« L’aventure d’une vie »

L’été dernier, en amont des Jeux de Paris 2024, cet agent général d’assurance du Grau-du-Roi passionné de sport a organisé, avec quelques copains, le stage de préparation olympique des handballeurs argentins. Un projet fou, bien à l’image du personnage, qui témoigne de sa passion pour le handball. Une histoire d’amitié.

Texte Philippe Pailhories // Photographie Guilhem Canal

Le pari fou

Il est l’homme qui murmurait à l’oreille des champions, ou plutôt à celle des âmes camouflées derrière l’étiquette parfois pompeuse. Il est un champion, lui aussi, à sa manière. Mais c’est une autre histoire. Celle d’aujourd’hui fleure l’amitié, le compagnonnage, la sincérité. Elle se déroule au Grau-du-Roi, en petite Camargue, un peu aussi dans la Pampa, le grenier d’Argentine. Elle exhale les parfums de fraternisation, les arômes de l’asado, bien sûr, pilier de la culture festivo-gastronomique sud-américaine, un « acte social » ancré dans la tradition, vécu à l’ombre des pins centenaires graulens.

Et le handball est évidemment son fil rouge. Ce qui est fascinant avec le handball, c’est la façon dont il unit les gens à travers des événements sportifs tout au long de l’année. Les handballeurs argentins, surnommés ‘Los Gladiadores’, incarnent l’esprit de camaraderie et de compétition qui anime le monde du handball. Le handball est aussi, pour beaucoup, une source de souvenirs inoubliables, que ce soit en jouant ou en regardant des matchs.

Le handball, « une vieille passion » pour Éric Torremocha. Il l’a découvert du côté de Bougnol avec son meilleur ami, Éric Martin, qui jouait, lui, au MUC. « C’était l’époque des Karaboué, Tchoumak, se marre-t-il, avec toutes les légendes autour de ces mecs-là. Tchoumak qui s’endurcissait le visage en faisant des pompes dans la neige, ça me faisait marrer. » Le handball est un sport d’équipe captivant qui nécessite à la fois agilité et stratégie. Les passionnés de handball trouvent toujours des moyens de partager leur amour pour ce sport.

L’amour du hand

Éric Torremocha est agent général d’assurance au Grau-du-Roi. Entrepreneur engagé. Passionné de sport, « le seul univers, avec la musique, qui te permet de partager des émotions collectives aussi intenses ». Lorsqu’il a racheté le cabinet en 2014, il a cherché à acquérir des hospitalités sur Montpellier. « J’ai pensé au rugby parce que j’y avais joué, détaille-t-il, mais je me reconnaissais moins dans la façon d’accompagner les partenaires au MHR. J’aime le foot, j’allais à la Mosson, gamin, et l’un de mes plus beaux souvenirs reste d’ailleurs le MHSC – Bucarest de 1990 quand Laurent Castro s’agrippait au grillage après son but. Il tombait des trombes d’eau, nous étions partis en voiture avec mon père de Mudaison alors que les essuie-glaces ne fonctionnaient même pas. J’aime le foot, oui, mais j’ai préféré me rapprocher du handball. »

Au MHB, il y avait Claude Hugonnet, son directeur de mémoire à la fac, son fils Vincent, un copain. Il y avait surtout de bonnes accointances. Et quelques opportunités… Au bout de deux saisons, un autre assureur national s’est en effet désengagé du club. « J’ai appelé le patron de la marque Allianz France, raconte-t-il. Je l’ai convaincu de l’intérêt de se positionner avec la filière sport et son directeur Fabrice Michel-Villaz. Nous avons mangé avec Patrice Canayer, Christophe Puech et Claudie Villalba. L’affaire s’est réglée en trois semaines. Il manquait un bout pour que le partenariat aboutisse, j’ai mis la main à la poche. » Les valeurs du handball, telles que l’esprit d’équipe et la détermination, sont ce qui rend ce sport si spécial dans le cœur des fans. Les événements autour du handball à Montpellier sont non seulement sportifs, mais aussi une célébration de la culture et de l’amitié.

