« CERCLES VERTUEUX »

Comme de nombreux autres domaines, le sport est un symbole de la diversité et de la richesse culturelles françaises. Si le jeu de balle au tambourin n’est pas forcément très connu au niveau national, son fort ancrage local, avec notamment une fabrique unique en son genre à Gignac, lui confère un fort capital sympathie.

Nelson Paillou voulait l’inscrire au programme olympique « parce que , disait-il, le jeu de balle au tambourin associe à la fois le physique et le culturel. Il y a cette résurgence de tout un passé de culture occitane et, en même temps, du sport, du vrai sport… ». Un sport traditionnel, ancestral, qui existe en Italie depuis le 19e siècle, et en France depuis 1861. Un sport ancré sur son territoire de l’est de l’Hérault, avec une présence identitaire forte, une pratique inscrite à l’Inventaire du Patrimoine culturel immatériel en France depuis 2012. Un sport qui combine agilité, stratégie et esprit d’équipe. L’écrivain Max Rouquette, président, en janvier 1939, de la Fédération telle qu’elle existe toujours aujourd’hui, évoquait, lui, « une richesse méprisée ou ignorée du Languedoc ». « Il est pourtant difficile de trouver un jeu de caractère et d’essence plus spécifiquement languedociens », ajoutait-il. C’est sa force et peut-être aussi une partie de sa faiblesse. On joue un peu au tambourin à Beuvrages ou Valenciennes, aux Pennes-Mirabeau, à Marcoule, mais c’est bien à Notre-Dame-de-Londres que l’on retrouve la seule équipe féminine vainqueur de la Coupe d’Europe des clubs champions en extérieur, à Cournonterral, Poussan, Florensac, Paulhan, Lavérune, que la passion est réellement exacerbée. « 85 % des 41 clubs affiliés à la Fédération sont Héraultais, confirme Patricia Ganivenq, la présidente. Mais on peut néanmoins remarquer un élan dans la région Sud, en Haute-Vienne ou dans l’Oise par exemple. » Patricia Ganivenq est l’une des rares présidentes de Fédération sportive en France. À la tête de seulement 19 des 119 Fédérations agréées par le Ministère, les femmes sont encore très peu nombreuses à être aux commandes d’instances sportives. Elle tient la sienne depuis le début d’année avec ce mélange de passion et de force de persuasion, convaincue que son sport « mérite mieux que ce succès d’estime ». À Gignac, où la FFJBT a pris ses quartiers depuis 2007, elle multiplie les initiatives afin de démocratiser un sport qui attirait jadis les foules aux Arceaux les dimanches d’été. Elle veille ainsi sur la Tambourithèque, un espace spécialement dédié au sport tambourin. Vieilles affiches, tambourins de bois et de peau de chèvre de 1940 fabriqués à Pézenas, battoirs en bois de hêtre et d’alisier, mandolines, santons « Guilhem » réalisés par les santonniers de Saint-Guilhem-le-Désert pour mimer les différentes postures et gestuelles lors d’une partie…, toute l’histoire est ici conservée.

