Texte par Philippe Pailhories // Photographies par Aurélia Frantz
Oubliez tout. Tous les clichés. Oubliez les mamies babillardes. La pub Intermarché avec les acteurs maniérés et la quiche aux lardons. Les railleries. Le persiflage : marche aquatique en pataugeoire, batifolage dans un pédiluve… Oubliez le froid glacial des matins d’hiver. Les gifles de la houle. Le sable entre les orteils et les contorsions sous la serviette poncho. Oubliez tout. Tout ce que vous croyiez savoir sur le longe-côte/marche aquatique. Virginie Bouffart a oublié tout ça. Elle a goûté à l’activité en octobre 2021. Elle est championne de France. Membre du collectif France. « Céline, mon binôme aujourd’hui, me pressait de l’accompagner, raconte-t-elle. Pour moi, c’était un loisir, un truc de touristes, réservé aux personnes âgées. Je craignais d’avoir froid l’hiver, de ne pas m’y retrouver physiquement. » Céline sait se montrer persuasive. Elle l’a déjà embarquée dans de drôles d’aventure, La Régalade, La Ruée des Fadas, un marathon en relais, deux triathlons par équipes. Elle se laisse entraîner une fois encore. Sans doute pour être enfin tranquille. « Sauf, sourit-elle, que c’était génial de partager ce moment avec les copines, et que ce n’était pas facile du tout. » Virginie Bouffart a l’âme d’une sportive et se prend naturellement au jeu. « En fait, le longe-côté est très complémentaire du cyclisme que je pratique régulièrement, explique-t-elle. Ça sollicite les mêmes muscles et, surtout, ça ne traumatise pas les articulations. » Elle dit qu’avoir de bonnes cuisses et un bon cardio est préférable. Qu’on y prend « vite goût ». « C’est vraiment un sport étonnant, super physique, qui va forcément te faire du bien d’une manière ou d’une autre. Mon kiné rigolait en disant que j’était grâce au longe la personne la mieux rééduquée de toute l’Occitanie ! Au-delà de tous ces aspects, il y a ce côté déconnexion absolument délicieux. L’hiver, depuis le Petit Travers, tu aperçois le Canigou sous la neige, tu termines la séance en partageant un thé, tu es bien, tout simplement. »
“ NOTRE MARQUE DE FABRIQUE RESTE LE DÉPASSEMENT DE SOI ”
François Bou, Paco pour les longeurs, est l’entraîneur de la section compétition au club de longe-Côte Mauguio Carnon. Il est surtout cadre technique à la fédération française de la randonnée pédestre qui a délégation du ministère pour encadrer le longe-côte dont il est l’un des fervents partisans. « À la Fédération, explique-t-il, on a cette image de sport loisir, sport santé qui nous colle à la peau, et que nous voudrions infléchir. Nous souhaitons bien sûr conserver cet héritage fédéral de solidarité, de convivialité, d’entraide, mais aller rechercher aussi une pratique compétitive. »
C’est l’idée que prône le LCMC. « Même si l’on s’organise avec différents niveaux, les compétiteurs, le groupe sportif et le groupe loisir, souligne Paco, notre marque de fabrique reste le dépassement de soi et la volonté de sortir de sa zone de confort. La convivialité est évidemment encouragée, mais il y a toujours cette idée de progression. C’est ce qui nous différencie peut-être des autres clubs. »
Et c’est ce qui plaît. L’an passé, le club comptait environ 110 licenciés. Ils sont presque 150 aujourd’hui. Dont 56 pour la pratique compétitive, contre 30 la saison d’avant. « Nous avons sept animateurs, indique Paco, et nous essayons de faire en sorte qu’ils aient un bon niveau de compétence et de connaissance afin d’accompagner les athlètes dans leur progression. Certains ont ainsi beaucoup progressé, comme Virginie, et portent cette pratique au sein du club. »
En France, sur les 250 000 licenciés de la Fédération, 15 000 pratiquent le longe-côte, dont un peu plus de 2000 en compétition. « La première année, se souvient Virginie, je ne m’attendais à rien, je n’avais aucun stress, et j’ai eu d’excellentes sensations. On a remporté le championnat d’Occitanie, mais on s’est ensuite bien fait secouer au championnat de France de Sangatte. Alors nous avons intensifié notre entraînement, travaillé plus précisément pour améliorer le geste, aller chercher ce qui peut nous rendre plus efficace. » Efforts payants. L’an passé, sur le lac de Carcans- Hourtin, Virginie et Céline sont devenues championnes de France du 400 mètres duo catégorie M1 (40-50 ans). Egalement médaillée sur le 200 m solo et le 1000 m quarte à mains nues, Virginie figure aujourd’hui dans ce collectif France qui participera les 10 et 11 octobre prochains, à la troisième édition des International Aqua Walking Games, un Challenge organisé à Mandelieu La Napoule avec des équipes venues d’Algérie, de Tunisie, d’Italie, de San Marin, de Catalogne et d’Allemagne. « J’étais blessée l’an passé, et je n’ai malheureusement pas pu y participer, soupire-t-elle. Je me suis beaucoup entraînée depuis janvier. J’aimerais vraiment performer cette année, me qualifier pour le challenge et monter sur le podium. »
Les entraînements à Carnon reprendront au début du mois de septembre mais Virginie va continuer à entretenir sa forme au long de l’été. « On a la chance, note Paco, que nos plages se prêtent bien à l’activité. En région PACA, il n’y a que de petites anses, quelques criques par-ci, par-là, et sur la côte atlantique, le risque de baïnes est un frein à la pratique.»
Une pratique d’à-peine vingt ans d’âge. Plus féminine que masculine, même si les hommes se laissent de plus en plus séduire par l’intensité de l’effort. « Maintenant, conclut Paco, il faut poursuivre nos efforts de rajeunissement. Nous sommes en place chez les Master 1 et 2 (50 à 60 ans), mais nous ne sommes pas très bons chez les 18-39 ans. » « J’ai pourtant envie de dire aux jeunes : venez, vous allez être surpris, c’est bien plus intense que vous ne l’imaginez », sourit Virginie.