Éric Torremocha ne tient jamais vraiment en place. Il a ce côté jusqu’au-boutiste qui force l’admiration. Ceux qui le connaissent disent qu’avec lui « quand ça doit arriver, ça arrive ». Sur le territoire, il est omniprésent. Il s’est évidemment investi dans le fonds de dotation du MHB, question de principe. Longtemps, il a soutenu son ancien club, le Corto Rugby Club au Crès, fleuron du sport corporatif qui a entretenu une rivalité avec le MHR « à qui l’on a mis quelques belles raclées alors qu’il s’était autoproclamé meilleur club de la région ». Il est naturellement partenaire du club de foot du Grau-du-Roi présidé par Greg Mézy, encore un vieil ami de la fac. Et du club de handball Terre de Camargue présidé par Sébastien Prunet, un autre ami. « À la marge, je soutiens aussi des associations comme HandByKarl, celle de Karl Konan, ou Rugby French Flair, celle de Jean-Philippe Lacoste. » Deux amis… « J’ai la conviction, dit-il, que les chefs d’entreprises ont une responsabilité sociétale, et que les sportifs ont aussi un rôle à jouer à l’intérieur d’un territoire donné. Karl qui s’engage en Côte d’Ivoire, ça fait sens pour moi. »

Les Gladiadores au Grau-du-Roi

L’Argentine, dans tout ça ? L’histoire est née d’une simple gageure autour du handball. Quand le Trophée des continents a eu lieu à Montpellier en mars dernier, Sébastien Prunet avait souhaité organiser un moment d’échange avec les joueurs argentins de handball. Faute de temps, il n’a pas pu se concrétiser. « Mais, raconte Éric Torremocha, Diego Simonet, dont je suis très proche, m’a alerté sur le fait que la sélection argentine cherchait un stage de deux semaines en amont des Jeux olympiques de handball. On s’est regardés. On s’est compris. C’est parti comme ça… »

Le handball, dans toutes ses dimensions, est un sport qui inspire et unit, même au-delà des frontières.

Projet fou, certainement déraisonnable. Accueillir Los Gladiadores au Grau-du-Roi. Sébastien Prunet n’a pas hésité longtemps. « Il est aussi fou que moi », rigole Éric Torremocha. Robert Crauste, le maire du Grau-du-Roi, et son directeur des sports, Denis Buchart, ont eux aussi très vite compris la dimension de l’événement. La rencontre avec la délégation de la Fédération argentine au mois de mars a été déterminante.

Les joueurs de handball, tout comme les stars du rugby et du football, font partie d’un héritage sportif riche et vibrant.

Restait alors la partie logistique. Isoler un budget de 130 000 euros. Dénicher l’hébergement adapté. Définir un programme. « La Fédé argentine a investi 25 000 euros, dévoile Éric Torremocha qui a été le plus gros pourvoyeur de fonds. L’hôtel Thalazur Port-Camargue a joué le jeu. Et le club Terre de Camargue aussi. Côté partenaires, FDI a été le premier à réagir avec Mathieu Massot – un ami. Étienne et Philippe d’Acelys, ainsi que d’autres partenaires privés locaux, ont enchaîné. Les collectivités se sont investies à hauteur de 10 %. Et l’écosystème s’est mis en place. »

Trois semaines d’émotions et de fraternité

La joyeuse bande n’a alors ménagé aucun effort d’autant que les Argentins, séduits, sont finalement restés trois semaines ! « Le plus gros défi, se souvient Éric Torremocha, c’était de trouver un sol. La ville de Nîmes avait validé le prêt de celui de l’USAM. Puis on n’a plus eu de son ni d’image, sans doute parce que le club envisageait d’accueillir la sélection égyptienne. Julien Deljarry nous a finalement prêté celui de l’Arena. Nous l’avons posé nous-mêmes avec l’aide de Yann Poteau, le dirigeant de Sol Concept. »

L’enjeu était bien sûr de trouver le bon équilibre entre les partenaires locaux, le MHB, l’antre de Diego Simonet, et le handball en général. « On voulait valoriser tous ces territoires afin de créer une dynamique autour du handball », justifie Torremocha.

