« Le goût de la transmission »

Portrait de Fabiola Makamté, sportive engagée entre handball de haut niveau et actions solidaires avec son association « Fabulus » au Cameroun.
Fabiola Makamté, capitaine du Montpellier Handball féminin, transmet sa passion via le sport et son association « Fabulus » pour les jeunes filles du Cameroun.

Texte Philippe Pailhories//Photographie Guilhem Canal

La demi-centre du Montpellier Handball a grandi au Cameroun, où elle se ressource parfois et puise ses forces. Là-bas, elle a créé une association pour encourager les jeunes filles à pratiquer un sport et à s’ouvrir le chemin de leurs rêves.

Fabiola Makamté : Le sport comme héritage et moteur de transmission

Chaque parcelle de cette terre a ancré fort et solidement le destin de Fabiola Makamté, et rappelle évidemment le point de départ d’un itinéraire escarpé, dont elle a surmonté tous les dangers et déjoué les embûches. Ici, au Cameroun, dans les hauts plateaux de l’Ouest, la Lionne du Montpellier Handball s’est sculpté un tempérament et une philosophie devenus au fil du temps des alliés précieux, les moteurs de son existence.

Fabiola Makamté est née à Baleng Bafoussam, en pays Bamiléké. Elle avait à peine sept ans lorsqu’elle a rejoint sa maman en France. « Elle était commerçante dans la restauration et alternait des séjours entre Cameroun et France, raconte-t-elle. Mes deux frères et mes deux sœurs vivaient chez leur père, moi chez ma grand-mère. Maman me manquait terriblement. Tous les jours, je regardais les avions dans le ciel en me disant : tiens, c’est peut-être elle qui revient. »

À Paris, dans le 17e arrondissement, la famille recomposée s’installe dans un studio forcément étriqué. « Nous étions une dizaine, les uns sur les autres, mais nous étions heureux de vivre ensemble, relate-t-elle. Nous n’avions pas l’impression d’être dans la misère, puisque nous avions un toit sur la tête et quelque chose à manger dans l’assiette. »

La promiscuité finit pourtant par devenir écrasante. Les enfants sont placés en foyer. Fabiola change constamment d’école, d’internat. Tout est compliqué. L’organisation. Le rythme. L’acclimatation. « Le Cameroun est un pays francophone, dit-elle, mais la manière de s’exprimer est différente et mes camarades se moquaient un peu de moi. Ils se demandaient qui était cette fille avec l’accent du Bled. Je me sentais différente, oui, je devinais ces ricanements, même si le simple fait de savoir que nous étions tous réunis suffisait alors à mon bonheur. »

Elle est en classe de CM1 lorsqu’elle découvre le handball. Elle a pratiqué d’autres sports, le basket, le volley, le cross, le tennis de table, et même les échecs. Elle excelle. Elle ne supporte pas l’idée de la défaite. Partout, elle n’a qu’une idée en tête : être la meilleure. « J’aimais bien le basket, sourit-elle, mais on me trouvait trop sauvage. Ma sœur jouait au handball. J’ai vu que le contact était toléré. Je l’ai suivie. »

Au collège, elle accompagne donc son professeur d’éducation physique à l’Association Sportive, trouve vite ses marques. En 4e, elle intègre une section sports/études dans le Val-de-Marne. Puis signe une première licence à Thiais, à quelques pas d’Orly, son foyer d’alors. « Je jouais avec les -16 ans régionaux, mais j’ai été repérée par Villiers-sur-Marne pour évoluer avec les -18 ans nationaux. En moins d’un an, je suis passée de l’AS au niveau national ! »

Fabiola est ambitieuse, rigoureuse, travailleuse et autoritaire. Elle rêve d’évoluer au plus haut niveau. Le handball est sa raison de vivre, « la clé », dit-elle, de son épanouissement. Noisy-le-Grand s’intéresse à cette manieuse de ballon, organisatrice d’un jeu toujours léché. Le rêve s’esquisse. Mais elle a aussi d’autres désirs, celui de reprendre ses études, de devenir maman.

