Texte par Marie Gineste // Photographies par Guilhem Canal
On l’imagine facilement sur un podium ou devant une caméra. Mais on se la représente moins, sifflet en main, debout au milieu d’un terrain de foot, à gérer 22 égos sous pression, une armée de supporters en surchauffe, et les regards sceptiques. Virginie Guillin, 32 ans, ex-Miss Midi-Pyrénées et journaliste, est aussi arbitre régionale, communicante et modèle. Une trajectoire sinueuse, pleine de tensions, d’engagement et de choix impossibles. Une trajectoire en ligne droite, vers elle-même.
Il y a, dans la voix de Virginie Guillin, quelque chose qui court. Une énergie pressée, électrique, comme si chaque mot était un sprint vers l’étape suivante. « Je n’ai jamais rien réussi du premier coup », lâche-t-elle en souriant. Mais tout ce qu’elle a fini par atteindre, elle l’a pris de haute lutte, à la persévérance, au courage, à la sueur. Rien n’est tombé du ciel, sauf peut-être les jugements. Native de Poussan, à côté de Sète, élevée dans un cocon modeste, elle grandit dans l’ombre d’un père absent et dans la lumière aimante d’une mère coiffeuse. Enfant hyperactive, garçon manqué en jogging, elle rêve déjà d’évasion, d’autonomie, de scène. Elle ne rêve pas de Miss France, pourtant. C’est pour sa mère qu’elle s’inscrit, elle qui la coiffe avec fierté sur les défilés. De Miss Grande Motte à Miss Midi-Pyrénées, Virginie traverse les concours comme une colonie de vacances de luxe. Elle n’a pas rêvé les hôtels cinq étoiles, ni les milliers d’euros de cadeaux. Elle les savoure, sans illusions. Mais voilà : les strass, ce n’est pas la gloire qu’elle cherche. « Moi, je rêvais plus de médailles que de couronnes. » Ce qu’elle aime, c’est le sport, l’engagement physique, la justesse du geste. Et le football, bien sûr. Le vrai. Celui qui se joue dans la sueur et la fougue, celui qu’on analyse avec passion, celui qu’on arbitre avec rigueur. Formée au journalisme à l’IEJ de Marseille, Virginie découvre le football de l’intérieur grâce à un mentor – Florent Germain, journaliste à RMC – qui l’emmène au Vélodrome. C’est une révélation : « Je me suis sentie à ma place ». L’amour du jeu la rattrape, la saisit, ne la lâche plus. Mais les chemins du journalisme sportif sont longs et sinueux, alors elle bifurque, slalome entre la mode, les concours, les petits boulots. Jusqu’à cette soirée anodine dans un bar montpelliérain, où un arbitre de foot lui glisse : « Tu devrais essayer l’arbitrage ». Banco. Trois jours de formation intense, 17 lois du jeu à ingurgiter, et la voilà sur le terrain. Premier match : U15. Un cauchemar. Insultes, solitude, surcharge mentale. Elle finit en larmes. « J’ai failli tout arrêter. » Mais Virginie ne lâche pas. Jamais. Elle travaille, lit, court, se muscle, observe, analyse. Elle gravit les échelons, passe du district au niveau régional, vise Clairefontaine, échoue une fois, recommence. Sa vie devient un millefeuille d’activités : communicante pour Planet’Indigo la semaine, mannequin le samedi, arbitre le dimanche. Avec en prime, des interventions comme consultante foot sur DAZN, et à la radio sur Sud Radio. Son profil dérange autant qu’il fascine. Trop visible, trop féminine, trop libre. Mais Virginie, elle, veut tout. Et elle le veut à sa manière. « On me dit : ‟choisis entre le foot et la mode”. Moi je dis non. Je suis les deux. » Sur les terrains, elle apprend à s’imposer. À gérer les émotions, les regards, les doutes. Elle affine sa posture, ajuste son ton, devient leader. Pas une fille parmi les garçons, mais une arbitre, point. Elle arbitre du beach soccer, de la R1, de la Ligue 2 féminine. Seule femme au milieu d’équipes masculines, elle endure les clichés, les jalousies, parfois même la méfiance de ses consœurs. « La sororité, j’y ai cru. Mais ce sont les mecs qui m’ont le plus soutenue. » Le foot, pour elle, c’est l’école de la résilience. « C’est lui qui m’a révélée. » Elle rêve d’en vivre un jour, d’en faire son terrain unique, dans l’arbitrage, le journalisme ou la communication. Ce qu’elle aime, ce n’est pas la lumière facile, ce sont l’effort, la tension, le suspense. Le foot comme spectacle total. Comme preuve que tout peut basculer, qu’un rien peut tout renverser. « C’est un sport populaire, brutal, universel. Et c’est aussi une histoire de rédemption. » Son quotidien est un puzzle improbable. Trois entraînements par semaine, des matchs chaque week-end, une vie de couple compressée, des nuits blanches pour caler une campagne de communication ou honorer un shooting. Elle en rit, presque. « Je pose des congés pour aller bosser ailleurs. Je n’ai jamais de vacances. » Mais elle tient, encore et toujours. Portée par l’adrénaline, sa seule addiction. « Je ne fume pas, je ne bois pas. Moi, je cours. » Virginie Guillin est un paradoxe vivant. Miss sans minauderie. Arbitre sans autoritarisme. Journaliste sans costume. Féminine et frontale. Multipotentielle et monocentrée sur sa passion : le football. Ce sport qui l’a blessée, révélée, endurcie. Et qui, un jour, elle l’espère, l’emploiera à plein temps.
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