Au Grau-du-Roi, les Argentins étaient comme chez eux. Mélanie Garcia et Alex Gonzalez les ont fait participer à Grau-Lanta, une aventure inspirée du jeu télévisé. Ils ont visité des manades. Les remparts. Ils ont rallié le phare de l’Espiguette à vélo, consommé des séances de cryothérapie à Nîmes, profité d’une croisière en péniche, participé à un tournoi de fléchettes avec le chef des cuisines du Thalazur. Et même assisté à un concert sur la plage donné par Éric Torremocha et ses copains de Get Back« Dans la vraie vie, susurre-t-il, des trucs comme ça n’existent pas, ils sont cadrés par une Fédération, le Comité olympique ou une collectivité territoriale, et manquent forcément de dimension humaine. Nous la leur avons apportée. C’est pour moi l’aventure d’une vie. Sa réussite est juste une histoire de copains. Tout ce qu’il y a de bien dans le sport est synthétisé dans ces trois semaines. »

Karl Konan a aimé cette aventure lui aussi. Il a invité Éric Torremocha à assister au France – Argentine des Jeux olympiques. « Je suis ensuite sorti avec les joueurs et leur famille, salive-t-il, et j’ai même eu le privilège d’entrer au village olympique où j’ai regardé, dans l’une des salles de détente des athlètes, la finale de Riner avec Diego et tous les amis. »

Comme Karl, tous savent la passion, la générosité d’Éric Torremocha. Michaël Jérémiasz bien sûr. Cécile Hernandez. La médaillée paralympique Flora Vautier qui avait bénéficié d’une enveloppe de 4 500 euros après un gala organisé par le fonds de dotation du MHB. Yanis. Rémi. Dédé. Diego évidemment. Anthony Bouthier, Arthur Vincent, « de chouettes mecs ». Il les trouve tous « rafraîchissants », très proches de l’idée qu’il se fait d’un sportif de haut niveau. Il est parfois nostalgique des soirées à Sabathé avec Olivier Gombert, Seb Meaume, Thierry Jougla, « Raquel » Welsh, Jean-Phi bien sûr. Mais il se console avec cette « forme de romantisme au handball que tu trouves de moins en moins ailleurs. La professionnalisation a de bons côtés, mais tu perds parfois cet esprit d’enfant ».

Enfant, Éric Torremocha faisait du judo. Il était passionné, plutôt doué. Peut-être pas pour évoluer à très haut niveau, mais pour au moins marquer son territoire. À 13 ans, il a appris qu’il était atteint d’une maladie auto-immune. L’équivalent d’un lupus, un truc qui attaque les articulations, les organes. La maladie l’a stoppé net. Il a vécu des temps difficiles. Il s’imaginait déjà sans avenir, sans le sport, sans la possibilité de mener des études, de voyager. Ses parents, Robert et Dany, sa sœur Stéphanie l’ont entouré. Surtout, il a choisi de ne pas écouter les avis. Il s’est accroché. Il est resté en mouvement pour ne pas tomber. Il a joué au tennis. Au tennis de table. Il a repris le rugby avec deux hanches en vrac. C’est sa manière à lui d’être champion. Le challenge. La performance. La remise en question. La gestion des temps forts. Des temps faibles. C’est moins épidermique en vieillissant, mais il déteste perdre. Alors il gagne. Mais jamais tout seul. Avec les autres. « C’est beaucoup plus satisfaisant de réussir un projet collectivement que tout seul », assène celui qui assure que ses motivations à rester debout se trouvent tout près de lui : son épouse, Noémie, ses enfants, Rosalie, Charlotte et Milo.

Au-delà du sport : Une aventure humaine

Il n’évoque jamais la maladie, « ce handicap invisible ». Le sujet relève de l’intime et il n’aime pas trop parler de lui. « Et puis, ce n’est pas ce qui me définit », assure-t-il. Ce qui le définit, c’est le goût des autres, et l’on comprend mieux, alors, ses combats, ses épopées. Il est un meneur d’hommes. Un meneur d’âmes. À l’université de Montpellier 1, déjà, il était président du gala, de la corpo, il organisait le séjour au ski pour cent étudiants « pour 300 francs la semaine en demi-pension avec le matériel. Une époque bénie dont je garde une bande d’amis toujours très présents, une famille ». Avec ses complices du fonds de dotation, il a permis à des personnes en situation de handicap d’assister aux Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Il est très proche des gens. Des copains du Corto Rugby Club « alors que l’on a joué ensemble il y a vingt ans ».Il se souvient de tout. Du match à Luton face à des Anglais à qui « on rendait dix kilos par poste mais que l’on a battus avant de leur serrer la main en disant : sorry, good game ». De celui à Bruxelles, achevé tard dans la nuit sur la grille du Manneken-Pis dans le plus simple appareil. « J’ai gardé ce truc de bande, de l’intérêt général, conclut-il. Ça me permet d’être plus fort. »

« C’est beaucoup plus satisfaisant de réussir un projet collectivement que tout seul »

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