« Vents contraires »

Nicolas Rouger, navigateur et aventurier, relève des défis extrêmes entre course au large et alpinisme. Découvrez son incroyable parcours de résilience.
Découvrez l’incroyable parcours de Nicolas Rouger, navigateur et aventurier, qui transforme les épreuves de la vie en moteurs d’ambition. Entre mer déchaînée, ascensions vertigineuses et défis personnels, il ne cesse de se relever.

Texte Marie Gineste//Photographie Guilhem Canal

Vendée Globe 2028 : les ambitions de Nicolas Rouger

Navigateur, aventurier, alpiniste… Nicolas Rouger est un homme aux multiples facettes qui refuse de se laisser abattre. Ce Sétois de cœur, Marseillais d’adoption, a appris à transformer les tempêtes, qu’elles soient météorologiques ou personnelles, en moteurs d’ambition. Retour sur un parcours où rien ne semble impossible.

L’histoire de Nicolas Rouger commence par un souffle. Pas celui, violent, du mistral qui viendra des décennies plus tard balayer son bateau à terre, mais un souffle intérieur, un vent d’aventure qui s’est levé un été, quelque part entre les étangs de Thau et les rêveries d’un gamin. Il avait six ans et demi quand ses parents se sont séparés, fracassant son univers comme une coque qui se fend sur un récif. « Ma mère avait une amie à Sète, et c’est là qu’on a passé nos vacances d’été, pendant vingt ans », raconte-t-il.

À Sète, il trouve une famille de cœur : Mathieu, le fils de l’amie de sa mère, qui devient son complice, son frère. Ensemble, ils apprennent à naviguer, cabotant sur l’étang de Thau avec des Optimists, puis des catamarans, riant sous le soleil et rêvant déjà d’horizons lointains.

C’est devant une épave en bois, un vieux bateau à moitié pourri mais terriblement poétique, que le pacte est scellé : « Un jour, on fera le tour du monde, tous les deux. » Ils mettent trois francs dans une tirelire, comme un trésor dérisoire d’enfants, et se promettent l’impossible. Et puis la vie suit son cours. « J’étais nul à l’école. Complètement en échec scolaire. » Avec un sourire presque fataliste, il évoque ces années de pension, où il était « viré de partout », sans grande perspective.

Puis un jour, par hasard, il accepte de remplacer une connaissance pour vendre des bateaux au Salon nautique de Paris. Ce choix change tout. Il rencontre un skipper qui lui propose de convoyer un bateau de Marseille à Djibouti. Ce premier voyage est une révélation.

Le 1er juin 2001, Nicolas embarque à Marseille. La Méditerranée devient son terrain de jeu, une école à ciel ouvert. La Sardaigne, la Grèce, la mer Rouge, puis le canal de Suez, cet étranglement légendaire où la modernité côtoie des mythes millénaires.

« On se fait attaquer par des pirates. On est sauvé par l’armée française avec des mecs élitrés à bord. Ils sont restés avec nous pendant 48 heures, jusqu’à ce qu’on arrive à Djibouti. Là, ils nous ont fait des faux papiers pour partir. Ils m’ont nommé enseigne de vaisseau. Je me rappellerai toujours, quand j’ai passé la douane pour prendre l’avion, ils se sont mis au garde-à-vous devant moi. Ils m’ont pris pour un lieutenant », se souvient-il avec amusement.

Naviguer, grimper, se relever : la philosophie de Nicolas Rouger

Il a 20 ans et déjà des histoires qu’on raconte autour d’un feu de camp. De retour en France, il s’installe à Marseille avec son frère cadet qui fait des études. Il travaille dans les chantiers navals pour des miettes, fait des salons, vend des bateaux. Et un jour, il accepte de convoyer un voilier en Corse. « Je me suis fait démonter par une tempête de mistral. Le bateau couché. Je me suis dit : ‘Je vais crever.’ Et quand j’ai touché terre, j’ai su que je voulais naviguer. »

Nicolas est happé par l’appel du large, mais il comprend vite que, pour transformer cette passion en métier, il doit se former. Il retourne à Sète et passe, en neuf mois, son diplôme de skipper. Pendant plusieurs années, il travaille entre la Corse et Marseille, transportant des équipages.

Ce n’est qu’après avoir bâti cette solide expérience qu’il se tourne vers la course, mû par une envie de défi et de dépassement. La Mini Transat devient son obsession. Ce marathon aquatique sur des bateaux de 6,50 m est un rite de passage pour tous ceux qui rêvent du Vendée Globe. Sans argent, Nicolas construit son projet à la force de son courage: il trouve un sponsor pour acheter la coque de son bateau qui arrive nu. Peu importe, il vend 1 000 T-shirts à 30 euros pour acheter des voiles, apprend à naviguer dans des conditions extrêmes et, en 2009, traverse l’Atlantique en solitaire.