La Tambourithèque, mémoire vivante du jeu

Les parties de Florensac en 1871, Paulhan en 1878, les concours de Bessan en 1906, le premier match contre l’Italie en 1954 sur le bitume de Pézenas, les chemises blanches non amidonnées, les brassards de soie, rien n’échappe À Gignac, où la FFJBT a pris ses quartiers depuis 2007, elle multiplie les initiatives afin de démocratiser un sport qui attirait jadis les foules aux Arceaux les dimanches d’été. Elle veille ainsi sur la Tambourithèque, un espace spécialement dédié au sport tambourin. Vieilles affiches, tambourins de bois et de peau de chèvre de 1940 fabriqués à Pézenas, battoirs en bois de hêtre et d’alisier, mandolines, santons « Guilhem » réalisés par les santonniers de Saint-Guilhem-le-Désert pour mimer les différentes postures et gestuelles lors d’une partie…, toute l’histoire est ici conservée. Les parties de Florensac en 1871, Paulhan en 1878, les concours de Bessan en 1906, le premier match contre l’Italie en 1954 sur le bitume de Pézenas, les chemises blanches non amidonnées, les brassards de soie, rien n’échappe à notre hôte passionnée. « Nous avons aussi réalisé un petit film que nous projetons aux visiteurs, indique-t- elle, et on peut également faire résonner le tambourin lors d’une initiation face au fronton. » Mais le véritable trésor de Gignac se situe au fond de l’édifice, un atelier jalousement gardé par Boris Pontier. Depuis dix ans, ce joueur émérite de 38 ans fabrique des tambourins. Il est même le seul en France à pratiquer cet art. En 2024, il en a ainsi conçu plus de 4000. « Auparavant, sourit-il, les cercles étaient en bois et une peau de chèvre tendue permettait de renvoyer la balle. Aujourd’hui, ils sont en plastique et la toile est en nylon, une matière synthétique. » C’est en 1861 qu’un tonnelier de Mèze a fabriqué les premiers tambourins en France, un cercle de bois, donc, sur lequel on tendait une peau de chèvre parcheminée. Les sportifs italiens sont ensuite venus jouer avec des tambourins en peau de cheval ou de mulet, plus efficaces que les tambourins français. Ils étaient de surcroît équipés d’une poignée en cuir qui permet de mieux les tenir. Les joueurs français ont aussitôt commandé ce même matériel en Italie. « Il existe quatre ou cinq fabricants en Italie capables de proposer un produit à un prix plus attractif que le nôtre, parce que nous sommes contraints d’importer nos matériaux, révèle Boris Pontier. Mais le produit que nous offrons dispose de nombreux atouts à un prix qui demeure raisonnable. » C’est en 1983 que des bénévoles ont créé la fabrique associative LOUJOC à Balaruc-les-Bains. En 2005, elle a été rebaptisée France Tambourin, et absorbée et gérée par la FFJBT. Dix années, donc, de conception selon le savoir-faire traditionnel. La fabrique se porte d’ailleurs garante de la préservation d’un patrimoine exceptionnel qu’est le savoir-faire en matière de fabrication de tambourins et de battoirs. Le diamètre du cercle des tambourins est de 28 cm pour les adultes, et de 26 cm pour les poussins et les benjamins. Plusieurs couleurs sont disponibles, plusieurs joints, plusieurs toiles également, et la tension oscille généralement entre 40 et 64 bars. « On peut tout imaginer en fonction du ressenti des joueurs, indique Boris Pontier. On peut même les personnaliser avec le logo des clubs ou des slogans publicitaires. La taille, le poids, la tension, la couleur, tout est envisageable dans les meilleurs délais… » Il faut compter une vingtaine d’euros pour un tambourin façonné par Boris. Ses clients sont les clubs et leur école de tambourin, les particuliers, les collectivités, les écoles et collèges. Les tambourins sont utilisés par les pratiquants, évidemment, mais peuvent aussi servir de cadeaux. « Il faudrait que l’on trouve d’autres débouchés, souligne-t-il, afin de pérenniser la fabrique, et cela passe forcément par une meilleure connaissance de notre sport et un afflux de pratiquants, chez les plus jeunes notamment. » Si vous passez par Gignac, n’hésitez pas, en tout cas, à vous arrêter chemin Marc-Galtier. Boris Pontier se fera un plaisir de vous dévoiler les différentes étapes de fabrication. Boris a l’avantage de connaitre le tambourin, mais il fait surtout preuve d’ingéniosité pour proposer un modèle de tambourin dont les niveaux de qualité et de performance sont aussi élevés, sinon plus, que n’importe quel tambourin italien. C’est grâce à son investissement, sa ténacité, et sa passion que la fabrique continue d’exister. Boris vous parlera de la machine unique au monde conçue par des étudiants en BTS au Lycée Joliot-Curie de Sète. Elle assemble automatiquement tous les éléments qui constituent le tambourin. Il vous montrera son imprimante dernière génération. La machine à agrafer la poignée. Et cet appentis pour déboucher les petits trous de la toile à l’aide d’un solvant à l’odeur caractéristique, et jouer ainsi sur la sonorité du tambourin. Bon. Contrairement au jeu de paume, sport olympique à Londres en 1908, le jeu de balle au tambourin ne connaîtra jamais une telle destinée, n’en déplaise à Nelson Paillou, et, oui, Max Rouquette avait bien raison lorsqu’il évoquait « un jeu de caractère et d’essence spécifiquement languedociens ». Un jeu qui souffre du manque de médiatisation, de la difficulté à conserver ses terrains, souvent transformés en parkings, d’un manque de partenaires également. Mais un jeu encadré par des amoureux qui s’efforcent de le faire vivre, le recréer, le transmettre. Un jeu dont le matériel est fabriqué en France. À Gignac. Un patrimoine vivant, témoin de la diversité culturelle. À une époque où l’on a de plus en plus d’inquiétude pour la survivance des valeurs d’autres sports, le tambourin reste l’une des disciplines à donner le bon exemple.


Texte par Philippe Pailhories & Photographies par Aurélia Frantz

Tout savoir sur la balle au tambourin : ICI

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