Comment as-tu commencé le basket ? Je suis née à Montpellier et j’ai grandi à Lavérune, où vit toute la famille de mon père. Ma mère jouait au basket à Montpellier et à Lattes, ma sœur aussi, donc pour moi cela n’a jamais vraiment été une question : j’ai toujours baigné dans ce sport. J’ai commencé très jeune, avant même d’avoir l’âge officiel pour m’inscrire. Je m’entraînais déjà avec l’équipe de ma sœur, plus âgée. On jouait à Saint-Jean-de-Védas, puis je suis partie à Lattes vers 8 ans, où j’ai joué dans toutes les catégories.
À quel âge es-tu entrée au CREPS ? À 11 ans, avec un an d’avance. Ensuite, j’ai intégré le centre de formation, toujours avec un an d’avance. C’est là que j’ai commencé à m’entraîner avec les pros, à seulement 14 ans.
Puis tu pars à l’INSEP… Oui, à 14 ans. J’y suis restée trois ans, puis j’ai fait une année professionnelle à Mondeville. Ensuite, à 18 ans, j’ai décidé de partir aux États-Unis. J’ai passé quatre ans à Miami et deux ans à Florida : deux universités immenses, prestigieuses, et j’en suis très fière.
Qu’est-ce que tu retiens de ces années aux États-Unis ? Pour moi, c’était un rêve. Petite, j’en entendais parler, mais je ne m’imaginais pas du tout y vivre un jour. Je ne parlais pas anglais, c’était loin de ma famille… j’avais même l’impression que ce monde n’était pas réel. À Mondeville, je jouais dans une équipe plus âgée et je me suis beaucoup rapprochée des Américaines. Elles m’ont parlé de leur parcours, et cela m’a montré que c’était finalement possible. J’ai fait des visites. Et quand j’ai découvert Miami… là, c’était évident.
Et pourtant, tu dis que tu y as aussi vécu un cauchemar…
Oui. J’ai enchaîné les blessures et j’ai été privée de basket pendant quatre ans. Je suis arrivée très attendue, classée parmi les meilleures de ma génération en Europe, mais les blessures se sont accumulées. À la première, tout le monde est là pour toi. À la deuxième, ça s’éloigne. À la troisième… les gens t’oublient. Le basket, c’était mon bonheur. Ne pas jouer pendant si longtemps, loin de ma famille, ça a été très dur.
Comment as-tu fini par retrouver du temps de jeu ? Le système universitaire m’a accordé deux années supplémentaires. J’ai été transférée à Florida, une université énorme et très prestigieuse. Et là-bas, j’ai enfin pu jouer : pas un entraînement loupé, pas un match manqué. J’ai enfin vécu l’expérience américaine.
“ MENTALEMENT, J’AIMERAIS ARRÊTER DE ME SOUCIER
DU REGARD DES AUTRES. ”
Comment décrirais-tu l’ambiance quand tu joues là-bas ?
C’est incomparable. Il y a au minimum 10 000 personnes à chaque match. Sur le campus, tout le monde sait qui tu es. On est réellement considérées comme des “stars”. C’est un rêve.
Ton retour en France n’a-t-il pas été trop compliqué ? Le fait de revenir à Montpellier m’a aidée : je retrouve ma famille, mon coach, mes repères. Mais le choc culturel est énorme. Le style de vie, la mentalité… tout est différent. Et puis, après six ans en Floride, revenir au climat français, c’est dur ! (rires)
Qu’est-ce que ça représente de revenir ici ? Beaucoup de pression, nombreux sont ceux qui attendent de voir ce que “je vaux vraiment”, mais aussi énormément de bonheur. Être avec ma famille, voir ma sœur enceinte, passer Noël ici — ça faisait six ans que ce n’était pas arrivé. Les jugements peuvent être durs, surtout de la part de personnes qui ne connaissent pas mon histoire. Mais avec le temps, j’apprends à m’en détacher.
Quels sont tes objectifs aujourd’hui ? Gagner un titre avec mon club, le BLMA cette année. M’imposer dans la rotation, que ce ne soit plus discutable. J’aimerais rester ici après cette saison. À plus long terme, l’équipe de France et, un jour, la WNBA. Beaucoup d’Européennes y vont plus tard maintenant, donc c’est peut-être la voie.
Qui t’a aidée ou inspirée ? D’abord mon agente actuelle, Ticha Penicheiro, l’une des plus grandes joueuses de l’histoire. Elle vit à Miami et m’a prise sous son aile dès mon arrivée. Elle est devenue comme une seconde mère, l’une des rares personnes qui ne m’ont jamais lâchée. Et puis ma famille. Et aussi des joueuses comme Gabby Williams, qui a été là dans les moments difficiles.
Comment juges-tu l’évolution du basket féminin français ?
Il a énormément évolué ces derniéres années. Les JO l’ont montré : on perd à un millimètre du titre olympique. Auparavant, face aux USA, on avait perdu avant même d’entrer sur le terrain. Aujourd’hui, les équipes américaines nous craignent, filles comme garçons. Je le vois même ici à Lattes, les salles sont pleines, même en semaine, ce n’était pas du tout le cas auparavant. Et maintenant, les universités américaines viennent directement recruter chez nous. C’est révélateur.
Comment te décrirais-tu sur le terrain ? En dehors du terrain, je suis la fille qui rigole tout le temps. Sur le terrain, je suis sérieuse. J’aime faire briller mes coéquipières, mais j’aime aussi avoir la balle, créer, shooter. J’aime défendre, j’aime tout, en fait.
Qu’est-ce que tu aimerais encore améliorer ? Mentalement, j’aimerais arrêter de me soucier du regard des autres. Les Américaines sont fortes parce qu’elles se croient les meilleures — et ça les rend meilleures. J’aimerais atteindre ce niveau de confiance.
Pourquoi aimes-tu le basket ? Parce que je suis bonne dans ce sport, déjà (rires). Mais aussi parce que c’est un duel permanent, une expression de soi. Et parce qu’une équipe devient une famille : on passe plus de temps ensemble qu’avec nos proches. Sur le terrain, c’est nous contre le monde.
Texte par Marie Gineste & Photographies par Guilhem Canal
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