« À cœur ouvert »

Romane Bernies brandissant sa médaille d’argent, le sourire aux lèvres
Romane Bernies, capitaine emblématique du BLMA depuis huit ans et médaillée d’argent aux Jeux Olympiques de Paris 2024, dévoile les coulisses de sa carrière.

Texte Marie Gineste // Photographie par Guilhem Canal

Derrière son palmarès, il y a une histoire. Pas seulement une litanie de victoires et de statistiques, mais une trajectoire faite de doutes, de sacrifices et d’une volonté brute qui ne lâche jamais prise. Depuis son rôle de capitaine emblématique au BLMA (Basket Lattes Montpellier Association), qu’elle occupe depuis huit ans, jusqu’à la conquête de la médaille d’argent aux Jeux olympiques de Paris 2024, cette basketteuse au parcours remarquable, Romane Bernies, incarne l’aboutissement d’années de travail acharné.

Derrière les projecteurs, il y a les doutes, les sacrifices, les rêves transformés en objectifs, et une humilité désarmante qui force le respect. Entre confidences sincères et énergie communicative, Romane Bernies revient sur les moments forts, les obstacles surmontés, et les aspirations qui continuent de nourrir sa carrière et sa vie.

Le chemin vers la gloire : entre doutes et détermination

Romane Bernies, comment résumerais-tu ton parcours en quelques mots ?

Je suis vraiment fière de ce que j’ai accompli. Je n’avais pas de plan préétabli quand j’ai commencé. Petite, j’aimais tous les sports : athlétisme, gym, tennis de table… Mais alors que j’avais 12-13 ans, le basket s’est imposé. Au début, c’était juste pour le plaisir. Ce n’est qu’à 15-16 ans, en entrant en centre de formation, que j’ai compris que je voulais aller loin. Voir l’équipe professionnelle, c’était très inspirant. Cela m’a donné envie de me dépasser. Là, je me suis dit : « Oui, c’est ça que je veux faire ». Je suis compétitrice dans l’âme, donc l’envie de toujours aller plus loin a suivi.

Huit ans au BLMA, et capitaine. Qu’est-ce que cela représente pour toi ?

C’est une grande fierté. C’est très important pour moi. Quand mon coach actuel m’a proposé ce rôle, j’ai été très touchée. C’est une marque de confiance forte. Je prends cette fonction très à cœur. J’essaie de mener l’équipe du mieux possible, de façon humaine et sincère. Bien sûr, personne n’est parfait, mais j’aime être un moteur, entraîner mes coéquipières avec moi, transmettre des valeurs positives.

Ta carrière semble sans accroc, mais qu’en est-il des moments difficiles ?

J’ai eu beaucoup de chance de ne pas souffrir de grosses blessures. Mais j’ai connu des périodes compliquées : j’étais souvent perçue comme « la petite derrière » une joueuse phare dans mon club de début. Cela a été dur de prouver que j’avais ma place. Et puis, l’équipe de France… J’ai été appelée plusieurs fois, mais sans être retenue pour les sélections finales. Ce rejet répété, ça use mentalement. Pourtant, je n’ai jamais lâché. J’ai fait mes premières sélections à 18 ans, j’en ai 32 aujourd’hui… Cette médaille olympique, c’est la récompense d’un long chemin. Je la savoure pleinement.

C’était un rêve ?

Dernièrement, c’était un objectif plus qu’un rêve ! Je savais que c’était atteignable et j’avais envie d’y être.

Comment as-tu réagi à l’annonce de ta sélection ?

C’est étrange, mais je n’ai pas eu l’explosion d’émotion à laquelle je m’attendais. Je suis très émotive, mais là, j’étais juste concentrée. J’avais un objectif clair : être performante aux Jeux. La médaille, c’était un rêve devenu objectif, et je savais que je pouvais l’atteindre.

Comment tu t’es préparée ?

C’est un travail quotidien, en club déjà. Il fallait que je sois performante pour avoir la chance d’être présélectionnée avec l’équipe de France. Ce n’est quelque chose qui se fait au dernier moment, cela fait deux ans que je me prépare.

Il y a eu un moment où tu t’es dit, « c’est bon, je suis prête ?

Je me sentais prête parce que je savais que j’avais fait ce qu’il fallait. Les Jeux Olympiques, c’est un peu le Graal pour nous athlètes. En France, on a un vivier énorme au basket. Il y a beaucoup de bonnes joueuses. Et il n’y a que 12 élus à la fin. Malgré tout, la dynamique de l’équipe, elle était très bonne, c’était sain. On avait un bon groupe. Tout le monde a joué le jeu.

Romane Bernies a souvent exprimé sa gratitude envers son équipe et son coach, soulignant l’importance de la solidarité. Chaque match est une nouvelle opportunité pour Romane Bernies de briller.

Et cette fameuse magie des Jeux, l’as-tu ressentie ?

Elle est réelle. L’engouement, le public… C’était incroyable. Mais en tant qu’athlète, on est dans une bulle et tout va très vite. On reste focus sur l’objectif. Parfois, c’est en voyant ma famille dans les tribunes, émue aux larmes, que je mesurais l’impact de ce que l’on vivait. Et cette finale… Quel moment fort, même si nous n’avons pas obtenu l’or !

La magie des Jeux Olympiques : des larmes, des joies et des souvenirs impérissables

Une médaille d’argent olympique, c’est monumental, mais reste-t-il une petite amertume ?

