Se met à table

JEAN-PHILIPPE LACOSTE
ANCIEN DIRECTEUR SPORTIF DU CENTRE DE FORMATION DU MONTPELLIER HERAULT RUGBY, IL A BRUSQUEMENT CHANGE LA TRAJECTOIRE DE SA COURSE POUR OUVRIR UN MAS CONCHYLICOLE À LOUPIAN.

Avant, c’était plutôt la « Vendée Atlantique », très appréciée pour son goût authentique et ses arômes salés, ou les « Brunes de casiers » élevées en caisses de bois. Pourquoi pas les huîtres Célestine de Jacques Petitgas, véritable institution du Veillon. Depuis, Jean-Philippe Lacoste a délaissé la baie de Bourgneuf pour l’étang de Thau, sa Vendée natale pour un autre littoral, la place Napoléon pour celle d’une Comédie dont il ne s’est jamais lassé. Jean-Philippe Lacoste est ostréiculteur. Il est rugbyman. Ancien joueur de Narbonne, aux côtés de Pierre Bondouy, Sylvain Dispagne ou Christian Labit. Ancien du MHR de Sabathé, au temps d’avant, quand la troisième mi-temps avait le même poids que les deux précédentes. Il était ouvreur, un peu centre, parfois arrière, international universitaire puis militaire, un peu entraîneur des lignes arrières de l’équipe professionnelle aussi, de la sélection de Tunisie ou de celle de Côte d’Ivoire. Il a surtout été directeur sportif du centre de formation du MHR, sacré meilleur centre de France en 2009 et 2010. Dans ses paluches caleuses, François Trinh-Duc, Fulgence Ouedraogo, Louis Picamoles et Julien Tomas se sont façonné un avenir international. « On a démarré en 2004, on partait de pas grand-chose et on a tout construit, raconte-t-il. Les quatre fantastiques que vous évoquez sortaient des cadets. Ils ont bien réussi, c’est vrai, mais j’attache la même importance au lien que j’ai créé avec d’autres joueurs qui n’ont pas suivi ce même chemin et qui passent, parfois, donner quelques nouvelles ou partager un moment. C’est d’ailleurs ma plus belle récompense. Comme disait Graham Mourie, l’ancien capitaine All Black, je préfère pratiquer ce sport avec des bons mecs. » Toute sa philosophie tient dans cette phrase. Le minot de la Roche-sur-Yon a toujours considéré que l’on pouvait mélanger rigueur et convivialité, que c’était même fondamental « d’être sérieux sans se prendre au sérieux ». « Mais le rugby professionnel s’est développé d’une certaine manière qui ne me convient pas parfaitement, soupire-t-il. Je ne pense pas que j’aurais pu rester éternellement dans ce milieu. » Après vingt-quatre saisons au MHR, il a pourtant vécu de très bons moments à Oyonnax, où il agissait en qualité de consultant. « J’avais besoin de couper, éclaire-t-il, et j’ai vraiment apprécié ce passage à Oyo, au point que j’avais d’ailleurs prolongé mon contrat de trois ans. Mais la vie réserve parfois des surprises. » Jean-Philippe Lacoste n’avait jamais envisagé gagner de l’argent grâce au rugby. « C’était d’abord un jeu, assène-t-il, pas un métier. C’est d’ailleurs pour cela que j’avais toujours eu dans l’idée d’investir un autre domaine. » Sa licence STAPS le destinait à enseigner l’éducation physique et sportive. « J’avais passé un DU Marketing Management Général, au cas où, mais j’étais convaincu de devenir prof d’EPS. » À la Fac, il a rencontré Alex, Alexandre Estéoule, dont le père jouait à La Voulte avec les frères Camberabero. Ils ne se sont jamais perdus de vue. Tous deux sont membres de la Séléçao do dia, une association qui se revendique comme un « regroupement philosophique autour des valeurs du handball et du rugby ». « Il y a trente ans, sourit Alex, on évoquait déjà cette idée de travailler autour de l’huître. Il y a dix ans encore, autour d’un verre, on avait remis le sujet sur le tapis et envisagé d’acquérir une table. » Ce fameux sujet a pris corps lorsque Alain et Agnès Bancilhon, ostréiculteurs à Loupian, ont évoqué leur départ à la retraite. « Pendant presque un an, souligne Jean-Philippe Lacoste, on est allés sur l’eau avec Alain, on a appris à nettoyer les huîtres, les rudiments du métier. On avait aussi un pote professeur au lycée maritime qui s’occupait d’ostréiculture. Alex a fait une formation. Je l’ai suivi. » Le 1er juillet 2021, ils entrent dans le mas du bord d’étang baptisé « Au Détour ». Un peu émus. Un peu troublés. Très tôt, ils se décident à partager leur aventure. « Nous savions dès le départ que nous nous dirigerions vers la dégustation, confirme Jean-Philippe Lacoste. C’est notre façon d’être, la prolongation de ce que nous sommes. Tout ça n’aurait pas le même intérêt sans les amis, sans cette possibilité de raconter notre quotidien. » L’aventure le passionne. Lorsqu’il n’est pas à Loupian, il fait découvrir ses produits lors de soirées événementielles, si possible à un public sportif. « J’ai toujours aimé ça, rigole-t-il. Ado, après la boîte de nuit, on allait plutôt chercher des huîtres que des pains au chocolat. Et c’est souvent moi qui les ouvrais. » Lorsqu’il n’est ni à Loupian, ni dans ces soiréesdégustation, il est au bord du terrain du Rugby Club Méditerranée Palavas/Lunel, un club de Fédérale 2 qu’il entraîne depuis la saison passée. On imagine où seront célébrées les plus belles conquêtes…

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