« TENDRESSE ET MUSCLES MÊLÉS »

Julien Miro, musicien et bodybuilder naturel
Il est musicien. Un peu dessinateur. Passionné par l’enseignement. La transmission. Éperdument. Il a le goût des autres. Il est bodybuilder. Et cette appétence à remodeler son corps l’a réellement transformé.

Comme son mirobolant homonyme catalan, il verserait lui aussi dans le surréalisme, à ceci près qu’au-delà de la musique, du dessin, il associerait un procédé d’expression différent, inattendu, un art du corps et de la performance, qui consiste principalement à développer sa masse musculaire dans un but esthétique. Julien Miro sonne de la sacqueboute, l’ancêtre du trombone. Il crayonne. Il exhibe aussi son corps en exécutant des poses plastiques codifiées, isolément ou enchaînées dans une chorégraphie. À l’écouter, musique et culturisme sont parfaitement identiques. « Oui, parce que l’on travaille beaucoup, sans toujours savoir où l’on va d’ailleurs, sourit-il, on répète les mêmes gammes, on passe des heures à travailler sans bien mesurer le résultat. À la sacqueboute, nous fabriquons nous-mêmes notre son avec nos muscles, nos lèvres, notre souffle, et c’est la même méthodologie que le culturisme. La sacqueboute est un instrument qui date des années 1450, qui a conservé son authenticité, et qui a traversé les siècles sans se transformer. Il a juste un petit peu grossi, comme un bodybuilder finalement. » Julien Miro a 39 ans. Il est donc un tromboniste émérite au parcours stylistique diversifié. Il a découvert l’instrument en 2004 avec Jean-Pierre Albouy au Conservatoire à Rayonnement Départemental du Tarn. Étudiant en Droit à Aix-en-Provence, il s’est très vite passionné jusqu’à décrocher un D.E.M. au Conservatoire Darius-Milhaud. Attiré par les opportunités que lui offre l’instrument, il a suivi la formation de David Locqueneux et Daniel Lassalle au Conservatoire de Toulouse. C’est d’ailleurs avec Daniel Lassalle, pédagogue très engagé, qu’il s’est épanoui au Conservatoire National Supérieur de musique et de danse de Lyon. Titulaire d’un master d’interprète, d’un master de pédagogie et du Certificat d’Aptitude, il est d’abord et surtout épris de transmission. Professeur de trombone et de sacqueboute au CRD de Montpellier, il enseigne avec toujours la même flamme. « Ma passion véritable, confesse-t- il, c’est apprendre et transmettre. Je fais un petit peu tout de manière extrême. J’aime bien aller au bout des choses dans une pratique. J’ai du mal à imaginer que l’on puisse faire quelque chose sans s’y donner à fond. Je suis ainsi passionné par le sport, la musique, le dessin, le jeu. »

Quand musique et culturisme se rejoignent

Par le culturisme. Depuis tout petit. « À l’époque, raconte-t-il, il n’y avait pas le même accès à la connaissance qu’aujourd’hui. Je suis né avec YouTube, mais peu d’images circulaient alors. Mon père était préparateur physique au Castres Olympique, et je rêvais de mener la vie d’un athlète. Mais je faisais du sport de manière totalement désorganisée. Moi, je voulais devenir dessinateur, et j’ai d’ailleurs appris le dessin en recopiant les personnages de Dragon Ball Z dont tous les muscles étaient parfaitement dessinés, comme si l’auteur était un bodybuilder. Je regardais aussi tous les films avec Stallone, Schwarzenegger, Van Damme… Même mes jouets étaient tous musclés. » C’est une simple rencontre qui va lier ses rêves d’enfant à ceux de l’adulte qu’il est devenu. à Lyon, Julien Miro côtoie Tom Almerge, violoncelliste et vice-champion de France 2012 IFBB, la Fédération de Bodybuilding et Fitness. « Il habitait dans la même rue que moi, se souvient Julien Miro, on a sympathisé puis on s’est entraînés ensemble. Il m’a parlé du club de Montpellier, ABS Sport Gym qui se trouvait rue Chaptal. Je me suis inscrit. Je donnais des cours de trombone dans le Tarn, j’étais sur la route 24 heures par semaine, il m’arrivait de me lever à 3 heures le matin pour faire une halte à Montpellier. C’est le père de Tom, Louis Milane, qui avait la charge de mon entraînement. Pendant mes six années d’allers-retours Lyon/Tarn, j’ai suivi son enseignement. » Lorsqu’il présente son concours pour être enseignant à Montpellier, Julien Miro est déjà dans l’état d’esprit d’un bodybuilder. Il possède le fond. Pas encore la forme. « Or, dit-il, elle est prépondérante. L’éclairage, la tenue scénique. C’est un sport d’illusion. Un sport de scène. C’est sans doute ce qui me manquait aussi dans ma pratique musicale. Se présenter. Avoir confiance en soi. Savoir maîtriser son trac. »

“ JE PESAIS 94 KG,
J’ÉTAIS UN PETIT PEU ROND,
ET J’AI DÛ PERDRE 25 KG POUR AFFICHER UN PHYSIQUE ULTRA-SEC. ”

