glissaient tout seul. Elle avait un an d’avance à l’école. Elle était une grosse lectrice. Toute petite, elle avait toujours un livre sur les genoux. Elle ne faisait jamais de bêtises, tant et si bien que sa maîtresse de maternelle nous avait convoqué pour nous dire qu’elle était trop sage, qu’elle restait trop dans son coin, toujours avec des livres. On l’a mise au collège de Saint-Jean- de-Védas, puis à La Merci à Montpellier. Elle a enchaîné sur une prépa puis un double Master. En parallèle, elle pratiquait le judo. Elle était ceinture noire. Ensuite, elle est partie à Clermont-Ferrand pendant cinq ans. On lui avait donné le goût du voyage parce que nous sommes nous-mêmes de grands voyageurs, mais elle aimait beaucoup revenir à Montpellier. Kim était brillante. Elle a eu 20/20 dans toutes les matières au baccalauréat. En économie, en maths, en histoire et géo. Elle a obtenu un stage à l’Union européenne. C’était une des seules Françaises à avoir ce privilège. Elle a été repérée par le Ministère de l’économie qui souhaitait l’embaucher une fois qu’elle aurait terminé son Volontariat International enAdministration. Elle travaillait au siège du Crédit Agricole à Paris. Elle s’occupait de l’économie mondiale en fait. Et puis elle a obtenu ce VIA pour dix-huit mois renouvelables. Le Crédit Agricole souhaitait la conserver. Elle a fait le choix de partir. Avant son départ, elle a juste eu droit à une visite médicale et quelques recommandations. Les médecins lui ont parlé de tout, sauf du paludisme.Elle avait déjà fait le vaccin contre la fièvre jaune, et elle ne s’est pas souciée d’autres formalités. À son arrivée à l’Ambassade, on lui a remis un livret d’accueil sur lequel était spécifié qu’il y avait bien du paludisme en Angola, mais que sa forme n’était pas bien sévère. Elle a atterri à Luanda le 1er février. Elle a eu les premiers symptômes le 6 juin. Une semaine avant de mourir. Pendant ces quatre mois, elle n’abénéficié d’aucun traitement antipaludique. Nous avons interrogé ses amis sur place. Hormis ceux dont les parents étaient médecins, aucun n’a subi le moindre traitement, au prétexte que le médicament peut abîmer le foie.

Le 6 juin, donc, elle a commencé à avoir très mal à la tête. Elle m’a appelée en me disant qu’elle avait sans doute pris un coup de soleil, peut-être fait une insolation. Elle nous a demandé de ne pas nous inquiéter. On s’est appelé tous les jours suivants. Nous étions très très proches. Le lundi, elle est quand même allée consulter parce qu’elle avait des vertiges et qu’elle ne se sentait pas bien du tout. Elle s’est rendue dans un dispensaire. On ne l’a même pas envoyée dans un hôpital digne de ce nom alors qu’elle logeait à l’Ambassade et qu’elle aurait dû bénéficier de plus d’égards. On lui a fait le test de la goutte épaisse, une technique de référence pour diagnostiquer le paludisme. Le test était négatif parce qu’elle souffrait en fait d’une forme de paludisme sévère et que le parasite s’était déjà insinué dans tout le corps. On lui a dit d’aller se reposer, de revenir le lendemain si ça n’allait pas mieux. Elle avait extrêmement mal à la tête. On ne lui a donné aucun médicament alors que le pays est parmi les plus touchés d’Afrique. Le lendemain, les gens de l’Ambassade lui ont recommandé de se reposer dans sa chambre. Mais dans la nuit du mardi au mercredi, les douleurs n’étaient plus supportables. Alors elle s’est rendue toute seule à l’hôpital. Elle a attendu quatre heures parce qu’elle n’avait pas les moyens de payer les frais astronomiques d’admission. Elle a appelé ses copines qui ont pu l’aider à effectuer un virement bancaire. Elle était sur un brancard parmi tous les autres malades. Ils ont fini par la mettre dans une chambre individuelle. À 1 heure du matin, elle nous a adressé un message pour nous dire qu’elle souffrait d’une forme de paludisme sévère. Elle a été diagnostiquée le mercredi matin, alors qu’elle souffrait depuis le samedi précédent. Un ami gendarme est venu lui rendre visite, mais aucun membre de l’Ambassade de n’est déplacé. Son chef de service est quand même venu le lendemain matin. Le jeudi matin, elle m’a adressé un texto en me disant qu’elle n’allait vraiment pas bien, qu’elle allait être évacuée vers un autre hôpital, qu’elle était dans un état critique. C’était la période du Covid, nous ne pouvions prendre aucun avion. Nous avons commencé à paniquer. Nous avons appelé l’Ambassade, mais personne n’a répondu. L’hôpital a également cherché à joindre l’Ambassade. En vain. Nous avons fini par joindre le Conseiller des Français de l’étranger qui a pris l’affaire en main. Il a conseillé d’évacuer Kim dans l’autre hôpital, mais il n’y avait pas non plus de soins intensifs. Il a suggéré alors de l’évacuer vers un établissement habilité. Mais l’Ambassade a tergiversé, cherché le moyen le moins onéreux pour la prise en charge. Ils n’ont pas appelé la cellule de crise à Paris.

