Texte Philippe Pailhories // Photographie Guilhem Canal
Il a vécu cent vies, réussi la performance de bâtir sur le sable une carrière robuste, de se sculpter sur cette matière solide granulaire un tempérament et une philosophie devenus au fil du temps les alliés, les moteurs de son existence. Nicolas Molins est un compétiteur hors pair. Petit, à quatorze/quinze ans, il s’est amouraché de l’athlétisme. Avec le Montpellier UC, il valait 34’10 sur dix kilomètres et 1h14 au semi-marathon.
Mais il avait aussi la goût de la pétanque, plutôt du jeu de boules en famille, avec les oncles, le grand-père, au temps des chaudes et belles soirées d’été. À Figuerolles, il regardait les boules volant dans l’air ou roulant à terre. Il jouait aussi, un peu, et nourrissait peut-être cette passion que Marcel Pagnol décrit dans Le Temps des Amours. « Et puis nous sommes partis du quartier pour habiter au Crès, raconte-t-il. Et au Crès, il y avait des arènes et j’ai découvert l’univers des taureaux. »
Les taureaux de Camargue, la course à la cocarde devenue course camarguaise en 1975. Il découvre, oui, un univers qui devient vite familier. Il aime le jeu avec le tourneur, la connivence avec le cocardier. Il entre à l’école taurine de Nîmes. S’entraîne quotidiennement. Il a une certaine classe, mais surtout la passion du raset et la farouche détermination des champions. Il enfile
pour la première fois la tenue blanche le jour des adieux de Christian Chomel, le surdoué des arènes, à Nîmes, en 1996. « Pendant dix ans, dit-il, j’ai participé au Trophée des As avec les Durand, Garrido, Galibert, Sanchez. J’ai arrêté en 2009. J’ai voulu embrayer sur le métier de tourneur, mais ça ne m’a pas vraiment plu, d’autant que je me suis fracturé l’épaule et que ça a été comme un coup d’arrêt. »
La trentaine légèrement consommée, il renoue avec ses élans d’enfant. « En fait, raconte-t-il, j’avais le souvenir des bons moments partagés à la pétanque, mais je n’imaginais pas que je sois à ce point passionné. Quand j’ai commencé à faire des concours, j’ai eu des résultats assez vite et tout s’est alors enchaîné. J’ai eu la chance de tomber dans un club, le Palavas Pétanque, où le président, Gilles Bonutti, avait de grandes ambitions, accompagné par le Maire, Monsieur Jeanjean. Palavas organisait de grandes manifestations et en ma qualité de meilleur joueur du club, j’avais l’opportunité d’y participer, et c’est comme ça que je me suis fait connaître. » Le tout clamé sans impertinence parce que sa passion est sincère, infinie, et qu’elle définit l’homme qu’il est aujourd’hui. Nicolas Molins a aimé les pistes rondes et les capelados.
Nicolas Molins : Un parcours exceptionnel dans le monde de la pétanque
“ LE MICRO, INDISPENSABLE OUTIL ”
Il adore les pistes rectangulaires et le bruit sourd de l’acier. Il a remporté, souvent avec son frère Loïc, des titres de champion de secteur, puis de champion de l’Hérault et de la Ligue Occitanie, participé aux Championnats de France et à divers nationaux. Il a même été demi-finaliste du mondial La Marseillaise en 2020 avec Nicolas Perry et Jean-Claude Jouffre. Désormais licencié à l’Envol Andrézieux-Bouthéon, où il a rejoint son sponsor, l’équipementier Balotti, il joue avec son fils Noa, au côté duquel il est d’ailleurs devenu champion de la Loire en doublette au mois de mai dernier à Chazelles-sur-Lyon. À la fin du mois de juin, les trois complices, l’oncle, le père et le fils, étaient même quarts- de-finaliste du Championnat de France de Pontorson.
