“ VISIONNAIRE ”

Samir Marouani avec des tenues de sport Majestee
En à peine plus de dix ans, Majestee est devenue une marque réputée dans le monde du sport. Créée à la Paillade par Samir Marouani, passionné d’entrepreneuriat, elle est en train de se faire une place parmi les grands. Après avoir travaillé avec le Grand Prix de Monaco, elle fournit cet été les équipements de toute la délégation sénégalaise, aux JO. Le début de la consécration ?


Texte par Gwenaël Cadoret Photographies par Guilhem Canal

C’est l’histoire d’un rêve d’enfant devenu réalité. En classe de CE1, le petit Samir Marouani, alors
âgé de sept ans, s’amusait sur ses cahiers à réinventer à sa sauce les logos des équipementiers sportifs. « J’ai toujours eu envie de créer une marque de vêtements », sourit-il. D’ailleurs, il a très jeune l’esprit d’entreprendre : avant ses sept ans, alors qu’il vit au Maroc, il ramasse et revend déjà des câpres, tout en préparant et vendant des sandwichs. En France, il donne un coup de main sur les marchés, ou en maçonnerie, aux côtés de son père.

Au cours des années 2000, alors qu’il débute des études de Sciences économiques à Montpellier, il convainc des amis de se lancer dans ce projet avec lui. La marque Majestee est déposée
(à prononcer « Majesté »). « Ce nom part de mon imaginaire d’enfant. J’ai grandi dans une région montagneuse. Lorsque nous étions jeunes, on nous racontait que les aigles pouvaient nous emporter ! Je suis donc parti sur cette idée d’aigle royal, puissant, majestueux. Quelque chose qui évoque la force et la sportivité. » Les premiers temps, il travaille avec de futurs graphistes, en échangeant dessins contre repas au KFC ! « On n’avait pas d’argent, donc on s’arrangeait. » En 2010- 2011, les associés souhaitentcréer des prototypes de maillots, survêtements et shorts. « Les produits venaient de Chine. Il y a eu plein d’histoires, on a payé trois fois le prix. Et c’est arrivé dans un état… On a eu envie de tout arrêter ! » Mais quelques mois plus tard, l’élan revient. « Il faut de la résilience, quand on crée un
projet. » La deuxième opportunité est la bonne : un fournisseur au Pakistan lui fabrique sa première ligne de tenues. L’esprit : mélanger le meilleur de Nike et Adidas, l’innovation et la rigueur.

La marque s’impose une valeur : « le fair-play. Lutter contre les incivilités dans les stades. Avant chaque début de match, nos partenaires avaient un fanion avec nos cinq règles : respect de soi, de l’adversaire, du public, du stade et de l’arbitre. » Majestee se focalise sur le football, puis le hand et le basket. Grâce à l’entourage, de premiers clients sont trouvés en 2012-2013 : le Club Mercure de football, à la Paillade, les équipes de hand de Lattes et de Valréas, le basket à Nyons (Drôme). La croissance est exponentielle pendant trois ans, et Majestee se lie à de plus en plus de disciplines et clubs du Languedoc, de la Drôme, de l’Île-de-France… « On a eu par exemple le HBF, le Montpellier Handball féminin, Arles en Ligue 2 de volley masculin. Et l’équipe de foot du Vita Club, au Congo, qui joue la Ligue des Champions africaine. » Mais difficile de faire vivre un projet sans gros investisseurs. La dynamique s’essouffle à partir de 2016. Vient alors la crise du Covid. Samir et ses associés se séparent (en bons termes). Même s’il ne peut toujours pas se payer, lui ne lâche pas. « J’ai une relation viscérale avec le monde de l’entreprise. Il était impossible que j’échoue. » Paradoxalement, le coronavirus va ressusciter l’entreprise. « On a été sollicités par l’État pour fabriquer des masques.

“ LES JO ASSOIENT NOTRE CREDIBILITE ”

On achetait du tissu à Près- d’Arènes, et on confiait la couture à des ateliers indépendants, à la Paillade et ailleurs. » Au total, près de 100 000 pièces sont confectionnées, dont la moitié à la main. Les masques sont achetés par les communes de Pérols et La Grande Motte, mais aussi par des pharmacies, entreprises, clubs sportifs. Les contacts étant établis, ces clients demandent également des tenues, une fois le confinement terminé. Majestee repart de l’avant. Les recrutements se multiplient. Une agence est même créée à Bordeaux. Pendant trois ans, la marque produit les équipements et produits dérivés du Grand Prix de Monaco. En parallèle, elle signe avec de nombreux clubs pros (LOSC, Montpellier rugby, MHB, MHSC, Stade Toulousain…) pour fournir des produits de merchandising « sans marque » (shorts, polos…). Des entreprises comme KFC ou McDonald’s lui commandent des tenues pour leurs salariés. Une filiale sénégalaise a même ouvert à Dakar. Son président, Ousmane Kamara, a signé des accords avec divers clubs professionnels et fédérations du pays. Majestee était ainsi représentée aux Jeux de la Francophonie et Jeux africains. Ces liens permettent à la marque de franchir un nouveau cap, cet été : aux JO de Paris, c’est toute la délégation sénégalaise, soit 60 personnes, qui arborera l’aigle de Samir Marouani ! Ce qui fait la différence : « Nous personnalisons totalement nos produits, quelle que soit la taille du client. Pour le Sénégal, nous sommes partis sur quelque chose de fun, qui reprend les couleurs du drapeau. » Être aux JO, c’est entrer dans la cour des grands ! « C’est incroyable de se dire qu’une petite marque française, qui sort d’un quartier de Montpellier, arrive à être présente dans cet événement mondial sans financement externe. Nous sommes probablement les plus petits équipementiers de la compétition ! »

Pour Samir, c’est à la fois une consécration, une opportunité et une fierté. « On est récompensés pour tout le travail fourni. Après le GP de Monaco, les JO assoient notre crédibilité. Nous n’aurons plus à prouver que nous sommes capables ! » D’ailleurs, il assure utiliser les mêmes technologies, et faire produire dans les mêmes ateliers que les marques allemandes et américaines. « On peut fournir la même qualité, à un rapport qualité-prix intéressant. » Au-delà du Pakistan, la production se fait également en Chine, Turquie Portugal, Maroc et « un tout petit peu » en Espagne. Samir compte capitaliser sur cette « exposition dingue » : trois nouvelles agences, dont une à Paris, vont ouvrir. Bientôt, il visera les grands clubs français. « On avance à notre rythme, à hauteur de nos moyens. » Mais il ne cache pas ses ambitions : venir égaler des marques comme Macron, Uhlsport… Son rêve : d’ici quelques années, tenter de fournir les tenues de toutes les équipes nationales de France, du Maroc, ainsi que celles des clubs pros montpelliérains. Quand on voit son parcours, on lui souhaite que cela devienne réalité !

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