L’As de cœur

a man with a beard and a belt around his neck
À Montpellier, la boxe a trouvé un pilier. Mattar Garcia, champion de France poids lourds depuis mai dernier, est bien plus qu’un homme sur le ring. « Il a la fibre du partage. Je dis toujours la même chose, mais c’est vrai : il fait figure de grand frère », confie Jérémy Orzechowski, alias Polak, président du Boxing Club Montpelliérain. Figure ouverte et fédératrice, Mattar ne se contente pas de défendre une ceinture : il incarne une manière d’être au monde. Tête haute, gants serrés, cœur grand ouvert. À 36 ans, il savoure ce titre comme une revanche sur le temps et les sacrifices invisibles.

Propos recueillis par Marie Gineste // Photographies Guilhem Canal

Le parcours inspirant de Mattar Garcia dans le monde de la boxe

Mattar Garcia, d’où viens-tu ? Comment as-tu commencé à boxer ?

Je suis né à Paris. Mais j’ai passé une grande partie de ma jeunesse en Martinique. Là-bas, j’avais un oncle, des cousins aussi, qui faisaient de la boxe. J’ai grandi là-dedans, avec cette culture, je dirais. Mais moi, j’ai mis les gants tard. J’avais plus de 20 ans. Avant ça, j’étais juste passionné. On regardait tous les combats de Tyson en famille. Le soir où il a perdu contre Holyfield, j’ai pleuré.

Faisais-tu du sport ?

Oui. J’ai pratiqué de nombreux sports. Du basket, de la voile… J’ai toujours eu besoin de bouger. J’aime le sport, tout simplement. Et puis je suis venu à Montpellier pour faire des études d’économie. C’est là que j’ai commencé à boxer. J’ai rencontré un coach réellement passionné. Il m’a transmis cette culture de la discipline. J’ai commencé à m’entraîner sérieusement pendant mes années de fac. Et au bout d’un moment, je me suis dit : est-ce que je vais vraiment faire comme mon père, travailler dans les assurances ? Ou est-ce que je tente à fond la boxe ? On me disait que j’avais du potentiel. Alors j’ai arrêté la fac. J’ai commencé à bosser à côté. Et je me suis lancé.

En mai, tu deviens champion de France à 36 ans. Qu’est-ce qui t’a tenu debout tout ce temps ?

Je voulais ce titre. J’ai fait mon premier combat à 25 ans. Mon objectif, c’était l’équipe de France, puis le championnat. J’ai intégré l’équipe au bout de trois ou quatre ans. J’ai fait les allers-retours entre Montpellier et Paris. J’ai grandi avec ça. Et il faut savoir que j’ai perdu deux fois en finale amateur. Mais je n’ai jamais lâché. Dix ans après, j’ai atteint mon objectif.

J’aimerais qu’on revienne sur ce combat justement. Quand tu rentres sur le ring face à Mekkhi Sahli, dans quel état d’esprit te trouves-tu ?

C’est un mélange de peur, d’excitation, de concentration. Il y a du bruit autour, mais on l’entend à peine. Et moi, je me répétais « c’est mon jour ». J’ai trop sacrifié pour passer à côté. C’était mon soir. Il fallait que ce soit maintenant.

As-tu compris que tu allais le mettre KO ?

Oui. Au cours du 8e round, je l’avais déjà touché plusieurs fois. Mais j’ai su rester patient. En novembre, j’avais commis une erreur dans un autre combat, j’avais été trop pressé. Là, j’ai géré. Je l’ai touché, j’ai pris mon temps, je l’ai touché encore. Et ce petit décalage dans le coin, je l’ai fait à l’instinct. Je sentais que c’était le bon moment. Il y a des trucs qu’on ne peut pas expliquer.

« Même durant tout le combat, je me répétais que c’était mon jour. J’ai sacrifié tant d’années pour cela. Il fallait que ce soit mon soir. »

Le bruit de la salle, est-ce que tu le réentends parfois ?

