« LE GOÛT DES AUTRES »

Capitaine de l’Argentine et pilier du Montpellier Handball, Diego Simonet raconte l’expatriation, la famille et son besoin de créer du lien, sur le terrain comme ailleurs.


Diego Simonet sourit souvent. Un sourire calme, presque apaisé, à l’image de l’homme qu’il est devenu. Capitaine de l’équipe nationale argentine, joueur majeur du Montpellier Handball, il est aussi fils, frère, mari, père… et aujourd’hui entrepreneur. Derrière le joueur instinctif et combatif se cache un homme marqué par l’expatriation, la famille et les moments de solitude. De ces silences est née une idée : créer du lien autrement. Avec iDisko, Diego transforme la musique en point de rencontre, en espace de partage, en refuge moderne pour ceux qui, comme lui, ont appris à avancer loin de chez eux.

Diego Simonet ne se raconte pas comme une success story. Il parle d’abord de transmission. De famille. « Chez nous, le sport, c’était une manière d’être éduqué », confie-t-il. La compétition l’anime, mais jamais sans plaisir. Très tôt, il observe son frère aîné évoluer en équipe nationale et se projette dans ses pas. À 14 ans, il doit pourtant choisir : le football ou le handball. Le premier exige l’abandon des études, une pression précoce. En Argentine, tout commence dans les clubs associatifs : des lieux de vie nés de l’immigration, où l’on se retrouve autant pour jouer que pour partager. C’est dans l’un d’eux que ses parents se rencontrent, ballon à la main. Tous deux internationaux, ils transmettent naturellement cette culture sportive à leurs trois enfants. Chez les Simonet, on joue, on bouge, on partage. Le sport fait partie de l’éducation autant que de la vie quotidienne. Enfant, Diego est hyperactif. Il aime jouer, toujours. « S’il n’y a pas de jeu, je ne vois pas l’intérêt. » La compétition l’anime, mais jamais sans plaisir. Très tôt, il observe son frère aîné évoluer en équipe nationale et se projette dans ses pas. À 14 ans, il doit pourtant choisir : le football ou le handball. Le premier exige l’abandon des études, une pression précoce. Le second lui offre un cadre plus équilibré. « Quand j’ai été pris en équipe nationale, j’ai su que j’avais fait le bon choix. »

“ MON RÊVE ULTIME,
CE N’EST PAS QUE GAGNER DES COMPÉTITIONS. C’EST D’ÊTRE AVANT TOUT
UN BON PARENT. ”

Très vite, partir devient une condition pour exister sportivement. Le Brésil d’abord. À 18 ans, Diego quitte tout. Blessures, solitude, doute : les débuts sont difficiles. La distance est brutale. « Nous, les Argentins, nous sommes très famille. Être loin, c’est très dur. » Pendant que ses amis vivent une existence normale, lui s’impose une rigueur totale. Plusieurs fois, il est envahi par le doute. Ce sont sa famille et son frère aîné qui l’aident à tenir et à décider sans précipitation. Après l’Espagne, la France devient une nouvelle étape. En 2011, Diego arrive à Ivry, puis rejoint Montpellier.  La ville devient rapidement un point d’ancrage. Ici, il trouve un équilibre qu’il n’avait jamais connu : un club structuré, une stabilité, un cadre de vie favorable à la famille. « Montpellier, c’est une très belle ville, très cohérente pour la vie de famille », dit-il simplement. Au Montpellier Handball, il s’impose par son adaptabilité. Capable d’évoluer à plusieurs postes, de lire le jeu, de s’ajuster aux besoins collectifs, il devient un élément central de l’équipe. « Mon point fort, c’est de m’adapter et d’apporter ce qui manque. » Malgré les blessures, il participe aux grandes aventures du club, dont une victoire en Ligue des Champions. Mais Diego ne se définit jamais par un palmarès. Le sens prime toujours sur le résultat.

