UN VRAI RÊVE DE GOSSE

GUILLAUME ORTIS
QUE CE SOIT EN 3X3, EN 2X2 OU EN 1X1, VOICI L’HISTOIRE D’UN EXERCICE QUI N’AURAIT JAMAIS DU DEVENIR UN SPORT. PORTÉ PAR DES PASSIONNÉS ET NOTAMMENT PAR GUILLAUME ORTIS, LE FUTNET EST AUJOURD’HUI OFFICIELLEMENT INTÉGRÉ À LA FFF ET LES FRANÇAIS SONT CHAMPIONS DU MONDE.

À le voir arriver pour la séance photo en tenue officielle des équipes de France de la Fédération Française de Football, difficile de croire que cette belle aventure a commencé sur le littoral sétois dans les années 60. À l’époque, chaque été, les jeunes se retrouvent sur la plage du Manureva ou du Spot pour taper la gonfle, rapidement le filet du terrain de volley est au sol, on joue par-dessus à 3, à 2 ou en solo… le tennis-ballon était né. Guillaume est rapidement mordu. Les règles en 3×3 comme en 2×2, qui se jouent sur un terrain de volley-ball, sont simples, le ballon ne peut toucher le sol qu’une seule fois. Une seule touche de balle est autorisée par joueur, et trois touches de balle maximum par équipe, avant de renvoyer le ballon de l’autre côté du filet. Le ballon peut être frappé ou touché par toutes les parties du corps, à l’exception des bras et des mains. En compétition, les matchs se déroulent en deux sets gagnants de 11 points Des règles qui permettent des rencontres acharnées jusqu’au coucher du soleil. « Dans les années 90, il n’y avait pas de réseaux sociaux, se souvient Guillaume Ortis, nous ne savions même pas que d’autres à Antibes, aux Sables d’Olonne et dans le monde jouaient au même sport que nous. À la fin de l’été, on était persuadés être champion du monde parce qu’on était vainqueurs du tournoi de Sète. » En fait depuis 1922, les volleyeurs du Slavia de Prague en ont fait un exercice d’entraînement, puis finalement une discipline sportive à part entière, le Nohejbal, dont les compétitions attirent aujourd’hui encore plusieurs milliers de spectateurs dans les gymnases de République Tchèque. La discipline reste confidentielle et pratiquée en sport de loisir, même si toutes les équipes de football professionnelles utilisent le tennis-ballon les lendemains de match, au moment du décrassage, pour créer un temps de jeu ludique, décontracté mais nécessitant un vrai bagage technique. Guillaume Ortis et ses copains grandissent et comme les amours d’été, le tennis- ballon aurait pu disparaître avec les premières sonneries de la cour du lycée. Lui s’oriente vers le secteur social et l’accompagnement des enfants dans l’île singulière, mais il n’abandonne pas le tennis-ballon. Au détour d’un reportage diffusé dans l’émission « Stade 2 », il découvre qu’il existe des compétitions et même un « groupe France », l’appellation « Équipe de France » et le port du coq étant strictement réservés aux sports organisés et dépendants d’une fédération. Qu’à cela ne tienne, le garçon s’engage pleinement dans sa discipline, en décembre 1998, il crée avec des amis le Tennis-Ballon Club de Sète, devient un appelé régulier du « groupe France » au poste d’attaquant avec une spécialité, le ciseau latéral. Convaincu de l’universalité de ce jeu, Guillaume évangélise dès qu’il en a l’occasion : « En tennis-ballon, tu as des grands, sans contact, donc c’est vraiment la technique et la souplesse qui priment. On peut très bien se retrouver à jouer avec quelqu’un de 60 ans, un gamin de 10 ans et une jeune fille de 25 ans. Socialement, le ballon rassemble, mais le tennis-ballon est un sport où même si tu perds, tu touches le ballon et tu participes. » À la fin de sa carrière de joueur, le Sétois décide de tout donner à son sport et s’y consacre à temps complet. Évidemment, il est nommé à la tête du groupe France. En novembre 2022, son groupe bouscule la hiérarchie mondiale et remporte les championnats du monde de futnet en double (2 sets à 0 face à la Slovaquie) à Prague en direct à la télévision tchèque. Comme un bonheur n’arrive jamais seul, six mois plus tôt, la discipline a officiellement intégré le giron de la FFF. Les évènements s’enchaînent, propose un séminaire d’organisation du championnat de France à Clairefontaine, le déploiement d’une politique de détection des joueuses et joueurs et un accompagnement de l’arbitrage… et surtout invite l’ensemble de l’Équipe de France au Parc des Princes à l’occasion du dernier France-Irlande. Car aujourd’hui, Guillaume Ortis est sélectionneur national de l’équipe de France de futnet et peut porter fièrement une étoile sur son survêtement accompagnée du coq cher à son coeur.

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