Texte par Marie Gineste // Photographies par Jean-Baptiste Autissier & Hugo Bendjedia
Un début de saison 2025 sous le signe de la réussite de Félix Auger-Aliassime
Il l’a fait : il s’est offert l’Open Occitanie, achevé le 2 février, comme un rêve accompli au cœur de l’hiver. Déjà couronné à Adélaïde en début de saison, il récidive avec une aisance bluffante. Entre ses premières balles précises et son sang-froid inaltérable, le Canadien déploie un jeu virevoltant, toujours au service d’une ambition sereine. Derrière ce sourire discret, se cache un champion en mission, prêt à tout pour marquer l’histoire.
Le talent de Félix Auger-Aliassime brille de mille feux, captivant les foules et inspirant les jeunes joueurs à travers le monde.
Il y a chez Félix Auger-Aliassime un équilibre rare, né d’un métissage culturel et d’un destin tissé entre l’Ancienne-Lorette et le Togo. Mère québécoise, père togolais, le gamin a grandi dans cette double appartenance, y trouvant sans doute la force tranquille de sa personnalité. Avant qu’il ait soulevé son premier trophée professionnel, on l’aperçoit à quatre ans, raquette à la main, au club de tennis de son père.
Rien d’extravagant, juste un petit bonhomme décidé à taper des balles avec un sérieux déjà étonnant. En 2012, alors qu’il n’a pas encore fêté ses douze ans, il remporte le tournoi Open Super 12 d’Auray. Une compétition qui, pour les passionnés du circuit junior, fait office de mini-Championnat du monde. Passer si jeune de l’anonymat à la lumière a de quoi impressionner, mais Félix avance sans s’emballer.
Un champion au grand cœur
Les saisons suivantes confirment sa précocité : en 2015, il devient le plus jeune joueur classé parmi les 800 premiers mondiaux. L’année d’après, il soulève le trophée simple junior de l’US Open et grimpe vers le sommet du classement ITF, toujours avec ce sourire discret. Puis vient le temps des grands défis. Il trace sa route, signe de belles victoires sur le circuit ATP, perd quelques finales d’un cheveu, fait parler la foudre à chaque service.
On le voit dompter des adversaires prestigieux, se hisser en demi-finale de l’US Open 2021, puis poursuivre sa progression l’année suivante avec des titres marquants, comme à Rotterdam. Son ascension ne se dément pas : le voilà top 10, top 8, cumulant les performances jusqu’à devenir une figure familière des quarts et des demi-finales de Grand Chelem. La presse spécialisée le compare alors aux plus grands talents passés, rappelant que peu de joueurs ont inscrit leur nom si tôt dans l’élite mondiale.
Parallèlement, Félix ne se perd pas dans l’égoïsme que l’on prête parfois à tort aux champions : en 2020, il lance l’initiative #FAAPointsForChange. L’idée ? Verser 5 $ pour chaque point marqué à destination d’un programme d’éducation au Togo, piloté par Care International. BNP Paribas ajoute 15 $, portant le total à 20 $ par point.
Même quand la saison avait été interrompue pour cause de pandémie, il n’avait pas lâché l’affaire. Comme si, pour lui, la générosité devait être un match disputé au quotidien, sans interruption. Fin 2023, son engagement est salué par un prix humanitaire décerné par l’ATP. Résultat : un athlète qui, au-delà des courts, se bat pour offrir des perspectives aux enfants de la région de Kara.
Félix a aussi laissé son empreinte aux Jeux olympiques de 2024, où il s’est frayé un chemin jusqu’en demi-finale du simple et a décroché le bronze en double mixte avec Gabriela Dabrowski. Quand on lui parle de ce goût pour les grandes scènes internationales, il répond du tac au tac qu’il rêve de ramener une médaille au Canada depuis qu’il est gosse, et qu’il s’accroche à chaque opportunité comme un funambule sûr de son fil.
Ses échecs ? Il les relativise, s’en sert d’appui pour rebondir. À Roland-Garros, il est tombé deux fois en cinq sets sur des Espagnols bien décidés à lui barrer la route. C’est rageant, mais il avance malgré tout, inspiré par son mentor Frédéric Fontang, un pilier incontournable de son évolution.
2025 commence sous des auspices radieux. Félix démarre l’année en souplesse et triomphe à Adélaïde, sur dur extérieur. Une première pour lui, habitué jusque-là à faire des étincelles en indoor européen. Il s’émerveille en conférence de presse : « Peut-être que mes entraînements sous la neige m’ont finalement préparé à tout… ».
Et la plaisanterie semble porter ses fruits, car il enchaîne ensuite avec détermination jusqu’à l’Open Occitanie. Là-bas, au cœur d’un hiver doux du sud de la France, il se fraye un chemin jusqu’en finale, soutenu par un public intrigué par ce Canadien francophone qui passe du français à l’anglais avec l’aisance d’un vieil habitué des voyages. La finale, justement, fut électrique.
Opposé à un adversaire entreprenant, Félix lâche d’abord son premier set, avant de renverser la vapeur par un service magistral et des retours fulgurants. Il raconte à L’Équipe : « C’était un match de fou. J’ai tenu mentalement, respiré comme on me l’a appris, pour rester lucide ». Finalement, il s’adjuge le titre, devenant le premier champion de l’Open Occitanie en 2025.
Une source d’inspiration pour la nouvelle génération
Ces deux sacres consécutifs l’ont propulsé dans une nouvelle sphère de confiance. Il affirme qu’il ne compte pas s’arrêter là. Quand on lui demande comment il voit la suite, il évoque la nécessité de progresser encore sur les tournois Masters 1000, voire sur les Grands Chelems où le moindre faux pas se paie cher.
Son équipe a d’ailleurs planifié la saison en prenant en compte son classement, qu’il veut consolider pour éviter des tableaux trop piégeux. « On va garder la tête froide et bosser dur », martèle-t-il. Il est vrai qu’à son âge, la marge de progression demeure énorme pour un joueur déjà si complet.
Lorsqu’il sert, qu’il claque un ace décisif, il esquisse toujours le même sourire : mi-espiègle, mi-serein. On l’imagine déjà viser un trophée majeur, un Grand Chelem ou un Masters. Peut-être que sa plus belle victoire reste encore à venir.
Ou peut-être est-elle déjà là, dans ce que dit un ramasseur de balles après la finale : « Je veux devenir comme lui », glisse cet ado en rentrant chez lui. C’est le genre d’hommage silencieux qui pèse autant qu’un trophée. Félix sourit, signe un autographe, repart s’entraîner. Un champion qui regarde déjà devant, prêt à dégainer ses coups, son style et son grand cœur sur la prochaine ligne de départ.
👉 Ne manquez rien de la saison de Félix Auger-Aliassime et de son engagement avec le programme #FAAPointsForChange sur Care International.
Suivez toutes les actualités tennis sur Trust Sports Magazine !