Bien sûr, après la finale, on était frustrées. On voulait l’or. On est passé très proche d’un exploit historique ! Mais je suis fière de cette médaille. Elle représente tellement : le travail, les sacrifices. C’est un souvenir inoubliable. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir une médaille olympique, et l’émotion que l’on a partagée avec le public et nos proches vaut tout l’or du monde.

Quel est le moment qui t’a le plus marqué pendant les Jeux ?

Il y a eu beaucoup de moments forts…la qualification finale était incroyable. Le match est compliqué. On gagne en prolongation. Nous étions assurées d’avoir une médaille. Et puis on se retrouve en finale contre les Etats-Unis. C’est ce qu’on voulait ! Cette victoire-là, elle a un goût spécial.

Après avoir vécu des moments intenses, Romane Bernies continue de rêver grand et d’inspirer la prochaine génération de basketteuses.

Comment revient-on à la vie normale après une telle expérience ?

C’est un vrai défi. Passer des Jeux, avec des salles pleines et une médiatisation massive, à la routine du club, c’est une transition difficile. Revenir à Montpellier, dans ma maison, m’a fait du bien. Mais les premiers mois ont été compliqués pour moi. Sur le terrain, je n’ai pas été à la hauteur comme je l’aurais dû. Je ne « vivais » que pour cela depuis plusieurs années. J’ai pu en parler avec d’autres athlètes, dont Romane Bernies, qui sont passés par là, cela m’a fait du bien. Ce n’est pas pour rien que l’on parle de « petite mort ». J’apprends à retrouver mes marques et à fixer de nouveaux objectifs.

Lesquels ?

Avec le BLMA, j’aspire à un titre de champion de France ou d’Europe. En équipe de France, on vise le championnat d’Europe cet été, un titre qui nous échappe depuis 2009.

L’après-médaille : rebondir, transmettre et préparer l’avenir

Et après le basket ? Y penses-tu ?

Bien sûr. La fin de carrière se rapproche, même si je me sens encore pleine d’énergie. C’est difficile d’imaginer une vie sans le basket, mais j’y réfléchis de plus en plus. J’aime transmettre, partager, notamment avec les enfants. Peut-être que ce sera une piste à explorer. Le futur reste ouvert. J’aimerais rester liée au sport d’une manière ou d’une autre, mais rien n’est encore défini.

Quel regard portes-tu sur le basket féminin en France ?

Il y a une meilleure visibilité qu’à une époque même si on est encore très loin des hommes. Mais oui, il y a une évolution significative entre le moment où j’ai commencé et aujourd’hui. Les salles sont pleines, les clubs s’agrandissent. On véhicule des valeurs fortes, le public s’en rend compte.

Lesquels ?

L’abnégation, le don de soi, le travail d’équipe… notre jeu est peut-être moins spectaculaire que celui des garçons, mais il y a beaucoup d’entraide, beaucoup de tactique aussi. Les Jeux Olympiques, c’est la meilleure vitrine qu’on pouvait avoir. La Ligue, elle a déjà avancé. Cette année, il y a des choses qui sont mises en place pour qu’on aille encore un peu plus loin. C’est positif.

Tu dirais quoi à la Romane Bernies de quinze ans qui intégrée le centre de formation ?

Je ne sais pas, c’est une bonne question… De croire en elle, d’avoir confiance. J’en ai manqué pendant longtemps. D’être optimiste. Je n’ai jamais lâché l’affaire, même dans des moments plus compliqués. Comme ma relation avec l’équipe de France. À de nombreuses reprises, je me suis dit « c’est mort, j’ai envie d’arrêter ». Mais je me suis battue et j’ai bien fait ! (Rires) Peut-être que si j’avais eu moins de doutes à certains moments, j’aurais été capable de faire de plus grandes choses. Mais je ne regrette rien !

Et puis heureusement que tu n’as pas écouté les conseils des médecins …

C’est vrai. Tout le monde ne le sait pas, mais quand j’avais 13 ans, 14 ans, on m’a détecté une scoliose très grave. J’avais consulté un médecin à Bordeaux qui m’avait conseillé de tout arrêter. Pour lui, il m’était impossible de jouer au basket à un haut niveau. Mes parents sont allés chercher un autre avis à Paris et nous avons trouvé quelqu’un qui m’a aidé à traverser tout cela. J’ai dû porter un corset pendant 4 ans. C’était la seule solution pour atteindre mon objectif de carrière pro sans passer par l’opération, donc je l’ai fait.

Ta famille joue un rôle important…

C’est mon pilier. Ils m’ont toujours soutenue. Mes parents, mes grands-parents, ma sœur. Les voir vibrer, pleurer de joie, c’est ce qui me rend le plus heureuse. Leur engouement, même pour un sport qu’ils ne connaissaient pas avant, cela n’a pas de prix. Pendant les Jeux, les émotions étaient tellement fortes qu’ils les ont presque vécues plus intensément que moi sur le terrain ! (Rires) Ce partage avec eux, c’est ce que je retiens le plus des Jeux. Avoir vécu cela à la maison, entourée des miens, c’est inoubliable. C’est ce qui rend tout ça si spécial.

« Romane Bernies : J’ai toujours joué pour le plaisir. Mais avec le temps, je me suis découvert une âme de compétitrice. »

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