«Envers et contre tout»

Portrait de Clément Miranda, champion d’Occitanie 2024 de tennis fauteuil, en route vers les Jeux Paralympiques.
Clément Miranda, top 10 français du tennis fauteuil, vise les Jeux Paralympiques après un accident en 2021. Une leçon de résilience et de dépassement.

Texte Marie Gineste // Photographie Rémi Martinez

« Le regard des autres n’a plus eu le même poids du moment où je me suis assis pour jouer au tennis fauteuil. »

Il est des chutes qui brisent et d’autres qui élèvent. Clément Miranda en sait quelque chose. Le 3 mai 2021, il tombe d’un toit. Sept mètres plus bas, sa moelle épinière encaisse le choc, son avenir tangue. On lui dit qu’il ne remarchera pas. Moins de trois ans plus tard, il est dans le top 10 français du tennis fauteuil et vise les Jeux Paralympiques.

Clément Miranda : du chaos à la quête paralympique

Il a le regard de ceux qui ne renoncent pas. Un feu étrange, mi-douleur, mi-volonté pure, qui vous fixe comme pour défier le destin. Et c’est peut-être ce qui le caractérise le mieux : une capacité à refuser ce qu’on lui prédit. Ce gamin du sud qui grandit à Lunelviel, a le sport vissé au corps. Le foot d’abord, quinze ans à courir, à rêver d’une carrière qui ne viendra pas.

Sport-études, horaires aménagés, premiers sacrifices. Mais le rêve s’efface et il doit choisir un autre chemin. STAPS, puis un BTS tourisme. Parce qu’il aime voyager, voir loin. L’avenir s’esquisse, stable, réglé. Et puis l’accident.

Le 3 mai 2021. Sept mètres. Une seconde. Une vie à repenser. Quand il se réveille à l’hôpital, il a des flashs, des éclats de conscience. Vertèbres fracturées, moelle compressée. Il est paraplégique incomplet. « Mais je peux bouger les jambes », dit-il. Il ne veut pas entendre le verdict. Pas encore. Il espère remarcher. Son corps entier hurle.

La morphine, les hallucinations. Puis l’arrivée à Propara. La rééducation est brutale, et pourtant, il fonce. Chaque jour, deux fois plus que les autres. Il n’a pas de temps à perdre. Sur les huit mois recommandés, il ne lui en faudra que trois. Il ne veut pas subir. Il veut agir. Chaque matin, il se force à dépasser la douleur, à affronter ses limites.

Et puis le retour à la maison. Il découvre l’impact psychologique de son accident : le regard des autres, le poids du handicap, la peur de l’avenir. Mais il s’accroche. Sur les réseaux sociaux, il observe d’autres parapkégiques, des athlètes handisports. Et puis il découvre un programme qui va tout changer : La Relève Paralympique. Il s’inscrit. Sans réfléchir. Juste pour voir.

La découverte du tennis fauteuil : un nouveau départ

Le tennis arrive presque par hasard. Avant son accident, il avait tapé la balle en loisir, un an tout juste. Rien de sérieux. Mais au Gros-du-Roi, il découvre la plus grosse section para-tennis de France. Il observe, il apprend. Il comprend que le fauteuil est un sport en soi.

Il faut apprivoiser la vitesse, la glisse, l’angle. Il se frustre, persiste. Très vite, il progresse. Sa première fois sur un court bien que difficile est une révélation. L’équilibre instable du fauteuil, la vitesse contrôlée, l’adrénaline du jeu. Il sent quelque chose renaître. Une sensation qu’il pensait perdue : celle du mouvement, de l’anticipation, du défi.

Un premier tournoi, une première victoire. Il gravit les échelons et devient champion d’Occitanie 2024. Aujourd’hui, il est 10ᵗ français, 368ᵗ mondial en simple, 185ᵗ en double. Ses ambitions ? Intégrer l’équipe de France A, le top 100 mondial.

Et surtout, voir son nom sur la liste pour les Jeux Paralympiques. Los Angeles en 2028 ou Brisbane en 2032. Parce qu’il ne veut pas seulement exister dans ce sport. Il veut y exceller.

Clément ne s’attarde pas sur le regret. Il a trop à faire. Il vit avec un emploi du temps de sportif de haut niveau : 16 à 20 heures de tennis par semaine, préparation physique, mentale, ostéopathie, tournois à l’autre bout de l’Europe.

Le budget annuel dépasse les 42 000 euros. Le sponsoring est indispensable. Il apprend à se vendre, à convaincre. Comme sur le court, il avance, pousse, s’adapte. Ce qui le distingue, au-delà de son palmarès en pleine ascension, c’est sa manière d’être.

Clément est un meneur d’âmes. Il ne se plaint pas, ne regarde pas en arrière. Il motive les autres. Il rit, souvent. Il parle de sa femme, beaucoup, de sa famille, de ses amis qui l’ont porté quand tout semblait s’effondrer. Il trouve de la force dans leur soutien et veut leur prouver qu’ils avaient raison d’y croire.

Il sait que la route est encore longue. Chaque tournoi, chaque entraînement est une nouvelle marche à gravir. Mais il n’a pas peur. Il regarde droit devant lui, toujours en quête de dépassement. Son histoire c’est la preuve qu’on peut tomber et choisir de se relever, autrement. Que la défaite n’existe que si l’on cesse d’avancer. Et lui, clairement, ne compte pas s’arrêter là.

En savoir plus sur le tennis fauteuil sur le site de la FFT

Découvrez d’autres portraits inspirants sur Trust Sports Magazine

Partager cet article :

Articles Récents

Articles Récents
Fulgence Ouedraogo

Délices des Anges X Fulgence Ouedraogo

L’Écusson, la nouvelle gourmandise signature de Montpellier

« L’ENGAGEMENT SPORTIF COMME PROLONGEMENT DU TERRITOIRE »

De sa passion d’enfance pour le sport à son engagement fort dans le naming du FDI Stadium, Mathieu Massot raconte un parcours où le territoire reste toujours au centre. Il

Téji Savanier

« JE SUIS UN JOUEUR ATYPIQUE »

Amoureux du foot vrai, sans fard ni paillettes, Téji Savanier reste une étrangeté dans le monde professionnel. Son quotidien, qu’il partage dans la Cité Gély à Montpellier avec les membres