« Je suis trop jeune pour Paris 2024 mais Los Angeles… »

Myrtille Gonin
Nous sommes Romann Moreno et Laciné Megnan Pavé, U15 et U14 pensionnaires de l’internat du MHSC installé à Grammont. Nous avons un rêve en commun : devenir footballeurs professionnels. Nous avons investi les bureaux de Trust, troquant nos crampons pour enfiler le costume de journaliste. Dans le cadre de notre stage en entreprise, la rédaction nous a proposé de réaliser l’interview d’une athlète encore plus précoce que nous : Myrtille Gonin, 11 ans, gymnaste Lattoise et plus jeune Occitane avec le statut de sportive de haut niveau. Elle nous a accordé quelques minutes précieuses de son week-end en famille. Du haut de son mètre quarante-deux, perchée sur un tabouret, sans pirouettes ni cabrioles, elle a joué notre jeu du questions-réponses.

Texte par Romann Moreno & Laciné Megnan Pavé

Photographies par Guilhem Canal

Laciné : Myrtille, comment en es-tu venue à la gymnastique ?

J’ai vu une compétition à la télé, ça m’a passionnée et du coup j’ai fait un essai. J’ai commencé à six ans au club de Lattes Maurin, l’AGLM. Ils m’ont recrutée, au début j’étais en loisir, et puis ils m’ont mise dans un petit groupe avec un niveau plus élevé avec six à huit heures de pratique par semaine. Ensuite au niveau Performance, avec quinze à vingt heures d’entraînement. Maintenant je suis au Pôle Espoir de Meaux et je suis à trente heures d’entraînement par semaine, matin et après-midi, tous les jours.

Romann : À Meaux ? Comment de Lattes Maurin as-tu atterri là-bas ?

J’ai fait plusieurs stages nationaux et Gym Eval. C’est là qu’il y a toutes les filles qui veulent entrer dans les Pôles. Tous les entraîneurs nationaux viennent y décider qui ils vont prendre. Moi au début, je devais aller à Marseille, mais vu que la structure a fermé, ils m’ont envoyée en stage à Saint-Étienne et à Meaux. Je n’ai pas voulu essayer Dijon et du coup j’ai décidé d’aller à Meaux parce que ça m’a plu. À Saint-Étienne, ils m’ont refusée. 

Laciné : Est-ce toi qui as décidé d’y aller  ?

Oui ! Au début ma mère ne voulait pas. Elle avait peur de ce qui allait se passer. Et puis elle a vu que j’allais être bien entourée. Ça l’a rassurée. Du coup, mes parents m’ont suivie et ils ont dit d’accord !

Romann : Y a-t-il des garçons au Pôle ?

Non ! Il n’y a que des filles. Les garçons commencent la gym plus tard. Vers quinze ans. Et ils ont leurs pôles à eux.

Laciné : C’est clairement loin. Comment t’y rends-tu ?

Je fais quatre heures de train toute seule de Montpellier jusqu’à Marne-la-Vallée. Là, un bus vient me chercher à la gare pour m’amener à l’internat. Mais Paris c’est… (elle hésite et choisit ses mots) « bizarre », on va dire ça comme ça ! J’y suis toute la semaine et je reviens le vendredi soir. Les autres filles s’entraînent le dimanche après-midi, une semaine sur deux. Elles rentrent plus tôt que moi à l’internat, parce qu’elles sont toutes du Nord, ou de la région.

Laciné : Pendant les vacances ? Comment cela se passe-t-il ?

En février par exemple, j’ai une semaine où je rentre chez mes parents mais pas question de rester sans entraînements plus de trois jours. Je retrouve donc mes partenaires de l’AGLM. Et pendant les vacances d’été, j’ai trois semaines sans m’entraîner, sauf si j’ai un stage France.

Romann : Justement, décris-nous ta journée type.

J’ai quatre heures de cours par jour. Le premier de 8 heures à 9 heures. Ensuite jusqu’à midi, je suis à l’entraînement. Puis je vais manger à la cantine du collège, avant les autres élèves. Je suis un peu privilégiée. À 13 heures, je reprends par une heure de cours particulier. Je retrouve ma classe jusqu’à 16 heures et ensuite gymnastique jusqu’à 19 heures. Je rentre à l’internat, je dîne et je me couche vers 21h30. Sauf le mercredi où j’ai quatre heures de cours le matin et je m’entraîne l’après-midi.

Laciné : Tu loupes beaucoup de cours. Arrives-tu à suivre ?

Oui ça va, j’ai 16 de moyenne (sourire). Je suis dispensée de certaines matières comme l’EPS, les arts plastiques et la musique.

Laciné : Qu’est-ce que ça fait d’être loin de ta famille ?

Parfois, ce n’est pas facile, ils me manquent, comme tous les parents. Quand je suis fatiguée, c’est encore plus difficile. Après, j’étais déjà un peu habituée, ils travaillaient dans un restaurant et ce ne sont pas des horaires faciles. Du coup, je dormais chez mes copines. Aujourd’hui je suis contente de les revoir le week-end. Et puis, j’appelle ma mère tous les soirs, on se raconte nos vies l’une et l’autre. Mes parents ont toujours été là pour moi, j’essaie de donner le meilleur de moi-même pour qu’ils soient heureux. Je sais que ma mère est triste de me voir partir.

