« Pour le plaisir »

a man in a wheelchair with a surfboard
« Je n’ai pas cherché à prouver quoi que ce soit. J’ai juste cherché à ressentir à nouveau quelque chose. »

Texte par Marie Gineste

Il est tombé du ciel. Littéralement. Et s’est relevé — autrement. Guillaume Colin a connu la chute brutale, le deuil impossible, le corps brisé. Mais il a trouvé, sur une planche, l’élan pour tout réinventer. Aujourd’hui champion du monde de parasurf en sit, pionnier du wingfoil assis, ingénieur devenu conférencier, il explore la vie comme un espace de jeu, de glisse, de liberté. Pas pour briller. Pour ressentir. Pour transmettre. Pour continuer à avancer, même là où personne n’avait encore tracé la moindre trajectoire.

Le parcours inspirant de Guillaume Colin

À 40 ans, Guillaume Colin est devenu champion du monde ISA de parasurf, catégorie sit surf, lors des derniers mondiaux en Californie. Mais avant de dominer les vagues depuis une planche, il a dû réapprendre à vivre depuis un fauteuil. L’histoire bascule en 2015, lors d’un vol en planeur dans les Alpes, aux côtés de son père, ancien pilote de ligne. « Je n’étais que passager, et on ne sait pas exactement ce qu’il s’est passé », précise-t-il. L’appareil s’écrase dans les arbres. Guillaume survit, grièvement blessé. Son père, lui, ne s’en relèvera pas. Réanimation, moelle épinière endommagée, fractures multiples : l’état est grave, mais l’espoir subsiste. « On ne savait pas si je remarcherais un jour. Et moi, je ne voulais pas me projeter trop tôt. » Pendant huit mois de rééducation, Guillaume se reconstruit physiquement et mentalement. La paraplégie est partielle. Il récupère un peu de motricité, peut tenir debout avec des béquilles, mais se déplace en fauteuil.

Le sport, qu’il a toujours pratiqué, devient moteur. Il teste tout : tennis fauteuil, ski de fond, vélo à bras, yoga, voile. « J’ai entendu parler de cette idée de renaissance. J’étais sceptique. Mais en fait, oui. C’était ça. » Ce qu’il cherche ? Pas une revanche. Des sensations. L’élan, la glisse, la vitesse. « Je n’ai pas cherché à prouver quoi que ce soit. J’ai juste cherché à ressentir à nouveau quelque chose. » Et c’est sur YouTube qu’il trouve son déclic. Une vidéo d’un parasurfeur brésilien, même handicap, même énergie. « Je me suis dit : c’est possible. » Il découvre alors le sit surf.  Un mix entre surf et kayak, porté par les deux fédérations. Appelé waveski par la fédération de kayak, c’est un sport à part entière, pratiqué aussi par les valides. Il est appelé sit surf par la fédération de surf, mais c’est uniquement un support para surf. Pour progresser, il part en road trip sur la côte Atlantique. Saint-Jean-de-Luz, les Landes, le Pays basque. « J’ai tout fait. »

De retour à Palavas, il déniche dans un club une vieille planche de waveski oubliée. Ce sera sa première. Puis il bricole, adapte, cale avec de la mousse. Il se met à l’eau. Et il tient. Très vite, le plaisir de glisse le pousse vers la compétition. « On m’a inscrit à ma première compète un peu malgré moi, mais je l’ai fait et c’était très cool. » Progressivement, il enchaîne les rendez-vous : départemental, régional, national. Puis l’international. Repéré, il rejoint l’équipe de France. « Il n’y a pas d’entraînement collectif hebdo. On participe à quelques stages, et l’on se retrouve sur les mondiaux. »

En novembre dernier, à Huntington Beach, il devient champion du monde. « Dès que ça a sonné, les autres sont partis direct, mais moi j’ai préféré attendre. J’étais un peu plus sélectif. J’ai laissé passer les premières vagues, puis j’ai pris une bonne première, et ça m’a bien lancé. Ensuite, j’ai scoré une deuxième vague correcte. À ce moment-là, je savais que j’étais dans une bonne dynamique. Et dans la dernière minute, il y a eu une super vague. Je l’ai prise, et elle a été notée comme la meilleure vague de toute la compète. » Une finale « parfaite ». Deux vagues bien notées d’entrée, les adversaires mis « combo », un dernier ride pour clore la session avec la meilleure note de toute la compétition. Mais au fond, ce n’est pas ce qui le définit. « La performance, c’est la cerise sur le gâteau. Moi, ce qui m’anime, c’est le plaisir. »

Et comme si cela ne suffisait pas, Guillaume devient aussi le premier, a priori, à pratiquer le wingfoil en fauteuil. Une discipline récente, sans cadre handisport, encore plus technique. « Un jour, j’ai senti le vent dans mes bras en tenant l’aile d’un ami sur le parking. Cela a fait tilt dans mon cerveau. J’ai retrouvé d’anciennes sensations. J’ai su qu’il fallait que j’y retourne. » Il invente son propre système. Achetant du matériel standard, puis l’adaptant grâce à ses compétences d’ingénieur et à son expérience de la glisse. Si la a logistique reste un obstacle majeur, une fois sur l’eau Guillaume est 100% autonome et décolle seul. Il partage ses vidéos sur les réseaux et même s’il reste pour l’instant « seul » à pratiquer, il accompagne des fédérations et des associations qui souhaitent développer la pratique. « Il faut avoir envie. Et bricoler. Et ça freine pas mal. »

En parallèle, il intervient en entreprise. « J’ai monté ma structure, MOVA, il y a un mois. J’en suis aux débuts. » Il y parle résilience — pas celle des slogans, mais la vraie. Celle qui s’invente quand on doit tout réapprendre. « Ce n’est pas revenir à l’état d’avant. C’est inventer autre chose. » Il travaille son storytelling, structure sa conférence, affine le propos. « C’est un nouveau terrain de jeu. » Son emploi du temps ? Chargé, mais équilibré. Il s’entraîne tous les jours. Si les conditions météo le permettent, priorité au surf ou au wingfoil. Sinon, c’est cardio, renfo ou salle. Deux jours de repos par semaine, en théorie. Sauf si les vagues l’appellent. Ce qui arrive souvent.

Quant à la suite, il la regarde sans pression. En septembre, il devra choisir entre les championnats d’Europe de waveski en Irlande, une étape du tour mondial en Californie et une conviviale à Oléron. Il choisira en fonction de l’envie. Guillaume ne veut pas d’un plan de carrière. Ce qu’il poursuit ? La sensation d’être vivant. Ce qu’il incarne ? Une innovation joyeuse, artisanale, qui ne demande pas à être admirée, mais simplement partagée. Et si demain, quelqu’un quelque part, en fauteuil ou pas, se met au wingfoil parce qu’il l’a vu le pratiquer, alors tant mieux. Il aura semé une graine. En douce. Comme souvent.

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