Avec l’équipe nationale argentine, il vit l’un des moments les plus forts de sa carrière : la qualification historique aux Jeux olympiques en 2012. Un rêve d’adolescent qui se réalise. Plus tard, une grave blessure au genou le prive des Jeux de Rio. « Ça a été le pire moment de ma carrière. » Mais aussi un tournant. Encouragé par ses proches et par un message marquant de Manu Ginóbili, il prend du recul. « Si le pire qui t’arrive, c’est une blessure, c’est que tu as une belle vie. » Pendant sa rééducation, Diego explore d’autres horizons. Il se forme au management sportif, au marketing, suit des cours en ligne. « J’aime apprendre. » Cette curiosité le mène vers un autre terrain : les jeux de société. Découverts en France, ces jeux deviennent pour lui de véritables outils de lien social. Lors des rassemblements de l’équipe nationale, autour d’une table improvisée dans un aéroport ou un hôtel, il observe comment le jeu efface les statuts. « On posait les téléphones, on se découvrait autrement. » En 2020, il crée « 1812 », un jeu inspiré de l’histoire argentine. Les 2 000 exemplaires produits sont vendus. D’autres suivent, dont un jeu consacré aux sports olympiques, distribué en France, écoulé à plusieurs milliers d’exemplaires. Là encore, l’objectif n’est pas commercial avant tout. « Ce que j’aime, c’est créer des moments de partage. » Chez lui, la musique joue le même rôle. Tous les styles, sans frontières. « La musique, c’est quelque chose de très important pour moi. » 

“ LA MUSIQUE C’EST QUELQUE CHOSE DE TRÈS IMPORTANT POUR MOI. ”

Pendant le confinement, l’isolement ravive une idée ancienne : utiliser la musique pour reconnecter les gens. Pas pour séduire, mais pour partager. Pas pour consommer, mais pour vivre une expérience. C’est ainsi qu’est née iDisko. Pensée comme un espace sûr et vivant, iDisko permet d’écouter de la musique tout en entrant en contact avec d’autres personnes, en direct. « Quand tu rentres fatigué et que ton seul réflexe c’est d’appuyer sur play, là, ta musique sort de ta bulle. » L’application repose sur des profils réels, une sécurité renforcée et le choix : discuter ou simplement écouter ensemble. À l’image du maté, cette boisson argentine qu’il partage depuis toujours. « C’est un moment pour discuter, pour partager. » iDisko met aussi en avant des artistes émergents, leur offrant une visibilité que Diego juge aujourd’hui essentielle. Créer du lien, amplifier les voix, permettre la rencontre : la continuité est évidente. Aujourd’hui, entre le handball, sa vie de famille et ses projets, Diego avance avec la même boussole. Père très investi, il le dit sans détour : « Mon rêve, c’est d’être avant tout un bon parent. » Montpellier reste un repère, l’Argentine une racine, l’avenir un espace ouvert. Peu importe l’endroit, tant que le lien existe. Parce que pour Diego Simonet, connecter les gens n’est pas une innovation : c’est un héritage.

Texte par Marie Gineste & photographies par Guilhem Canal

Ça vous dit d’en savoir plus sur les coulisses du MHB? Découvrez notre rubrique Inside !

Partager cet article :

Articles Récents

Articles Récents
Fulgence Ouedraogo

Délices des Anges X Fulgence Ouedraogo

L’Écusson, la nouvelle gourmandise signature de Montpellier

« L’ENGAGEMENT SPORTIF COMME PROLONGEMENT DU TERRITOIRE »

De sa passion d’enfance pour le sport à son engagement fort dans le naming du FDI Stadium, Mathieu Massot raconte un parcours où le territoire reste toujours au centre. Il

Téji Savanier

« JE SUIS UN JOUEUR ATYPIQUE »

Amoureux du foot vrai, sans fard ni paillettes, Téji Savanier reste une étrangeté dans le monde professionnel. Son quotidien, qu’il partage dans la Cité Gély à Montpellier avec les membres