“ Le doyen ”

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À bientôt 38 ans, le Biterrois Richard Gasquet est un monument du tennis. Ancien numéro 7 mondial, il a remporté plus de 600 matchs, joué trois demi-finales de Grand Chelem, remporté 16 tournois… Avec sa technique chirurgicale et son revers-laser, le « surdoué » avait tout pour atteindre les sommets. Malheureusement, il était de la même génération que les « ogres » Nadal, Djokovic et Federer, qui ont foudroyé le circuit depuis 20 ans. Croisé fin janvier lors de l’Open Sud de France, le Français porte un regard sans concession sur son parcours, entre fierté et amertume. Alors qu’il veut repousser le crépuscule le plus tard possible, il délivre un message d’une grande sagesse à ses successeurs.

Texte par Gwenaël Cadoret//Photographies par Guilhem Canal

Richard, tu as été surnommé très tôt le petit Mozart du tennis. Tu le vivais comment ?

C’est un surnom pas facile à porter… Jeune, c’est vrai que j’étais fort. Cela vient certainement de là. C’était un peu too much, mais c’est comme ça…

Tout le monde s’accorde à dire que ton jeu est l’un des plus beaux du circuit… Notamment ton revers à une main, admiré par les plus grands.

Je n’avais pas la même puissance que certains. Je devais donc essayer de varier le rythme, ralentir, accélérer… J’ai d’autres qualités que les joueurs d’aujourd’hui, qui frappent très fort dans la balle ! C’est vrai, l’une de mes particularités, c’est que le revers est mon meilleur coup. J’étais bien plus dangereux qu’en coup droit ! 

Sur les 16 titres de ta carrière, tu en comptes trois en six finales à l’Open Sud de France. Comment expliques-tu tes performances ici ? 

C’était dans mes bonnes années. J’étais souvent tête de série, j’ai souvent bien joué. Lorsque j’ai gagné en 2013, 2015, 2016, je figurais quasiment dans les 10 premiers mondiaux. Je gagnais pas mal de tournois. C’est sûr, Montpellier m’a bien réussi : six finales de suite, c’est de bonnes stats ! Maintenant, c’est plus difficile, mais j’essaye de me faire plaisir. Donner le maximum.

“ C’était monstrueux, une ère vraiment très brutale ”

Tu es né à Béziers. C’est ton tournoi ?

C’est clair, je me sens quand même un peu à la maison. Jouer à Montpellier, c’est toujours beaucoup de plaisir. C’est une salle que j’aimais bien. C’était un mix de tout cela : il y avait les conditions, le plaisir d’être ici. 

Tu as été 7e mondial, tu as remporté plus de 600 matchs. C’est quoi le secret ?

C’est avant tout une question de passion, d’envie de bien faire les choses. Tenir, semaine après semaine, ne pas se blesser… Toute la saison, il faut avoir envie de jouer, de gagner. Faire attention aux creux mentaux ou physiques. Remporter le plus de matchs possible pour rester au classement. Le Top 10, jouer le Masters, c’est difficile ! Il y en avait 4 qui étaient bien devant… Cela ne laissait pas énormément de place pour les autres. C’est vraiment l’élite, le très très haut niveau.

Tu fais partie des très rares Français à avoir battu Novak Djokovic et Roger Federer. Comment gagner contre des légendes ?

C’est compliqué (il sourit). Il faut déjà qu’ils soient dans un jour un peu moins bien, et que toi tu sois au top ! Ce sont des joueurs énormes, les meilleurs de l’histoire. Forcément, face à eux, tu perdras très souvent…

Tu n’as jamais battu « Rafa » Nadal. C’est frustrant ? 

Quand tu perds 18 fois contre le même joueur, je ne vais pas te dire que c’est agréable ! C’est dur, une stat pareille… Si tu es amateur, c’est déjà horrible. Alors imagine comme professionnel ! C’est pas la meilleure chose que tu puisses vivre dans une carrière. On va dire qu’il ne m’a pas réussi.

Pour un pro, cela représente quoi, les tournois du Grand Chelem ?

C’est là où le tennis se passe. Ce sont les tournois les plus suivis au monde. C’est beaucoup plus dur, car on joue au meilleur des 5 sets. J’ai réussi à atteindre 3 fois les demies, mais j’ai buté contre les trois meilleurs. Cela reste des souvenirs magnifiques.

Tu as fait deux demi-finales à Wimbledon et une à l’Us Open. Il t’a manqué quoi pour devenir numéro 1 mondial ?

Le tennis, c’est pas compliqué : il y a un classement, des défaites ou des victoires. Quand tu es 7e, c’est que tu es moins fort que les 6 premiers. Il aurait donc fallu être meilleur. Ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas une génération où tu avais beaucoup de chances de figurer. Trois mecs se partagent plus de 60 grands chelems… C’était monstrueux, une ère vraiment très brutale. Ils jouaient très bien au tennis, avaient une énorme densité physique. Ce n’est pas une excuse, mais c’est une explication. Aujourd’hui, il y a plus de possibilités de faire des résultats.