Romann : Au Pôle, dors-tu toute seule ou avec quelqu’un d’autre dans ta chambre ?

On est deux avec une copine qui vient du nord de la France. On est huit filles en tout. On est encadrées par une maîtresse d’internat. Elle est tout le temps avec nous, elle dort sur place, elle nous prépare les repas. C’est un peu une seconde maman. J’étais la plus jeune en plus, mais là il y a deux autres 2012 qui sont arrivées.

Romann : Et le climat ? (Rires)

Cette semaine il a neigé. Il fait beaucoup plus froid. Il y a une entraîneuse qui vient du Sud, elle sait comment ça se passe, parce que quand je viens de Montpellier, je suis forcément moins couverte. Du coup il faut beaucoup plus de vitamines, il faut bien se reposer et bien dormir. Le climat, ça joue sur le moral…

“ fais-toi plaisir, profites-en ! ”

Romann : D’ailleurs, quelles sont les différences entre ton club et le Pôle ?

Quand je suis arrivée de mon club, au mois d’août, j’ai fait une grosse préparation physique et pas mal de musculation. J’étais très fatiguée, je n’avais pas l’habitude du temps d’entraînement. Les entraîneurs de Meaux m’ont tout fait reprendre, toutes les bases. Ils travaillent sur la qualité, qui n’est pas la même que dans mon club. J’étais habituée aux exigences de qualité des coachs de Lattes Maurin, à la manière dont ils m’avaient formée, créée. Je suis devenue plus « propre » à regarder. L’esthétique a une grande importance dans la gymnastique. Les trois premiers mois, c’était une découverte pour moi.

Laciné : As-tu une idole ?

Oui ! Simone Biles ! C’est une Américaine. Elle a gagné les Jeux olympiques. C’est la numéro 1 mondiale, elle gagne tout ! Elle a même des figures à son nom !

Laciné : Aimerais-tu avoir une figure à ton nom ? À ce propos, quels sont tes objectifs ?

Oui j’aimerais bien, mais pour l’instant je ne sais pas ce que je pourrais inventer. Déjà, j’essaie de faire bien ce qu’on me demande de réaliser. Pour les objectifs sportifs, celui de cette année a été accompli. C’était de me qualifier au Championnat de France Élite. Maintenant je veux faire un podium ou un top 5 en Élite. Et puis plus tard j’aimerais participer aux Jeux olympiques.

Laciné : Quels JO ? Ceux de Paris ?!

Non ! les suivants. Pour Paris, je ne peux pas les faire. Je n’ai pas l’âge, je suis trop jeune. Il faut avoir au minimum seize ans. Je les aurai pour les JO de 2028. Ce sera à Los Angeles. J’ai très envie de faire des compétitions à l’étranger. Ce que je n’ai encore jamais fait.

Laciné : Tu veux faire les Jeux. C’est forcément avec la France. Est-ce important pour toi de représenter la France ?

Oui c’est important… Ça m’est déjà arrivé. C’était à Combs-la-Ville. Il y a une grosse compétition internationale. J’ai même eu droit à la Marseillaise.

Laciné : Et alors ? Que ressent-on ?

Ça fait des frissons !!! (d’une toute petite voix, l’œil rieur)

Romann : Justement explique-nous comment se passe une compétition.

Soit je les fais avec le club, comme les Championnats de France, soit je les fais avec le Pôle. Il y a des divisions et des catégories d’âge. Senior, Junior et Espoir. Moi je suis en Espoir. À Combs-la-Ville par exemple, la compétition dure trois jours, avec les finales le dernier jour. Je n’ai pas eu la possibilité de participer aux finales parce que je suis trop jeune. Il y a un tournoi individuel et un tournoi par équipe. En individuel, je passe aux quatre agrès (le saut de cheval, le sol, les barres asymétriques, la poutre) alors que par équipe je peux choisir mes agrès.

Romann : Que choisis-tu d’habitude ?

Mon agrès préféré, c’est le sol. Et si je peux éviter le saut… (Elle a tout de même obtenu la meilleure note des gymnastes du Pôle de Meaux à cet agrès à Combs-la-Ville)

Laciné : Tu es très jeune et tu as déjà un emploi du temps très chargé. Est-ce que tu sais pour combien de temps tu es partie sur ce rythme ?

Non je ne sais pas ! Pour ce qui est du Pôle Espoir, c’est pour trois ou quatre ans maximum. Mais ça peut s’arrêter très vite. Par exemple, je suis arrivée au mois d’août mais ils auraient pu décider que c’était fini pour moi en décembre. Je suis évaluée très souvent et si mes résultats et mes performances sont insuffisants, ils me disent « Stop ! Ça s’arrête là pour toi ! ».

Romann : Est-ce que ça te met la pression ?

Non ! Je n’y pense pas. Je me dis « Fais-toi plaisir, profites-en ! »

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