Texte par Philippe Pailhories // Photographies par Guilhem Canal // Direction artistique par Aurélia Frantz
“ J’AI TRÈS TÔT SU QUE JE SOUHAITAIS M’ORIENTER VERS L’OPTIMISATION DE LA PERFORMANCE
& LE BIEN-ÊTRE DES SPORTIFS ”
Au Printemps dernier, elle a quitté le Rïnkla Stadium de Brest une médaille d’argent autour du cou. L’attaquante des Bélougas de Toulouse-Blagnac est vice-championne de France de hockey-sur-glace. Après neuf saisons à Montpellier, elle a fait le choix de demeurer en Élite A, et a intégré le voisin d’Occitanie. « Le jeu y est plus complexe, le niveau plus intéressant », justifie-t-elle. Solène Tossut adore le sport. Pas seulement le hockey- sur-glace. Petite, elle a flirté avec le tennis, le judo, la danse, le handball, l’équitation. Le roller bien sûr. « Nous étions partis en vacances à Tignes, éclaire-t- elle, et des jeunes pratiquaient du roller hockey. Une initiation était proposée. J’ai beaucoup apprécié, et je me suis inscrite au club de Montpellier dès mon retour. Je devais avoir dix ans. » Après les Mantas, elle a donc défendu les couleurs des Vipers puis celles des Rafales avant d’intégrer la famille des Bélougas. Dans ce monde de la glisse, elle a très vite aimé « l’esprit collectif, la cohésion, cette notion de partage, et puis bien sûr les sensations avec surtout des efforts courts, intenses et répétés ». Solène Tossut a fait le choix de s’entraîner seule « parce que je ne peux pas me permettre d’effectuer sans cesse les aller-retour ». De la course, de la musculation, un peu de roller aussi. Il faut dire qu’elle ne manque pas d’idées pour préparer son corps à ce type d’efforts. Elle est en effet préparatrice physique. Lorsqu’elle était en section sport-études au lycée Jean-Mermoz de Montpellier, elle s’est très vite intéressée à cette spécialité. « Surtout, dit-elle, il y avait un préparateur physique au hockey, Xavier Brun, dont j’aimais beaucoup la façon de travailler, sa philosophie, sa manière de nous éclairer sur les contenus qu’il nous proposait. Je crois que j’ai très tôt su que je souhaitais m’orienter vers ça, l’optimisation de la performance et le bien-être des sportifs. Une fois que j’ai décroché mon bac, je suis partie en licence à l’UFR STAPS puis j’ai enchaîné avec un Master. » Avec toujours cette même curiosité pour les différentes pratiques. Durant ce cursus universitaire, elle a ainsi validé des formations fédérales en haltérophilie, force athlétique, kettlebell et remise en forme. Puis effectué des stages auprès des adhérents d’une salle de gym, puis des jeunes athlètes du Pôle Espoir de handball de Montpellier. « En fait, soupire- t-elle, c’est un métier qui réclame beaucoup de temps d’analyse, beaucoup d’expertise, afin de savoir comment le corps fonctionne vraiment, et comment améliorer les capacités physiques afin d’optimiser les performances et réduire le risque de blessure. » La curiosité est vraiment le moteur de Solène Tossut. Exploratrice par nature, elle avance avec la conviction que chaque discipline sportive recèle une part de vérité à découvrir. Là où certains choisissent un chemin unique, elle préfère les carrefours, les détours et les terrains inconnus. Chaque sport qu’elle rencontre, chaque tranche d’âge deviennent une nouvelle langue à comprendre, une nouvelle culture du mouvement à apprivoiser. Elle s’est beaucoup engagée dans le handball, notamment auprès de la Ligue d’Occitanie. Pendant un petit peu plus de trois ans, elle a été responsable de l’encadrement et du développement athlétique des jeunes joueurs au sein de la structure. Elle a bifurqué sur les jeunes filles tout en s’occupant de la préparation physique spécifique musculation des joueuses de Bouillargues, en deuxième division, puis de la préparation physique de celles de Toulon, en première division. Elle s’est ensuite essayée au rugby, avec la préparation athlétique en salle de musculation des joueurs du RC Méditerranée à Palavas-les-Flots. Et aussi au karaté lors de stages pratiques du Pôle Espoir axés sur les attendus en réathlétisation. Enfin, depuis bientôt trois ans, elle a la charge de la préparation des équipes de France A de BeachHandball. Des salles de hand aux surfaces de sable, Solène Tossut multiplie les expériences avec la même avidité de comprendre. Observer, expérimenter, questionner, recommencer, telle est sa manière de grandir. Chaque rencontre avec un athlète, chaque méthode explorée, chaque défi relevé enrichit sa vision et affine son regard. Mais sa quête ne s’arrête jamais au bord du terrain.