Tracy naît en 2009. Curtis en 2012. Elle remise ses désirs, s’engage finalement avec Villemomble pour quelques épopées mémorables. Mais elle ressent bientôt ce besoin de changer d’air « sans trop savoir pourquoi », dit-elle. Elle atterrit finalement à Narbonne dont le projet d’excellence l’a séduite.

« Leur faire comprendre que le sport est un excellent canal pour accomplir leurs rêves. »

Fabiola a 35 ans aujourd’hui. Elle est la capitaine du MHB féminin, le club créé sur les cendres du Handball Féminin Montpellier Méditerranée Métropole (HBF3M). Elle rêve de l’accompagner dans sa quête d’accession à la deuxième division, son ultime gageure, de participer à l’installation du handball féminin dans cette ville de handball masculin.

Son corps la trahit parfois, mais sa passion et sa motivation à remporter les batailles sont intactes. « Ce serait une jolie histoire de finir sur une bonne note, sourit-elle. Ce qui est sûr, c’est que le club s’est donné les moyens de cette ambition. Nous avions déjà bien avancé avec le HBF3M. Mais le MHB nous offre d’autres moyens, et pas seulement financiers, des moyens humains pour continuer de nous structurer. »

Elle avait deviné ce même élan avec les Lionnes du Cameroun. En 2016, elle est invitée à disputer la CAN en Angola. Comme à son arrivée en France, elle est regardée de travers par les joueuses locales. Elle gagne sa place à force de labeur, parce que ses habiletés sont fines. La médaille de bronze qualifie l’équipe pour le Mondial en Allemagne.

Jean-Marie Zambo, le sélectionneur, décide alors de l’emmener à Leipzig. « Mais le billet n’est jamais arrivé, soupire-t-elle. Soi-disant une histoire de passeport égaré. » À Brazzaville en 2018, c’est la République démocratique du Congo qui prive le Cameroun de la qualification au Championnat du monde. Blessée au tendon, elle ne peut participer à la CAN à Yaoundé (2021), et n’est pas non plus retenue pour le Mondial en Espagne.

Fin de l’histoire avec la sélection. Mais pas avec le Cameroun. Fabiola Makamté éprouve ce besoin viscéral de se partager entre ses terres de naissance et d’adoption. Elle a créé une association, « Fabulus », dont l’objet est d’accompagner les jeunes filles de l’ouest du Cameroun vers la réussite éducative par le sport. Sa maman l’a souvent encouragée à s’engager.

Elle s’en est malheureusement allée peu avant la première édition du challenge « Makoumbo Martine » en avril dernier. « L’idée, dit-elle, est d’aider les clubs à se structurer en leur offrant du matériel, un accès facilité à la formation, mais d’abord et surtout de tendre la main aux jeunes filles de 12 à 18 ans. Leur faire comprendre que le sport, le handball en l’occurrence, est un excellent canal pour accomplir leurs rêves. »

Le sien a de multiples couleurs. Elle veut développer « Fabulus ». Entraîner. « J’avais 19 ans quand je m’occupais des -18 ans à Villiers-sur-Marne, sourit-elle, et j’ai la charge des -15 ans au MHB. Mais comme pour le reste, j’aimerais viser plus haut… »

Son ultime trésor, c’est Inso’Games, une société itinérante qu’elle a créée avec sa complice Julie Questel. Inso’Games propose des jeux sportifs, ludiques et insolites pour les particuliers, les entreprises, les centres de vacances et de loisirs, ou encore les collectivités publiques. Chaussures géantes, bubble bump, trampolines et autres accessoires singuliers permettent d’animer les fêtes de village, les soirées dans les guinguettes ou les anniversaires.

Fabiola Makamté adore cette idée de divertir. Elle adore entraîner. Guider. Transmettre. Inciter. Elle adore la vie qu’elle mène aujourd’hui. Tracy joue au basket. Curtis au football. Elle veut les accompagner de la meilleure des manières dans cette quête d’excellence dont ils ont fatalement hérité…

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