Photographies @SIGAUD_GREG
Sept sports, dont quatre disciplines olympiques (BMX Freestyle Park, Skateboard, Breaking, Basket 3×3), plus de 80 compétitions de haut rang, quatre étapes de Coupe du monde… Le spectacle était à la hauteur des enjeux, entre figures libres, ferveur populaire et manifeste urbain.
Le FISE 2025 : Un tournant pour les sports urbains
Montpellier n’a pas attendu les Jeux pour faire vibrer ses foules. Ici, le sport a toujours eu une autre gueule. Celle d’un rider en plein vol, d’un trick raté sous les applaudissements, ou d’une gamine de 10 ans qui défie la gravité sur sa trottinette. Le FISE 2025 n’a pas dérogé à la règle. Sept disciplines, quatre étapes de Coupe du monde, et un festival qui n’a jamais autant mérité son nom. Sur les rives du Lez, les parks ont pris le pouvoir.
Le BMX Freestyle Park ouvrait la danse avec la première manche de la Coupe du monde UCI. Dans une ambiance de stade improvisé, le local Anthony Jeanjean a décroché une 2e place sous les acclamations. À ses côtés, les stars mondiales Logan Martin et Jose Torres Gil. Mais c’est Marcus Christopher, Américain précis comme un métronome, qui s’impose. Son run ? Millimétré. Des rotations propres, une amplitude insolente, et un atterrissage impeccable sur chaque réception. Pas de show inutile, juste une démonstration. En bord de park, les autres riders regardaient en silence. Il y a des victoires qui s’imposent d’elles-mêmes. Chez les femmes, la Chinoise Sibei Sun s’est envolée. Run maîtrisé, amplitude parfaite, et une victoire méritée. Ce souffle porté par les figures, il a déferlé ailleurs, sur d’autres modules, d’autres langages. Du vélo au bitume, la logique reste la même : explorer les limites, mais avec style. En Skateboard Street, le nouveau format en battle a tenu ses promesses. Finale 100 % française : Garbaccio contre Berguin. C’est l’olympien qui l’emporte, en technique pure. Public conquis. Puis vient le Flatland, discipline plus feutrée, presque méditative. L’équilibre y est roi, la fluidité reine. Le Japonais Yu Shoji a mis tout le monde d’accord. Julien Baran, 19 ans, monte sur son premier podium mondial. À ses côtés, Yu Katagiri, autre prodige japonais. En tribune, Matthias Dandois, dix titres mondiaux au compteur, observe et salue la relève. La boucle se forme. Et pendant que certains frôlent l’apesanteur, d’autres redéfinissent les bases. Notamment les femmes. Longtemps cantonnées aux marges, elles marquent désormais l’allure. Zgorski, Fumery, Pasquinelli… Elles ne sont pas là pour compléter une start list. Elles écrivent la suite. Joséphine Zgorski conserve son titre en Trottinette Street. Romane Gilliet prend la 2e place. En Roller Freestyle Park, Lilou Fumery et Carla Pasquinelli assurent le podium derrière la Brésilienne Ana Julia Silva. Armelle Tisler, 6e, incarne déjà la génération suivante. En Breaking, Bgirl Carlota prend le bronze, derrière Bgirl Royal (Chine) et Bgirl Samantha (Ukraine). L’odeur des Jeux n’est pas loin.
Mais le FISE ne se résume pas à ses têtes d’affiche. Il s’infuse dans les interstices. Il fait de la place. Pour les mômes, pour les familles, pour les curieux. Le Family Park, c’est l’antichambre de tous les possibles. Draisiennes pour les tout-petits, initiations encadrées, casques sur la tête et étoiles dans les yeux. Pas de chrono, pas de podium. Juste l’idée que la glisse, ça peut commencer à 3 ans — et sans pression. Puis, il y a les soirs où tout s’élève. Littéralement. Sur la Spine Ramp, trois nuits de frisson. Skate, trottinette, BMX. Niveau international, ambiance électrique. Samedi soir, Mark Webb, légende du BMX, tire sa révérence. Standing ovation. Ryan Williams à ses côtés. Ride, accolades, crépuscule d’une carrière. Il y a quelque chose d’initiatique dans cette rampe. Ceux qui y brillent en redescendent changés. Cette année encore, la Spine n’a pas offert du spectacle : elle a produit du mythe. Et le public ? Il ne s’est pas contenté d’applaudir. Il a été embarqué. Airbag géant pour s’essayer aux tricks, immersion en VR, projection live sur quinze chaînes, TikTok en fusion, caméras embarquées dans la foule. Même les écrans géants ont eu leur moment de gloire. Ici, on ne regarde pas : on plonge.
Et pendant que certains s’amusent, d’autres déroulent leur trajectoire. En Trottinette Freestyle Park, le Tchèque Matej Petarek s’impose. Esteban Clot, blessé, n’a pas concouru. Timon Pharabod, lui, termine 6e. En Parkour, Lautaro Chialvo Bantle (Italie) domine, Eloan Hitz (France) monte sur le podium. Côté femmes, Ella Bucio (Mexique) prend sa revanche. En Speed, Miranda Tibbling (Suède) et Jaroslav Chum (République tchèque) l’emportent. Et puis il y a ce que l’on voit moins. L’art, d’abord. Pas comme décoration, mais comme pratique vivante. Sur la mini rampe, l’illustratrice Zinzin a transformé les anecdotes du public en fresque mouvante.
Dans le Family Park, des enfants customisent bobs et planches avec des Posca pendant qu’un collectif de street artistes anime des ateliers. Et pour la première fois, le skate est monté sur grand écran avec le DOSIF Festival. Quatre films, entre bitume et poésie. Ça aussi, c’est du sport. En coulisses, c’est tout un monde qui s’active : bénévoles, sécu, techniciens. Le FISE, ce sont aussi eux. Ceux que l’on ne voit pas, mais sans qui tout s’effondrerait. Et dans ce joyeux chaos, il y a une colonne vertébrale invisible. Celle d’un événement qui se professionnalise sans perdre son âme. Infrastructures réutilisables, tri sélectif, accessibilité renforcée, égalité des dotations, prévention des violences sexistes, certification ISO 20121. Faire du bruit, oui. Mais sans abîmer.
Et pendant qu’on célèbre le présent, certains pensent déjà l’après. En marge des runs, les professionnels se sont retrouvés au Urban Sports Summit. Deux jours de conférences sur la transmission, l’impact éducatif, l’IA, le Web3, la génération Z. Loin du vacarme, mais au cœur de ce qui fait rouler la culture urbaine. Montpellier n’a pas célébré que des médailles. Elle a célébré des styles, des trajectoires, des engagements. Une ville à ciel ouvert, devenue le théâtre d’un sport sans podium doré mais avec une foi contagieuse. Le FISE 2025 a tenu ses promesses : faire du sport un espace libre. Et donner envie, à ceux qui regardent, de tenter leur propre run.
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