Il fête ses 30 ans en mer, avec pour seule compagnie le silence infini de l’océan. « C’est là que j’ai compris ce qu’était la solitude. Pas de téléphone, pas d’échappatoire. Juste toi et ton bateau. Pendant dix jours, je suis resté sans pilote automatique, j’ai dû tenir la barre non-stop. Je me souviens de l’arrivée à Bahia, les lumières du port se reflétant sur l’eau. Pour la première fois, j’étais fier de moi. »

À 32 ans, il achète un bar à Marseille. Succès, argent, lumière. Et pourtant, un matin, alors qu’il gravit le mont Ventoux pour retrouver un peu de souffle, il se sent à bout de souffle. « T’as 32 ans, tu fais la fête depuis deux ans, et tu te rends compte que tu passes à côté de l’essentiel. » L’essentiel, c’est aussi sa fille. Sa naissance est une révélation : « Quand je l’ai vue, j’ai compris que tout changeait. » Sa séparation avec la mère de l’enfant entraîne une longue bataille judiciaire de cinq ans pour obtenir une garde partagée. « Je voulais juste être un père présent, pas le père d’un week-end. »

En 2019, Nicolas décide de préparer le Vendée Globe, le graal de la voile. Il acquiert l’IMOCA de Miranda Merron, sur lequel elle avait disputé le Vendée Globe en 2020. Il développe alors un concept de sponsoring atypique en s’associant avec le peintre Hervé Di Rosa. Ensemble, ils transforment la grand-voile de son bateau en une œuvre d’art géante, coordonnée par Philippe Saulle, directeur de l’École des Beaux-Arts de Sète.

Chaque entreprise peut acquérir une des 244 pièces de cette œuvre à 20 000 €, une stratégie qui conjugue fiscalité avantageuse et mécénat culturel. « L’art devient un sponsor », explique-t-il avec enthousiasme. Le projet, baptisé Demain c’est loin, rend hommage à la célèbre chanson du groupe marseillais IAM, qui devient parrain du bateau.

Plus qu’une aventure sportive, Nicolas souhaite créer un symbole de diversité et de résilience. En novembre 2022, il termine la Route du Rhum, course qualificative, à la 28e place. « Pour la première fois, j’avais l’impression d’être à ma place. »

« Ils ont brisé mon bateau, mais pas mes jambes. »

Mais l’été 2023, son rêve chavire. Une rafale de mistral à 98 km/h renverse son bateau, stationné à terre sur le terre-plein bétonné de Port Corbières, en bordure des quartiers nord de Marseille. Les dégâts sont évalués à plus de 600 000 euros, et Nicolas réclame 1 547 918 euros au port et aux sociétés Corbières Port Services et Yachting Levages. Le procès, prévu le 31 mars 2025, décidera si Nicolas pourra réparer son bateau et reprendre la course. En attendant, il a dû vendre tout ce qu’il possède. « Ils ont brisé mon bateau, mais pas mes jambes. »

Les sept sommets

Après cette chute brutale, Nicolas se tourne vers un nouveau défi : gravir les sept sommets, les plus hautes montagnes de chaque continent. En juillet 2023, il gravit l’Elbrouz en Russie, sommet de l’Europe, après avoir fait le Mont-Blanc. Il prévoit d’affronter l’Aconcagua et le Kilimandjaro, avant de terminer par l’Everest en 2026. Pour Nicolas, ces ascensions sont un symbole : « On m’a fait tomber, alors je m’èlève. »

Parallèlement, Nicolas s’investit auprès des jeunes. Il intervient régulièrement dans des écoles et au CHU Sainte-Marguerite, auprès d’enfants en psychiatrie infanto-juvénile. « Je leur raconte que tout a commencé parce que ma mère m’a puni. Elle m’a mis sur un bateau, et cette punition est devenue ma passion. » Dans ses rencontres, il insiste sur l’importance de ne jamais baisser les bras : « Je veux montrer qu’on peut tomber, se relever et accomplir de grandes choses, peu importe d’où on vient. »

Nicolas Rouger, c’est un homme qui refuse de lâcher. Chaque échec, chaque trahison, il les transforme en carburant. Son rêve du Vendée Globe, repoussé à 2028, reste intact. « Si j’arrive à le faire, avec tout ce que j’ai traversé, l’histoire n’en sera que plus belle. »

Et Nicolas est déjà debout, regard tourné vers l’horizon, prêt à se battre pour écrire la suite de son aventure. Prêt à reconstruire son bateau pour reprendre la mer et enfin boucler ce tour du monde qu’il a promis, il y a bien longtemps, à un garçon nommé Mathieu, devant un vieux bateau en bois.

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