Texte par Marie Gineste // Photographies par Guilhem Canal
Grenoble. C’est ici que Sébastien passe son enfance sous l’aile protectrice de sa grand-mère et de sa mère. Dès son plus jeune âge, il se lance dans la natation. Il enchaîne les longueurs, participe aux championnats de France. Un défi de taille pour un garçon né avec un bras atrophié. Mais Sébastien n’a jamais aimé qu’on lui dise ce qu’il ne pouvait pas faire. « Depuis que je suis jeune, j’ai toujours envie de faire le contraire de ce qu’on me dit », confie-t-il avec un sourire.
À 17 ans, il prend son envol, quitte le domicile familial et trouve un emploi en alternance chez Intermarché. Le quotidien est loin d’être épanouissant, mais une opportunité se présente : son père, installé à Sète, lui propose de le rejoindre. Sébastien déménage et découvre le sud de la France. Il enchaîne les petits boulots et fait une rencontre décisive : son petit frère l’initie au motocross. C’est le déclic. La vitesse, l’adrénaline, le défi physique et technique, tout le séduit. Bien que son frère abandonne rapidement après quelques blessures, Sébastien s’accroche. À 20 ans, il obtient sa première licence. Il est tard pour commencer dans ce sport, mais qu’importe. Il s’entraîne avec acharnement sur le terrain de Frontignan La Cible, où il vit et travaille comme gardien. De fil en aiguille, il devient moniteur et commence à participer à des épreuves. « Mon rêve, c’était de faire de la compétition », se souvient-il.
“ JE VOULAIS MONTRER QUE LE HANDICAP N’EST PAS UNE BARRIÈRE ”
Son talent ne passe pas inaperçu. En 2018, Motopark Suttel le sponsorise en lui prêtant une moto neuve. Une aide précieuse lui permet de se concentrer sur ses performances. Sébastien se lance dans les compétitions régionales. En Occitanie, il s’impose rapidement comme un pilote à suivre. En 2019, il termine 14e au classement général, un exploit pour quelqu’un qui a commencé si tard. « Ce classement, c’était une fierté immense, la preuve que tout est possible. » Juste avant le confinement dû au Covid-19, Sébastien se casse le bras lors d’un entraînement. « J’ai eu une acromio-claviculaire, ma clavicule s’est arrachée de l’épaule… J’ai dû être opéré et surtout immobilisé pendant des mois. » Une période qui test sa résilience.
Mais Sébastien ne se contente pas de briller sur les circuits. Il veut que d’autres, comme lui, puissent réaliser leurs rêves. Il initie la création d’une catégorie handisport en motocross en Occitanie, ouvrant la voie à de nombreux pilotes handicapés. « Je voulais montrer que le handicap n’est pas une barrière », explique-t-il. Cette initiative lui vaut l’admiration de ses pairs et prouve une fois de plus que rien n’est impossible pour lui. Aujourd’hui,
Sébastien est moniteur au Moto Club de Saint- Thibéry où il transmet sa philosophie : acquérir les bonnes bases pour progresser en toute sécurité. Il propose aussi des initiations grâce à un circuit gonflable, rendant le motocross accessible à tous. « Voir les enfants prendre confiance en eux, c’est ma plus grande récompense », dit-il avec un sourire. Malgré une carrière exigeante, Sébastien est un père dévoué. Il a deux filles, âgées de huit et quatre ans, et un troisième enfant en route. Sa compagne, qui partage son quotidien trépidant, est un soutien indéfectible. « La famille, c’est mon équilibre. Sans elle, je ne serais pas où j’en suis aujourd’hui. » Pour l’avenir, Sébastien rêve de participer à la mythique course de l’Enduropale au Touquet en 2025 et de remporter le championnat d’Occitanie. « Je veux montrer que même avec un bras en moins, on peut atteindre les sommets. » Sébastien Martinez n’est pas seulement un pilote de motocross, il est une source d’inspiration. Son parcours est un message d’espoir et de persévérance. Il prouve que, peu importent les défis, avec de la détermination et du courage, tout est possible. Sébastien est la preuve vivante que les limites sont faites pour être dépassées.