“ KIM N’AURAIT JAMAIS DÛ MOURIR.
ON NE MEURT PAS DU PALUDISME À 24 ANS 

Par la suite, nous avons appris que l’évacuation d’une VIA ne passait pas par la cellule de crise qui est gérée par le SAMU de Paris. Il suffisait pourtant qu’elle soit évacuée en urgence absolue par avion militaire. Elle serait parmi nous aujourd’hui. Le vendredi, elle nous a appelés, elle avait un masque à oxygène sur le visage. Elle avait du mal à respirer, mais elle a tout de même tenu à nous rassurer. Elle nous a dit qu’elle se sentait mieux, et on l’a crue parce qu’en fait on lui avait enlevé tout le liquide qu’elle avait dans le ventre. Elle voulait nous voir, alors on a communiqué par visio. Elle nous a dit : ne vous inquiétez pas, je retournerai travailler lundi. On lui a dit : non, tu vas être évacuée, il était question de Johannesburg je crois. On te rejoindra là-bas. Le samedi matin, j’ai envoyé un texto au Consul qui a répondu au Conseiller des Français de l’étranger que je devais arrêter de m’inquiéter, que Kim allait très bien. Alors qu’elle est certainement décédée dans la nuit de vendredi à samedi. On pense qu’elle était toute seule. Qu’elle est morte toute seule. Dans l’après-midi, les gendarmes sont venus sonner à notre porte. Ils nous ont dit : vous êtes les parents de Kim ? Nous nous sommes effondrés. L’Ambassadeur nous a appelé le lendemain. Il était, je ne dirais pas indifférent, mais froid, comme s’il nous avait annoncé la mort d’un animal. Ça ne s’est pas très bien passé au téléphone. Le Consul nous a appelé à son tour, le lundi. Il partait en vacances. Il nous a dit qu’avant de partir, il voulait nous avertir que Kim allait sûrement être incinérée parce qu’elle présentait des risques de Covid. Nous avons appelé le le Préfet de Montpellier que je connaissais un peu. Il a tout fait pour pouvoir la rapatrier. Elle nous a été rendue quatre semaines plus tard. Mon mari, le lendemain, a fait deux AVC. Il est demeuré deux mois à l’hôpital de Montpellier en soins intensifs. J’ai dû tout gérer. Là, j’en parle comme ça, mais je vous assure que ça a été une épreuve immense. Je pense qu’en fait j’ai tellement de douleur, mon cœur est tellement sec maintenant, que j’arrive à en parler sans pleurer. Je pense que je me suis blindée. Je me suis mise une carapace parce que perdre un enfant est une douleur indescriptible. Je n’arrive même pas à dire le degré de douleur que ce peut être. Quelque temps plus tard, j’ai reçu ses malles. Elle devait revenir l’été et elle nous avait fait plein de cadeaux. Quand je les ai ouvertes, ça a été le pire moment de ma vie. Je suis devenue très insensible à la douleur des autres en fait. À part si elle concerne mon autre fille, Lisa, qui a un an d’écart avec Kim, et mon mari, bien sûr. Il va un peu mieux aujourd’hui. Mais il garde des séquelles. Nous sommes restés très soudés tous les trois. 80 % des couples divorcent après un tel drame. Nous avons cherché à nous procurer le rapport du médecin. Il tient sur une demi-page. Tout a été caché. On a eu des gens de confiance qui nous ont avoué que le vrai rapport avait disparu. Alors nous avons décidé d’en savoir plus. Nous avons été reçus par Bruno Lemaire à Paris. Il nous a accueilli en grandes pompes, comme s’il voulait nous épater. Il nous a transmis le rapport qui avait été rédigé, et puis il nous a dit qu’il allait cherché le moyen de rendre hommage à Kim. Lisa avait 23 ans à l’époque. Elle a dit : comment ça, rendre hommage ? C’est pas d’un hommage dont nous avons besoin, mais d’explications. Il s’est levé subitement et a pris congé prétextant une interview. On l’a revu une deuxième fois. Ça ne s’est pas bien passé non plus. Depuis, on n’a plus eu le moindre contact avec le Ministère des affaires étrangères. Je sais que mon téléphone a été un temps mis sur écoute. Tout le monde pensait que nous allions nous contenter du peu d’explications, mais nous avons décidé au contraire de remuer ciel et terre pour faire éclater la vérité, et les gens ont pris peur. On a choisi un avocat de renom au barreau de Paris. Il pensait pouvoir régler l’affaire assez vite, puis nous a avoué que ça risquait d’être long et compliqué, peut-être une dizaine d’annéesd’investigations, et que son tarif était de 10 000 euros à l’année. On l’a quitté et on a pris un avocat à Montpellier qui nous suit depuis maintenant cinq ans. On a sollicité le tribunal social de Montpellier qui nous a dit que c’était de la compétence du tribunal social de Paris. À Paris, ils ont mis quelques mois avant de nous dire que ça n’était pas le tribunal social, mais le tribunal administratif de Paris qui avait cette compétence. Et puis on nous a renvoyé vers le tribunal administratif de Montpellier. Le procureur a porté plainte pour homicide involontaire. Lorsqu’il a vu les incohérences dans le dossier, quand il a découvert ce document sur lequel était stipulé qu’elle était décédée le vendredi alors que le Consul affirmait qu’elle allait très bien le lendemain, il a pris les choses en mains. Il y a tellement de zones d’ombre, tellement de choses non dites, de choses cachées. Nous sommes en colère parce qu’il n’y a eu aucune prévention en amont. Nous sommes en colère parce qu’aucun traitement n’a été administré. Nous sommes en colère parce que la manière dont ce dossier a été géré est inadmissible.

