« L’itinéraire d’une battante »

a woman holding a ping pong paddle
Flora Vautier a 20 ans, un franc-parler à couper au revers, et une médaille de bronze paralympique en double mixte. Victime d’un accident de voiture à l’âge de 10 ans, elle devient paraplégique. À 13 ans, elle débute le tennis de table presque par dépit. Six mois plus tard, elle est médaillée aux Championnats de France. Aujourd’hui numéro 7 mondiale, elle vise 2028 avec une détermination sans fioritures, un jeu offensif et une envie de montrer que le fauteuil ne freine rien – sauf peut-être ceux qui la sous-estiment.

Propos recueillis par Marie Gineste // Photographie par Guilhem Canal

Flora Vautier : de l’accident à la médaille paralympique, le parcours inspirant d’une championne du para tennis de table

Tu avais 10 ans quand l’accident a eu lieu. Est-ce que tu veux bien nous raconter ?

On roulait, il pleuvait beaucoup. Ma mère conduisait. On a fait de l’aquaplaning. Ma mère a eu les deux jambes cassées, mon frère le coude. Mon beau-père, lui, est mort sur le coup. Moi, j’ai été touchée au dos. Les médecins ne savaient pas si je remarcherais. Ma moelle n’était pas sectionnée, mais les nerfs, oui. C’était l’inconnu total. Je suis restée un mois à l’hôpital. J’ai compris que ça allait durer quand est arrivée la première compète de GRS et que je n’ai pas pu y aller.

Auparavant faisais-tu beaucoup de sport ?

Oui, j’étais à fond en GRS. Presque tous les soirs après l’école. J’avais participé aux Championnats de France. J’adorais ça. Le sport, c’était mon truc. Et puis tout s’est arrêté net. Mais dès que j’ai pu bouger, j’ai voulu retrouver cette sensation-là. J’ai passé deux ans en centre de rééducation, à enchaîner les séances, les cours, les kinés. C’était dense. Et quand j’ai recommencé à faire du sport avec les éducateurs, j’ai repris goût à l’effort.

Comment l’idée du ping t’est-elle venue ?

Au début, je voulais faire du basket fauteuil, mais le seul club handi était à 1h30 de route. Trop loin. C’est la mère d’une amie qui m’a proposé de faire du ping-pong avec elle. Franchement, auparavant je détestais ça. Mais une handi dans un club, cela fait parler. Un entraîneur tétraplégique du club est venu me rencontrer. Il m’a proposé de faire une séance avec lui. J’ai dit non direct. Je n’étais pas prête. Mais ma mère m’a convaincue d’essayer une fois. Finalement, le courant est passé avec lui. Il m’a beaucoup aidée, même dans ma vie quotidienne.

Est-ce que tu as fait de la compétition dès le début ?

Pas tout de suite, mais presque. Moi, faire du sport “pour le plaisir”, ça ne m’intéressait pas trop. J’avais besoin de me mesurer. La GRS, je l’aimais parce qu’il y avait des compétitions. Alors si je faisais du ping, ce serait pareil. J’ai commencé à 13 ans, et six mois plus tard, je remporte une médaille aux Championnats de France… alors que je n’étais même pas censée être là. J’ai été repêchée parce qu’une fille s’était désistée. Ensuite, tout s’est enchaîné : les Jeux Européens de la Jeunesse, double médaillée. Et l’année suivante, j’intègre le CREPS de Bordeaux.

C’est rapide comme ascension…

Oui. Mais je fais les choses à fond, sans le montrer. À Bordeaux, j’ai trouvé un cadre structurant. Après le bac, j’ai fait STAPS. Puis je suis venue à Nîmes, plus proche de chez moi. Et aussi parce que l’entraîneur de l’équipe de France y est basé. C’était une bonne opportunité. Chez moi, en Provence, il existe très peu de structures handi de haut niveau. Nîmes, c’était un peu la dernière chance.

