Texte par Philippe Pailhoriès // Photographies par Guilhem Canal
« Les 21 et 22 juillet, Montpellier accueillera à nouveau le Tour de France. Quelle est la nature de la relation entre Montpellier et le Tour ?
C’est une relation très forte. Il y a eu une trentaine d’arrivées ou de départs à Montpellier. Lorsque l’on met Montpellier sur la carte du Tour de France, on ressent une certaine fierté, parce qu’elle est une ville de culture, une ville magnifique qui, vue d’en haut, avec les caméras de France Télévisions, a naturellement de l’allure.
Comment se situe Montpellier par rapport aux autres grandes métropoles françaises, comme Nice, Nantes, Strasbourg ou Bordeaux, en termes de nombre d’arrivées ?
Nice est à part puisqu’elle est la seule, après Paris, à avoir abrité deux départs et une arrivée, mais nous sommes très souvent à Montpellier ou à Nîmes.
Parce que ce coin présente quelques attraits à l’organisateur que vous êtes ?
Des attraits sportifs, et culturels. Montpellier se trouve entre les Alpes et les Pyrénées et c’est donc un passage souvent obligé. L’étape s’offre fréquemment aux sprinters, mais tout est possible avec le vent qui souffle parfois. J’ai en mémoire une échappée somptueuse en 2016 avec Chris Froome et Peter Sagan, alors maillots jaune et vert. Sagan l’avait emporté, Froome avait pris du temps à tous ses concurrents alors que l’on pensait qu’il ne s’agissait que d’une étape de transition.
Avez-vous le souvenir d’autres étapes marquantes à Montpellier et alentour ?
Pas une étape, mais un échange entre Mark Cavendish et André Darrigade qui se trouvaient à l’arrivée. C’était en 2011. Et c’est en fait le plus jeune des deux sprinters qui avait adoubé le plus ancien. J’avais discuté avec Cavendish, le recordman de victoires sur le Tour, au Sultanat d’Oman. Je lui avais demandé s’il connaissait l’histoire de Darrigade qui courait dans les années 1950-1960. Il m’avait répondu : Merckx 34, Hinault 28, Leducq 25, Darrigade 22. Il connaissait exactement le nombre de succès de chaque coureur et notamment celui des sprinters.
“ LE VENTOUX,
C’EST UNE ÉTAPE MYTHIQUE ”
D’autres grands champions et notamment des grands sprinters se sont imposés à Montpellier…
Oui, et parmi les plus récents McEwen, Greipel ou Sagan.
Neuf ans après, l’étape s’élancera donc à nouveau vers le Mont Ventoux. En 2016, du fait de fortes rafales de vent, vous aviez décidé de déplacer l’arrivée au Chalet Reynard. Qu’attendez-vous de cette 16e étape ?
On n’attend qu’une chose essentielle et simple : arriver au sommet. Ce serait la première fois depuis 12 ans. Pour 2016, je garde à l’esprit cette image d’une caravane encore attachée au véhicule mais complètement couchée. On était dans l’incapacité totale à remettre en place toutes les barrières. Le Ventoux, c’est une étape mythique où tout peut arriver
Vous souvenez-vous de Chris Froome qui brise son vélo en percutant une moto de télévision dans la montée et qui part en courant au beau milieu de la foule en attendant d’être dépanné ?
Je me souviens surtout de ma grande surprise à l’arrivée. J’étais même dans un état de sidération totale. Thomas De Gendt remporte l’étape et comme à chaque fois, je suis juste derrière lui. On n’avait pas à cette époque- là les images de France Télévisions dans la voiture. Je descends, je jette un œil sur l’écran géant, et je vois Froome à pied. Je me dit : « va vite te planquer, tous les médias vont t’interroger. » J’ai sauté la barrière. J’étais médusé.
Qu’avez-vous pensé du passage au col de la Lusette dans l’étape Le Teil – Mont-Aigoual en 2020 ?
Beaucoup de bien. Je me souviens surtout d’avoir été frappé de voir autant de personnes venues à vélo. Il y en avait partout le long de la montée.
Malgré les contingences d’organisation, une arrivée au sommet du Mont Saint-Clair à Sète pourrait-elle être envisagée ?