Nous sommes en colère parce que personne n’a respecté notre fille, ni pendant, ni après. Le Consul l’appelait « la VIA », il n’était même pas capable d’énoncer son prénom. Pour lui, il y avait les gens de sa caste, et les petites gens. S’il était tombé malade, il aurait été admis à l’hôpital Total, l’hôpital du groupe pétrolier, très puissant en Angola. Mais Kim n’était pas du bon coté. C’est ce que pense Avraham Benhaim. Au moment du décès de Kim, il exerçait encore ses fonctions de Conseiller des Français de l’étranger. Il a bien connu Kim et connaissait également le contexte de sa mission en Angola. Son témoignage est donc celui d’un homme qui a été directement alerté alors que Kim était encore en vie et qui a tenté, à son niveau, de faire réagir les autorités face à l’urgence de la situation. Voici son témoignage : « Aujourd’hui, je suis libre de tout mandat électoral. On ne pourra donc pas m’accuser de récupérer le malheur d’une famille à des fins électorales ou de faire campagne sur leur deuil. C’est pourquoi, en toute liberté, je peux apporter mon témoignage. Tout a commencé par une journée du mois de juin. Un employeur d’une entreprise française m’appelle pour me demander de prendre des nouvelles d’une clinique où se trouve l’un de nos compatriotes expatriés, atteint de la dengue. En contact direct avec une de mes connaissances dans cet établissement, je lui demande de se renseigner sur l’état de ce ressortissant français. Il me rappelle rapidement : « Le Français va bien. Par contre, il y a la petite de l’Ambassade de France qui ne va vraiment pas bien. Il faut l’évacuer d’urgence, nous n’avons pas de salle de réanimation ici. Nous essayons d’appeler l’Ambassade de France, mais personne ne répond. Immédiatement, j’appelle le Consul de France de l’époque pour l’informer du danger : « Dépêche-toi, elle est vraiment au plus mal. » Sa réponse ? « J’appelle son chef de service. » 45 minutes s’écoulent. Mon contact à la clinique me rappelle, paniqué : « Que se passe-t-il ? Personne de l’Ambassade ne nous rappelle, on doit l’évacuer ! » Je rappelle aussitôt le Consul : « Qu’est-ce que vous faites ? La petite est au plus mal, personne n’a contacté la clinique ! » Sa réponse me stupéfie : « Ce n’est pas à moi de m’en occuper, c’est à son chef. Je suis trop occupé. » Puis, le silence. Le jeudi, je lui envoie un message pour prendre des nouvelles. Il me répond : « La VIA va mieux, elle récupère. » Le samedi, nouveau message de sa part : « La VIA va mieux, elle va être évacuée. » En réalité, à ce moment-là, Kim est déjà décédée. Mais je ne le sais pas encore. C’est l’Ambassadeur de France qui m’appelle le dimanche pour m’annoncer sa mort. Sous le choc, je lui demande : « Mais je croyais qu’elle devait être évacuée ?! » Sa réponse : « Oui, mais ce sont les informations que nous avions à ce moment-là… »