Parlons des Jeux. Tu ne devais pas y être…

Non. Je visais 2028, pas Paris. Mais au fil des tournois, je gagne des points. Et sur le dernier tournoi qualificatif, je passe devant une concurrente directe. Elle perd, je vais en finale. Je me qualifie. Incroyable. J’ai fait une surprise à ma famille : une enveloppe avec une photo “qualifiée aux Jeux”. C’est mon frère qui l’a ouverte. Il a pleuré. C’était deux mois avant l’ouverture des Jeux.

Une fois que tu es sur place, à quoi cela ressemble-t-il ?

Le village, c’est un choc. Grand, vivant, intense. On est logés par pays, mais mélangés avec les sportifs de toutes les disciplines. C’est impressionnant. Et puis vient la salle. Une semaine avant la compète. Et là… je me plante. Aucune sensation. Mon jeu est lent, les conditions très différentes de l’entraînement. Je rate tout, je panique. Je me pose mille questions, je doute. Je fais des séances en plus avec mon entraîneur. Et puis quand le tournoi démarre, tout s’éteint. Je suis dans ma bulle. Et là, je retrouve mon jeu.

Et cette médaille en double mixte ?

Ce n’était pas prévu non plus. En double dames, on perd. J’ai des balles de match, mais ça ne passe pas. Grosse frustration. Mon coéquipier en double mixte me pousse à me recentrer. On va voir nos familles, dix minutes, pour souffler. Et ensuite, en match, on se transcende. On revient à 2-2, je ne fais plus une faute. Le public hurle, nos familles sont en feu. Mon partenaire a le double de mon âge, on se connaît peu, mais on est hyper connectés. Et on décroche cette médaille. C’était un moment suspendu.

Qu’est-ce que tu ressens ?

Sur le moment, tout s’enchaîne. Le lendemain, je perds contre la Chinoise. Puis j’ai la remise des médailles… et mon simple le soir même. Donc pas de grosse fête. Je suis restée dans la salle, à discuter, à rester concentrée. La médaille, je l’ai digérée après.

Et le retour ?

J’avais hâte. Il y avait beaucoup d’attention autour de nous, notamment avec cette médaille. Je suis très fière mais j’aime bien la tranquillité aussi. J’ai pris une semaine pour les médias, une semaine de repos. Et j’ai repris. J’ai 2028 dans la tête. C’est mon vrai objectif.

Qu’est-ce que les Jeux t’ont apporté ?

Une vraie confiance. Tu ne peux pas savoir à l’avance si tu vas gérer la pression, le bruit, la foule. Et maintenant, je sais que j’aime ça. Que je suis faite pour ces moments-là. Cela m’a aussi permis de gagner en visibilité, sur les réseaux, dans les médias. J’ai même fait une formation de community manager après les Jeux pour professionnaliser tout ça.

Arrives-tu à rester toi-même dans ce tourbillon ?

Oui. Je déteste l’idée de “prendre la grosse tête”. Ma famille est là pour me recadrer si besoin. Et même sur les réseaux, je reste simple. Je n’aime pas que l’on me dise “tu es une championne”. Je fais juste mon chemin. Et je refuse des trucs si je suis en phase de compétition. Je ne veux pas tout mélanger.

Ta vie, aujourd’hui ?

Je vis à côté de mon club. J’ai deux séances de prépa physique par semaine, et je m’entraîne tous les jours deux heures. Je rentre voir ma famille une fois par mois. Et je bosse mes réseaux. Je veux que ça serve, que ce soit utile. Montrer que le handicap n’empêche pas d’être féminine, sportive, visible.

Et dans dix ans ?

J’aurai 30 ans. J’aurai peut-être des enfants. Peut-être que je serai encore dans le ping, peut-être pas. Mais je me vois bien continuer à porter des messages, sur les réseaux ou ailleurs. Parler du handisport, de l’accident, de la féminité, de la résilience.

Suivez Flora Vautier sur Instagram pour découvrir les coulisses de son entraînement et ses projets vers Paris 2028. Parce que derrière chaque médaille, il y a une histoire à raconter.

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