Oui. C’est ce qui m’a marqué le plus. Cette ferveur. Je n’ai pas souvent boxé à Montpellier. Ce moment-là, il est gravé à jamais dans ma mémoire.

Devenir champion de France, est-ce cocher une case ou ouvrir une nouvelle voie ?

C’est une consécration. L’aboutissement de tout ce que j’ai donné. Et je pense aussi à ma femme, Claire. Elle m’a connu au tout début. On est ensemble depuis onze ans. Elle a tout vu. Les moments où je n’étais personne, les galères. Aujourd’hui, elle fait partie de l’équipe. Elle est kiné, c’est elle qui m’échauffe. Il n’y a pas beaucoup de femmes dans les vestiaires. Mais nous c’est notre truc, notre rituel. C’est une force.

Les choses ont-elles changé pour toi, depuis ?

Ça ouvre des portes. Et ça pose de nouvelles questions. Est-ce que je peux viser plus haut ? Est-ce que je peux entrer dans le classement européen ? Cela fait 40 ans qu’un Français n’a pas été champion d’Europe des poids lourds. Ce serait magnifique.

Tu vas remettre en jeu ton titre en août face à Galina-Fortes…

C’est un pari. Le combat est rapproché, mais j’aime ça. En amateur, tu boxes beaucoup plus souvent qu’en pro. Ce rythme me plaît. Et je suis content de pouvoir défendre la ceinture rapidement.

Comment prépares-tu ce combat ?

J’ai fait quelques ajustements, mais la base est la même. Je travaille avec mon cercle proche. C’est précieux. J’ai toujours gardé la même ligne de conduite et je ne veux pas en changer : boxer pour la gloire, pas pour l’argent. Parce que l’argent pousse à faire de mauvais choix. La gloire, les titres, eux, restent.

Et si tu gagnes encore… jusqu’où te vois-tu aller ?

Je ne me fixe plus de limite. À la base, j’avais dit : champion de France et j’arrête. Mais je suis encore en forme. J’ai envie. Alors je m’écoute. Le jour où mon corps ou ma tête me dira stop, j’arrêterai. Pas avant. Ce qui use le plus, ce n’est pas le combat. C’est la préparation. Les sparrings. Tu tournes avec plusieurs mecs qui sont frais, toi tu restes au milieu. Tu prends beaucoup de coups. C’est là que tu t’abîmes.

As-tu un métier à côté de la boxe, ou est-ce 100 % ring ?

J’ai toujours travaillé à côté. Aujourd’hui, je suis dans la sécurité. Ça me permet de caler mes entraînements, de m’occuper de mon fils. Et j’entraîne aussi un peu. Cela m’aide beaucoup, ça me pousse à me remettre en question. Le coaching m’a énormement appris en tant que boxeur.

« J’ai fait le choix des titres, même si je dois gagner moins d’argent, la gloire, ça reste. »

Est-ce que tu dirais que c’est la boxe qui t’a construit comme homme ?

En partie. Elle m’a appris la patience, la discipline, l’effort. Mais ma vie aussi a influencé ma manière de boxer. C’est un échange. La personne que tu es détermine également ta carrière. J’ai connu des moments de doutes, mais j’ai toujours gardé mon cap. Et puis aujourd’hui, je veux aussi montrer une autre image du boxeur. Je suis présent sur les réseaux également pour cette raison. Montrer qu’on peut être père de famille et engagé. Casser le cliché du boxeur voyou. Par ailleurs, je suis parrain d’une association, Les Amis de Jean-Ba, pour l’intégration des personnes en situation de handicap. J’ai été éducateur pendant trois ans en foyer. Avec des jeunes en difficulté, des publics porteurs d’un handicap. J’ai vu ce que la boxe pouvait apporter. Même ceux qui ne percent pas retrouvent un cadre, une rigueur. Et certains viennent encore me voir en combat. Et ça, pour moi, c’est une immense fierté.

Envie de voir Mattar à l’œuvre ? Un bout du combat pour le titre est à (re)voir ici : [Lien vidéo] – attention, ça cogne.

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