Texte Marie Gineste// Photographie Guilhem Canal
Le parcours épique de Romain Attard, le catcheur autodidacte français
Un amour du show né par hasard
Dans les arènes où il fait trembler l’air, Romain Attard n’est pas simplement Zaeken, il est une incarnation vivante du catch, un sport souvent mal compris et relégué à une scène marginale en France. Pourtant, ce combat, il l’a choisi par hasard, un soir d’adolescence où, en zappant sur une chaîne obscure, il découvre le spectacle brut et fascinant du catch. « C’était ça, ça a collé immédiatement », se souvient-il.
À 15 ans, dans le creux d’une époque où la discipline semblait en sommeil, il prend la décision de s’y investir, sans modèle, sans guide. Juste une passion brute, celle d’un garçon qui, comme un Yamakasi des temps modernes, voulait sauter dans l’arène. Le chemin n’est pas pavé d’or. En France, le catch est un sport sans fédération officielle, relégué dans les tiroirs du ministère de la Culture.
Les débuts difficiles d’un autodidacte
Ses débuts se déroulent dans des salles modestes, où l’écho des coups résonne autant que les encouragements timides d’un public clairsemé. Les rings sont souvent des structures bancales, montées dans des gymnases ou lors de petits festivals locaux. Mais pour lui, chaque saut, chaque prise est une opportunité d’apprendre, de se rapprocher de ce rêve encore flou mais obsédant. Pour comprendre l’attrait de Romain pour le catch, il faut s’attarder sur ce sport unique.
Car au-delà des clichés et des préjugés, le catch est une discipline hybride, mêlant performance sportive, narration et show. Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas uniquement un sport de « brute ». Il exige une condition physique irréprochable, une créativité débordante pour scénariser les combats, et une capacité à captiver un public, que ce soit dans une salle comble ou un gymnase vide. « C’est presque un art, un jeu avec les émotions. On tombe, on se relève, et on raconte une histoire. »
Des rings de Béziers aux arènes mexicaines
De Béziers à Barcelone, de la Belgique au Mexique, son corps enchaîne les cicatrices mais ses rêves ne cessent de grandir. Il raconte ses voyages comme des aventures dans la jungle, une jungle où la compétition est impitoyable et où, si tu veux une place sous les projecteurs, il faut prouver que tu en vaux la peine, à chaque instant.
Les défis sont d’autant plus grands qu’il n’est pas un « produit » formaté par une grande structure. Il a appris sur le tas, à coups de raclées et d’échecs, encadré par Saraya, une coach anglaise de renom qui a vu en lui un potentiel brut. Avec elle, il perfectionne son art, apprend la rigueur et les sacrifices.
Entre douleur et passion : la réalité du catch
Mais quand l’entraînement prend fin et que la réalité du catch s’impose, il doit se battre pour son nom, pour son droit à exister sur cette scène trop souvent ignorée. Au fil des années, Romain s’est forgé une carapace, mais son corps a payé le prix fort. Les blessures font partie de son quotidien, un tribut inévitable pour quiconque foule le ring. « Quand tu fais du catch, tu acceptes que la douleur t’compagne. Ça fait partie du jeu, parfois c’est juste… là. »
Sa nuque et ses cervicales portent les stigmates des chocs répétés. Mais chaque victoire, chaque combat, et chaque rencontre avec les fans, qui le reconnaissent parfois dans la rue, lui rappellent que tout cela en vaut la peine.
Le Mexique, dernier grand tournant de sa carrière, lui apporte cette validation : « Là-bas, tu comprends vraiment ce que tu vaux. C’est le pays du catch, et quand tu y es reconnu, tu sais que tu as franchi un palier ». Au Mexique, le catch n’est pas juste une discipline, c’est un véritable phénomène culturel. Les catcheurs y sont des héros modernes, leurs masques deviennent des symboles, et leurs combats, des légendes. « Là-bas, on te pousse à te dépasser. C’est le public le plus exigeant que j’aie jamais connu. »
Vers l’avenir : un combat au-delà du ring
Zaeken n’est pas simplement un catcheur, il est un guerrier du quotidien, un artisan de son propre destin. Il n’a ni rêve de gloire ni visée précise, mais une seule volonté : celle de continuer à vivre cette passion sans compromis. Et, au-delà du ring, son regard se tourne déjà vers l’avenir. « Pourquoi pas créer une fédération, encadrer les jeunes, leur offrir ce que je n’ai pas eu », confie-t-il. Loin de se laisser abattre par les difficultés du milieu, il porte haut l’idée que le catch, en France, mérite une place à part entière, non seulement dans les stades, mais aussi dans les cœurs des spectateurs. Un combat qui ne fait que commencer.
« On tombe, on se relève, et on raconte une histoire. »
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