Il n’ignore plus rien des ficelles de ce sport dont il vante sans cesse les mérites. « La pétanque a l’image d’un loisir pour accompagner un apéro/grillades, et elle n’est pas totalement fausse, reconnaît-il. Mais la pétanque est d’abord et surtout un sport merveilleux qui nécessite une grande condition physique, de l’endurance, de la concentration, la répétition des gestes et l’esprit d’équipe, et je trouve que ce sport-là, malheureusement, n’est pas suffisamment reconnu. J’aimerais notamment que les jeunes s’y intéressent de plus près, parce qu’ils contribueraient à son dynamisme et son évolution. »
Ces mots, Nicolas Molins les clame dès qu’il a un micro entre les mains. Lorsqu’il ne joue pas, il est en effet speaker et même consultant pour les chaînes beIN SPORTS et Eurosport. « Tout a commencé très bêtement, sourit-il. En 2010, pour m’amuser, j’ai voulu m’inscrire à l’émission de télévision « La Roue de la Fortune » animée par Christophe Dechavanne et Victoria Silvstedt. J’ai passé un casting à Aix-en-Provence. J’ai non seulement été retenu, mais j’ai aussi gagné ! Surtout, je me suis senti très à l’aise face à la caméra. »
Son oncle, Stéphane Mislin, rédacteur en chef adjoint à BEIN SPORTS, a lui aussi remarqué son aisance. Quand BEIN SPORTS obtient les droits des Masters de Pétanque en 2015, il fait appel à son neveu pour épauler le journaliste. « Je n’avais jamais fait ça, rigole- t-il, et j’ai commencé en direct. Je ne la ramenais pas
vraiment. J’ai essayé de rester naturel, je connaissais tous les joueurs qui étaient aussi mes amis, et ça s’est finalement très bien passé. Et j’ai aimé ça ! » C’est encore un ami, Laurent Causse, incontournable animateur, qui est à l’origine de son autre fonction, celle de speaker. « Il m’a dit : lance-toi, tu es fait pour ça. Je me suis lancé… » On le retrouve donc aujourd’hui sur les plus grands évènements comme les nationaux ou les Masters. « Je prépare les pedigrees des joueurs, les infos pour les parties, explique-t-il, je décide de celles qui vont être filmées ou non. Et puis je commente en temps réel, je procède aux tirages au sort et je présente aussi les carrés d’honneur. »
On serait tenté, alors, de lui demander quel est son véritable métier : « Un peu tous, en vérité. Mon véritable métier, c’est agent d’exploitation et d’entretien de la voirie à la Mairie de Mauguio-Carnon. Je suis entré à la Mairie en 1998, lorsque ma fille est née. J’ai la chance d’avoir un encadrement qui me facilite les choses dans l’organisation des mes calendriers. Après, je sais que je n’ai pas le niveau pour jouer au-dessus, au niveau mondial. Peut-être va-t-il falloir que je choisisse pour vraiment me consacrer à l’animation. »
Ou alors à l’organisation… En 2023, il a orchestré les Masters de pétanque dans les arènes de Lunel. Les Masters, c’est la compétition de pétanque la plus relevée au monde, avec les meilleurs joueurs du monde. Tous les champions du monde depuis 2000 ont participé aux Masters. « Je connaissais le patron de Quarterback, dit- il, la société qui organise les Masters. Il y a huit étapes, et donc la finale à quatre sur un site choisi. Pour celle de 2023, j’ai proposé Lunel. Les gens de Quarterback m’ont suivi. Je savais exactement ce qu’ils attendaient d’une telle organisation. Au final, c’était fabuleux. Les images avec le drone, dans les arènes illuminées, étaient magnifiques. »
Peut-être réitèrera-t-il l’expérience. Ou envisagera-t- il un autre challenge. Une 101e vie… Nicolas Molins a 54 ans. Des projets plein la tête. « S’ils peuvent être menés avec plaisir, je n’hésiterai pas, assure-t-il. Le plaisir, c’est la base de tout. »
Joueur, speaker, organisateur, père, frère, passionné — Nicolas Molins n’a jamais choisi une seule vie.
Découvrez ses plus beaux moments aux Masters de Pétanque sur beIN SPORTS