Je ne peux pas répondre à cette question. Le Mont Saint- Clair, c’est un endroit magnifique, une arrivée célèbre sur le Grand Prix du Midi Libre. Gilles Maignan, qui est mon conducteur sur le Tour et qui a été double champion de France du chrono, l’a emporté en 1999. Mais les moyens du Tour ne savent pas s’installer sur ce site.
Biniam Girmay devrait logiquement l’emporter puisque Montpellier avait été le théâtre de la première victoire africaine sur le Tour, celle de Robert Hunter en 2007, et du premier maillot jaune africain, celui de Daryl Impey en 2013…
Biniam est étonnant, impressionnant de fluidité dans sa manière de courir. Trois victoires d’étape l’an passé et le maillot vert à l’arrivée, c’est une performance remarquable. Il est félin, il va super vite. D’autres ont l’allure plus syncopée. En plus, il est capable de passer les bosses. J’espère qu’il sera au même niveau cette année. Mais l’émergence des coureurs africains, oui, c’est une bonne nouvelle pour le cyclisme, surtout avec le Championnat du monde qui se déroulera au Rwanda au mois de septembre.
Le Tour s’élancera de Lille, une ville au cœur de la passion cycliste. Pourquoi cette ferveur, cet enthousiasme existent-ils dans le Nord, et bien sûr en Bretagne, et beaucoup moins dans le Languedoc ?
C’est compliqué de répondre à cette question parce qu’elle tient à de nombreux critères. Le Nord ou la Bretagne sont des régions dans lesquelles les gens devaient se battre pour s’en sortir. Ils ont développé une culture cycliste, quand bien même il n’y a pas de montagne. À l’image des gueules noires de Germinal, Stablinski avait travaillé comme mineur à Arenberg, une trouée creusée d’ornières qui s’étire sur plus de deux kilomètres, avant d’en faire un passage mythique de Paris-Roubaix.
“ LE TOUR, C’EST DU PARTAGE.
ON A TOUS EN NOUS QUELQUE CHOSE DU TOUR DE FRANCE ”
La passion du cyclisme et le Tour de France
Depuis l’arrêt du Grand Prix du Midi Libre en 2002, les Montpelliérains sont sevrés de cyclisme de haut niveau…
Le développement de la bicyclette est très fort dans le cœur des villes, et il y a un lien d’évidence entre bicyclette et vélo de champion. Le Tour n’est que le sommet de la pyramide, et il faut, c’est vrai, une base plus large.
Pourquoi la tentative de création du Tour du Languedoc-Roussillon n’a-t-elle pas pris ?
Je ne sais pas, je venais juste d’arriver à cette fonction. Faire vivre les courses cyclistes, c’est très difficile. Le Dauphiné, une course magnifique avec un plateau de rêve cette année, perd de l’argent. Sans Amaury Sport Organisation, beaucoup d’autres courses seraient mortes.
Il y a une allée Laurent-Fignon à Montpellier. Pourquoi pas une rue Stéphane Goubert ?
Il n’y a pas 250 rues qui portent le nom de coureurs cyclistes en France.
Après Lille, Montpellier sera la seule autre ville à accueillir le Fan Park officiel du Tour de France. En quoi consiste cette expérience ?
Le Fan Park est un lieu ouvert à tous et toutes. Il y aura des démonstrations de BMX, l’enseignement de petites choses simples et utiles comme changer une roue, faire marquer son vélo, des jeux divers et variés à destination d’un public familial. Parce que le Tour, c’est du partage. On a tous en nous quelque chose du Tour de France. Le relais médiatique est très fort. 190 pays reprennent les images de France Télévisions. Le Tour crée du lien, du liant, il fédère, rassemble, et donne le sourire à tout le monde. Je me souviens d’une question que j’avais posée à Sylvain Chavanel, le recordman de participations avec 18 Tours à son actif. Je lui avais demandé : « pourquoi as-tu tout le temps le sourire ? » Il m’avait répondu : « parce que je suis le reflet des gens du bord de la route. » Le Tour, c’est le temps de l’insouciance, une magie tellement forte, et des racines profondes.
De Sagan à Girmay, de Darrigade à Froome, Montpellier a vu passer les rois de la route. Retrouvez toute l’actualité du Tour de France ici.