Voilà bien la preuve que personne ne s’est soucié du cas de Kim, que personne n’a pris la mesure d’une situation pourtant dramatique. Dans le rapport administratif que nous avons eu, ils ont enlevé le témoignage d’ Avraham. Ils n’en ont gardé qu’une partie, et Avraham n’a pas voulu le signer. Il voulait être entendu, mais ni la juge, ni les gendarmes n’ont souhaité l’entendre. Tout le monde espère que nous finirons par nous essouffler. Mais nous ne craquerons jamais, et c’est ce qui les dérange. Nous voulons savoir. Nous voulons aller jusqu’au bout afin de créer une jurisprudence pour que ce type d’événements ne se reproduise jamais. Des gens touchés de la même manière se taisent, peut-être parce qu’ils sont impressionnés.

Mais nous ne nous tairons pas. Il y a eu des dysfonctionnements, des erreurs. Il paraît qu’à l’Ambassade, il y a des tonnes de médicaments enfermés à clé. Mais personne n’a la clé. Il y a un important traffic de médicament en Angola. Quand Kim était à l’hôpital, on lui a dit que quand elle sortirait, elle devrait se débrouiller pour trouver son traitement. Au Centre d’études et de recherches sur le développement International de Clermont- Ferrand, ils ont apposé sur le mur de la salle dans laquelle elle étudiait une plaque au nom de Kim. Je veux que sa mémoire soit perpétuée et que son cas serve. Une jeune fille que l’on envoie travailler pour l’État dans un pays d’Afrique ne doit pas revenir en cercueil à 24 ans. C’est inconcevable. Comme sont inconcevables ces zones d’ombre. Quand elle est décédée, l’Ambassade a réuni ses copains et ses copines en leur disant : personne ne doit parler du cas de Kim. Personne. Pensez à vos carrières. En 2021, il y a eu un sommet France-Afrique à Montpellier présidé par Emmanuel Macron. J’avais été invitée dans le cadre d’un projet que nous souhaitions mener avec Kim par l’intermédiaire du club de judo. Nous voulions aider les jeunes Angolais à pratiquer ce sport. J’ai su que l’Ambassadeur de France à Luanda était présent. Je l’ai cherché partout. Nous avions le masque sur le visage. J’étais dans la grande salle de l’Aréna, le président Macron faisait son discours. J’étais comme une folle. Des gens de la sécurité se sont rendus compte de mon état et m’ont fait me rasseoir. Heureusement que je ne l’ai pas trouvé. Dans la foulée, Emmanuel Macron nous a écrit parce que nous avions adressé un courrier à son épouse Brigitte. En fait non, c’est son secrétaire général qui nous écrit. Il a dit : condoléances pour votre enfant, mais il l’a nommée Lisa et non pas Kim ! Ce n’est pas une honte ça, franchement ? Comment veux-tu ne pas être en colère ? Tout est hallucinant dans cette affaire. Dans son cercueil, ils l’avaient habillée en mariée, c’est une tradition en Angola. La secrétaire de l’Ambassade m’a envoyé un message avec une photo. Kim semblait apaisée. Je n’ai pas pu la revoir. Mais je la revois depuis tout le temps, comme un petit oiseau sur mon épaule. Je lui parle. J’ai l’impression qu’elle m’accompagne tous les jours. Je lui demande des conseils, je lui dis mes tourments. Avec Lisa, on a eu beaucoup de mal au début. On habitait ensemble, on dormait ensemble. Et puis on s’est dit qu’il fallait réagir. On a décidé de ne plus parler de Kim tout le temps. Elle est tellement présente sans avoir besoin d’en parler. Mais on sait qu’elle est là, quelque part, qu’elle nous aide, nous protège. Quand je regarde les étoiles, j’ai toujours l’impression que la plus brillante, c’est elle. »

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