En janvier, tu es sorti du Top 100 pour la première fois depuis plus de 18 ans… Tu le vis comment ?

Cela fait forcément un peu bizarre, mais cela devait bien arriver un jour. J’ai repoussé cette échéance le plus longtemps possible : j’ai 38 ans quand même ! Le Top 100, c’est plus facile pour les tournois. On évite les qualifications. Je veux essayer d’y retourner. Est-ce que je vais y arriver ? On verra bien.

Tu envisages de continuer avec ce classement non protégé ?

De toute manière, il n’y aura pas le choix. C’est le tennis. Mais je ne me vois pas rester trop longtemps à ce classement. Déjà, je vais certainement finir l’année. On verra bien la suite. Cela dépendra de l’envie, mais aussi du niveau.

Cette année, Roland-Garros accueille un le tournoi de tennis des JO. Tu as déjà gagné une médaille de bronze en double à Londres…

Ce sera difficile d’y participer. Il n’y a que quatre places, et certains ont beaucoup d’avance au classement. En tout cas, c’est un événement incroyable. Je me souviens encore de la médaille à Wimbledon. C’était fabuleux. Jouer les JO devant le public, à Roland, c’est un rêve pour tout le monde.

“  Je ne pense pas qu’Arthur Cazaux ait de limites  ”

Tu comptes participer à Roland-Garros cette année ?

Je compte y être. On est forcément motivé quand on joue à la maison. Roland-Garros, c’est le plus grand tournoi du monde pour un joueur français. Tout ce public, cela décuple l’envie.

Justement, il paraît que le public français est trop dur. Qu’en penses-tu ?

Écoute, le public français encourage beaucoup ses joueurs, quand même ! Toutes ces années, j’ai reçu beaucoup de soutien, que ce soit en Coupe Davis, à Roland-Garros. C’était fabuleux. Dans la rue ou ailleurs, ils sont très sympas. Après, parfois, ils sont un peu déçus. De temps en temps, une défaite fait un peu mal à tout le monde, nous les premiers. Ça ne me dérange pas. C’est le jeu qui veut ça. Il y a des attentes. C’est un peu la rançon d’un sport très suivi et commenté.

Que penses-tu des nouvelles pépites françaises : Arthur Fils, Lucas Van Assche, Arthur Cazaux, Alexandre Müller… Sont-ils du niveau de votre génération, avec Jo-Wilfried Tsonga, Gaël Monfils et Gilles Simon ?

Ils sont prometteurs. Le tennis est déjà en place, leur attitude sur le court est bonne. Ils sont physiques, ils servent et jouent très bien. Ils ont déjà fait de beaux résultats. Après, cela va se jouer au dévouement pour le tennis, à leur envie de progresser pour devenir les meilleurs possibles. Il faut tout donner, se battre jour après jour. L’avenir leur appartient. À eux de faire le maximum.

Tu fais partie des références qu’ils mentionnent souvent… Tu as conscience de les avoir inspirés ?

Nous aussi, on a été inspirés par les joueurs français d’avant. Quand tu es jeune, c’est bien d’avoir des modèles. D’apprendre d’eux. De notre côté, on essaye de les aider. Cela me semble important, la transmission.

La fin de carrière approche. Quel regard tu portes sur ton parcours ?

Je suis heureux d’avoir pu être joueur professionnel. Je regardais les matchs à la télé depuis tout jeune. J’ai ensuite participé aux grands tournois, gagné de grands matchs sur les courts centraux. J’ai pu voyager, voir les plus grands joueurs du monde. J’ai vécu de cela, je me suis fait plaisir sur le circuit pendant de nombreuses saisons. J’aurais signé pour ça !

C’est une sacrée vie, tennisman…

Oui, c’est sûr, c’est assez atypique. Il y a tellement de voyages… Tu es rarement chez toi. C’est spécial, il faut le vivre… Mais c’est quand même une belle vie.

Tu comptes faire quoi après ?

Je ne me pose pas la question. Je n’y suis pas encore. J’espère que ce sera le plus tard possible ! J’essaye de bien finir, de gagner des matchs, de remonter un peu. Après, j’aurai le temps de réfléchir pour la suite. Aujourd’hui, je n’ai pas d’idée précise. Ce sera certainement dans le tennis, mais je ne peux pas te dire quoi. Déjà, je ne sais pas exactement quand je vais m’arrêter. Le seul truc que je sais, c’est que j’ai encore des matchs qui m’attendent !

Depuis l’Open d’Australie, le Montpelliérain Arthur Cazaux est en train de crever l’écran. C’est la relève héraultaise ? Tu le connais bien ?

Cela fait longtemps que je le suis, que je m’entraîne avec lui. Il a été pas mal blessé, c’est ce qui a freiné sa progression. Je savais qu’il allait très bien jouer. Il n’y avait pas de doute, il avait déjà beaucoup de tennis en lui. Où s’arrêtera-t-il ? Je ne peux pas te dire. Je ne pense pas qu’il ait de limites. Il a tout pour faire une grande carrière. À nous de l’aider, à lui d’être le plus fort possible.

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