En 2023, il se sent prêt et décide de s’engager dans la compétition. « Je pesais alors 94 kg, j’étais un petit peu rond, et j’ai dû perdre 25 kg pour afficher un physique ultra-sec. J’ai participé à la Coupe de France IFBB. J’ai terminé premier catégorie men’s physique de la Fédération naturelle AFBBN qui m’a sélectionné pour le Championnat du monde amateur ICN catégorie débutant, en Italie. La Fédération AFBBN, c’est celle qui prône une pratique sans dopage, saine et naturelle. » Le voilà lancé. Il passe un peu à côté de sa saison 2024. Il redouble d’efforts. Il change d’entraîneur et s’appuie désormais sur Cyril Staal, spécialisé dans le naturel. « On a adopté une stratégie de prise de masse, explique-t-il, où je suis en gros surplus calorique. Depuis le mois d’avril, je suis en prise de masse. Je vais commencer la phase de sèche à partir du mois de décembre, jusqu’à la compétition qui se déroulera au mois de mai. C’est le Show du Perray, la compétition parisienne naturelle de la Fédération AFBBN. Jusqu’à présent, j’avais surtout privilégié le haut du corps. Là, je vais passer en men’s fitness, une catégorie réservée aux personnes longilignes et qui privilégie la finesse, la sèche et l’harmonie du corps puisque tous les éléments sont pris en compte, dont les cuisses pour lesquelles j’ai accumulé pas mal de retard. » Il espère évidemment briller sur la scène des Yvelines. Mais l’essentiel est ailleurs. Julien Miro a intégré le bodybuilding dans sa vie de tous les jours. Il s’entraîne cinq fois par semaine, une heure et demie à deux heures par séance. Et puisqu’il a choisi le versant naturel, sans dopage donc, il peine parfois à soutenir la cadence. La prise de masse est une période toujours difficile, ingrate. Il faut manger beaucoup. S’entraîner beaucoup. Lui préfère la phase où il se sent léger, « libre ». « Il m’arrive, c’est vrai, d’être dans une forme de désespoir quand c’est trop dur, confesse- t-il, mais ça me permet aussi de me mettre à la place de mes élèves et ça nourrit ma vocation pédagogique. Je ne suis plus du tout le même professeur depuis que j’ai débuté le bodybuilding. J’arrive à mieux les comprendre, cerner leurs besoins, les objectifs. J’arrive aussi à être plus carré dans mes cours, plus clair, plus signifiant. Et puis, j’ai intégré ce besoin de souplesse qu’ils ont parfois, parce que la rigidité, c’est quasi impossible. Je sais désormais que l’on peut performer dans la bienveillance, la compréhension, l’intelligence et, surtout, l’accompagnement. » Quand il s’est lancé, il avait cette ambition de gagner chevillée au corps. Il a depuis pris conscience de ses limites, comme de la concurrence. Alors il privilégie son développement personnel. « Si je voulais gagner à tout prix, peut-être que je devrais passer par le dopage, comme beaucoup de participants, et ce n’est pas mon désir. Je préfère faire face à mes vulnérabilités. Sinon, je passerais à côté de l’essence même du bodybuilding qui est un esprit sain dans un corps sain. »

“ JE NE SUIS PLUS DU TOUT
LE MÊME PROFESSEUR DEPUIS QUE J’AI
DÉBUTÉ LE BODYBUILDING. ”

En vérité, il aimerait surtout disposer d’un corps le plus propre possible, le plus stable à l’année, maîtriser son alimentation. « Je ne suis pas encore expert, sourit-il. J’ai mis dix à quinze ans pour être un bon musicien, je pense qu’il faut dix à quinze ans pour être un bon bodybuilder. C’est toujours la même histoire de connaissance et de maturité, autant physique qu’intellectuelle. » Comme son mirobolant homonyme catalan qui avait fini par décider d’abandonner les méthodes conventionnelles de la peinture, favorisant ainsi une forme d’expression contemporaine, Julien Miro a une idée très précise de son art. « Ce qui m’a beaucoup affecté, dans la musique, souligne-t-il, c’est ce rapport maître/élève qui est très présent et très lourd, alors que ma posture pédagogique est de former des individus et de futurs adultes indépendants, de m’éloigner de la dynamique du gourou avec des gens qui détiennent la connaissance et d’autres aux ordres. J’ai envie de les affranchir et de faire d’eux des personnes qui ont un esprit critique. Ça m’a beaucoup manqué lorsque j’étais à leur place. J’aurais aimé avoir la maturité intellectuelle pour m’organiser, être indépendant et surtout ne pas être vulnérable. J’aimerais que mes élèves performent dans le bonheur, la bienveillance. Je veux l’excellence; lorsque l’on évoque le conservatoire, on pense à une certaine élite. Mais pourquoi l’exigence et l’élite ne seraient-elles pas accessibles à tous ? Je vois bien que je ne suis pas le plus fort, mais je veux être la meilleure version de moi-même. C’est cela que je recherche : une forme d’authenticité. Je cherche à être un individu épanoui. Le sport, c’est vivre des émotions, de belles histoires, partager des choses. Comme en musique. »


Texte par Philippe Pailhories & Photographies par Guilhem Canal

Pour suivre l’actualité de Julien c’est par ICI !

Partager cet article :

Articles Récents

Articles Récents
Fulgence Ouedraogo

Délices des Anges X Fulgence Ouedraogo

L’Écusson, la nouvelle gourmandise signature de Montpellier

« L’ENGAGEMENT SPORTIF COMME PROLONGEMENT DU TERRITOIRE »

De sa passion d’enfance pour le sport à son engagement fort dans le naming du FDI Stadium, Mathieu Massot raconte un parcours où le territoire reste toujours au centre. Il

Téji Savanier

« JE SUIS UN JOUEUR ATYPIQUE »

Amoureux du foot vrai, sans fard ni paillettes, Téji Savanier reste une étrangeté dans le monde professionnel. Son quotidien, qu’il partage dans la Cité Gély à Montpellier avec les membres