Texte par Philippe Pailhories // Photographies par Guilhem Canal
Les plus belles rencontres sont toujours inattendues, elles peuvent avoir pour cadre les plages d’Alger la Blanche ou le charme d’un restaurant sur les rives du Lez, une église, un guichet d’aéroport. Sydney Biton va avoir 89 ans et il se souvient de chacun de ces moments de partage intense, ces amitiés indéfectibles. « Sans chercher à me flatter, dit-il, j’ai toujours été correct avec tout le monde, je n’ai jamais failli à la confiance que l’on m’a accordée. Je n’ai aucune leçon à donner, sinon que si l’on gère sa vie avec le cœur, alors on se trompe rarement. » Sydney Biton est né à Alger, où il a vécu jusqu’à ses 26 ans. Là-bas, il jouait un peu au football « mais je n’étais pas très adroit », un peu au volley de plage aussi avec les copains au temps de l’insouciance. « Un jour, un homme, Monsieur Valles, sous- directeur de la BNCI Afrique, m’a abordé pour me proposer de le suivre dans son équipe, raconte-t-il. Voilà comment je me suis retrouvé au club athlétique et sportif de la Banque nationale pour le commerce et l’industrie d’Alger. »
L’héritage sportif de Sydney Biton
Sydney Biton est plutôt bon défenseur, habile à la passe, mais pas très présent au filet avec son mètre soixante-douze. Il dispute une ou deux rencontres à l’époque de la guerre, quand quelques joueurs manquent à l’appel, mais il ne figure pas dans l’équipe d’Henry Pasqualini, sacrée championne de
France en 1959. Le virus est en tout cas inoculé. Il devient un peu entraîneur de jeunes. Un peu kiné. Son père, lui, est arbitre de la Ligue 1, et personnage plutôt influant du monde du football algérien. C’est lui qui a fait venir en France Mustapha Zitouni à Cannes, Hocine Bouchache au Havre, Abderrhamane Boubekeur à Monaco ou encore Mohamed Maouche au Stade de Reims. L’idée de l’arbitrage est peut- être, alors, héréditaire puisque Sydney Biton sifflera au niveau international durant 22 saisons…
En 1963, il choisit de s’installer à Montpellier parce que le volley est alors un fleuron. « J’avais joué contre une équipe de Bône dans laquelle évoluait Jacques Shaw qui a créé le Pôle France au CREPS de Montpellier, éclaire-t-il. Jean Jourdan était président de la Fédération et Jean Blain celui du MUC. » Il valide ses diplômes d’entraîneur et d’arbitre, démarre une carrière prolifique. Au gymnase Joffre de Montpellier, il prépare l’équipe de France pour la 7e édition des Maccabiades de Tel- Aviv, en 1965. Ces Jeux révèlent d’ailleurs un certain Mark Spitz alors âgé de 15 ans. Il forme ensuite des joueurs comme Jean-Louis Gervais, Claude Evrard ou Gérard Estève. En parallèle, il siffle partout, en Italie surtout, où il rencontre des personnalités telles que Luciano Benetton ou Giuseppe Panini. Encore des rencontres…
“ CE QUI MANQUE PEUT-ÊTRE AUJOURD’HUI, C’EST L’ENVIE,
L’AMOUR DE FAIRE ”
C’est une autre rencontre, un peu plus saugrenue celle-là, qui lui permet d’entrer à la Caisse régionale de Crédit Agricole Mutuel du Midi. Le Père Bonnet, un Dominicain, lui a offert l’hospitalité. En guise de remerciement, il lustre les bancs de l’église des Augustins. « Un jour, sourit-il, une dame m’interpelle et me demande si je suis le curé. Je lui réponds que non, et l’on se met à discuter. À la fin, elle prend contact avec le directeur du Crédit Agricole qui me propose un entretien le lundi suivant et m’embauche dès le début du mois suivant. » Quelques années plus tard, Sydney Biton ouvrira trois agences, deux dans le quartier des Facultés et une troisième à Saint-Gély-du-Fesc, l’année de la mort de Georges Brassens.
À son départ à la retraite, le directeur, Jacques Massebeuf, suggère à Louis Nicollin de l’enrôler au MHSC. « Mon fils avait joué avec Candela ou Rouvière, mais je ne connaissais pas grand-chose au club, confie-t-il. Pourquoi Monsieur Massebeuf m’a-t-il conseillé ? Je ne sais pas, sans doute a-t-il décelé au long de notre collaboration des qualités adaptées. Toujours est-il que j’ai rencontré Monsieur Nicollin dans un restaurant à Castelnau- le-Lez, et qu’il m’a proposé un rôle de dirigeant. » Trésorier depuis vingt ans, il a surtout vécu des émotions particulières lorsque Louis Nicollin lui a confié la tâche de diriger l’équipe féminine. Aimé Jacquet avait émis le souhait de développer les sections féminines et Loulou a été le premier à réagir. Bilan ? Deux Championnats de France (2004, 2005), trois Coupes de France (2006, 2007 et 2009), une demi-finale de Ligue des Champions, mais surtout, encore et toujours, des rencontres avec Régis Durand, Patrice Lair, Sarah M’Barek, Sonia Bompastor « et bien d’autres que je ne peux pas
toutes citer, de peur d’en oublier ». On en citera quand même quelques-unes : Camille Abily, Hoda Lattaf et bien sûr Nora Hamou Maamar qu’il avait découverte sur le stade annexe de la Mosson lors d’une animation. Elle n’avait alors que quinze ans. Cinq ans après, elle était internationale algérienne… Louis Nicollin occupe évidemment une place à part dans le cœur de Sydney Biton. « Il avait une grande compréhension des personnes et de la vie, un grand cœur aussi, soupire-t-il, comme tous les membres de sa famille d’ailleurs. » Louis Nicollin éprouvait lui aussi une grande affection. « Certains disent qu’il n’y a pas de secret, que vous récoltez ce que vous semez, justifie-t-il. J’ai toujours fait les choses de manière stricte mais juste, pour ne pas subir de reproche. J’ai horreur des reproches. Ce qui manque peut-être aujourd’hui, c’est l’envie, l’amour de faire. L’envie d’accomplir des choses de manière désintéressée. On n’est pas sur terre pour tromper les autres. »
Sydney Biton est sans doute un peu moins actif aujourd’hui. Il est toujours trésorier. Se propose toujours pour rendre de menus services aux joueuses ou aux joueurs. Il intervient aussi sur les ondes de Radio Aviva, une radio associative. « Je ne peux pas rester sans rien faire, sourit-il. Alors je continuerai à bouger. À rendre service jusqu’au dernier moment. » Une dernière anecdote, peut-être, pour conclure ? Une rencontre ? « Celle avec Jean-Charles de Castelbajac. Je m’apprêtais à rentrer de Bologne jusqu’à Lyon, mais il y avait une grève et personne au guichet. Monsieur de Castelbajac emmenait son fils assister à la projection du film E.T. Il m’a dit : » si mon chauffeur accepte, je vous emmène « . Je l’ai revu il y a quelques semaines à la Pompignane. Il se souvenait du moment… »
Le sport, il ne l’a pas joué. Il l’a transmis. En silence, en douceur, avec conviction. Retrouvez le témoignage de Sydney Biton dans le livre hommage du MHSC 50 ans, 50 Regards du photographe Guilhem Canal.