“ LA PART DU CONTACT HUMAIN EST AU MOINS AUSSI IMPORTANTE QUE LA SOMME DES SAVOIR QUE TU PARVIENS À ACQUÉRIR ”
Les livres, les formations, les études et les recherches prolongent ce voyage. Elle poursuit sans cesse son apprentissage, consciente que le savoir est un territoire infini dont chaque découverte ouvre la porte à de nouvelles questions. Plus elle apprend, plus le champ des possibles s’élargit. Animée par cette soif de connaissances, elle construit une expertise vivante, en mouvement, nourrie autant par la science que par l’expérience. Elle ne cherche pas seulement à améliorer la performance, elle cherche à comprendre ce qui permet à chacun de révéler son potentiel, d’exprimer sa force, de trouver son équilibre. Elle se réjouit d’ailleurs du regard de plus en plus convaincu des clubs et des athlètes sur la préparation physique et la prophylaxie. « Il y a encore des différences selon les sports, les niveaux de pratique, la nature de l’effort à fournir, indique-t-elle, mais oui, tout ça est maintenant entré dans les mœurs avec des préparateurs physiques pleinement intégrés dans les staffs. Ailleurs, parfois, ils ne sont malheureusement que des vacataires, utilisés avec trop de parcimonie. » Elle a aimé l’immersion au Rugby Club Méditerranée, le contact avec Jean-Philippe Lacoste et Stéphane Welch, « leur expérience, leur passion ». « Le rugby, dit-elle, c’est une autre culture de travail, déjà à ce niveau. Les joueurs sont demandeurs, très investis. Ils ne vont pas attendre qu’on leur suggère des exercices, ils vont directement s’adresser à moi pour adapter un exercice à une situation donnée, un poste donné. Du coup, ça crée des liens différents, et c’est très important d’instaurer une zone de confiance dans ce métier-là. La part du contact humain est au moins aussi importante que la somme des savoirs que tu parviens à acquérir. » Aujourd’hui, Solène Tossut passe un Certificat de Compétences Spécifiques réathlétisation. Le premier module s’est déroulé à l’INSEP. Le deuxième, dédié à l’étude du genou, au Centre National de Ski et de Snowboard à Albertville. Le troisième, celui sur la cheville et la hanche, à Clairefontaine. Un autre est prévu à Montpellier autour de l’épaule, le suivant à Saint-Raphaël sur le rachis et le cou. Emmagasiner du savoir, encore et toujours… « Mais au-delà du savoir, insiste-t-elle, ce qui m’attire vraiment, c’est la relation avec l’athlète, parce que c’est lui qui va nous apporter une partie des réponses. Tout le côté technologie est nécessaire, mais l’œil est tout aussi important. » Elle affûte le sien jour après jour. Pas seulement… Solène Tossut est plutôt kinesthésique et n’hésite jamais à tester les disciplines qui pourraient lui donner des indications sur le traitement d’une articulation par exemple. Un temps, elle s’est mise à l’athlétisme pour mieux comprendre comment le pied travaille. « Je le dis toujours, sourit-elle, c’est un métier passion. La passion du sport. La passion du corps. De la connaissance. » On l’aura compris, Solène Tossut adore quand ça bouge. Elle a parfois du mal à rester longtemps au même endroit. Son record ? Un peu plus de trois ans à la Ligue d’Occitanie de handball. Elle a, en fait, ce besoin urgent de toujours se dépenser, toujours découvrir d’autres horizons. Il lui restait ainsi un peu de temps dans son quotidien chargé, elle s’est lancée dans la peinture « alors que je dessine très mal ». « Mais la peinture, c’est aussi, un peu, la découverte de soi ». Pourtant, à bientôt 27 ans, elle aimerait bien se poser un peu, utiliser toutes ses connaissances au service d’un projet qu’elle mènerait de A à Z. Elle jure qu’elle est prête à ça. Avec des adultes ou des enfants. Des garçons ou des filles. Dans le sport collectif ou le sport individuel. Pourquoi pas à très haut niveau. Elle est prête mais pas totalement convaincue. Passionnée de recherche, elle pourrait aussi, pourquoi pas, convoiter un doctorat. Ce qui est sûr, c’est qu’elle va continuer à jouer au hockey. « Le hockey, dit-elle, c’est le plaisir à l’état pur, une sorte de lâcher prise. Lorsque j’enfile monéquipement, c’est un peu comme si j’étais une super- héroïne qui n’a peur de rien ni de personne. Dans la préparation physique, les émotions sont différentes, partagées elles aussi, mais elles se situent plus dans l’accompagnement. »