Texte par Marie Gineste // Photographies par Guilhem Canal
En mai dernier, le MHB remporte sa 14ᵉ Coupe de France, au terme d’une finale sous haute tension.
Il n’a pas raté un match. Ou presque. « J’ai plus de doigts sur les mains que de matchs loupés », s’amuse-t-il. Et même s’il a troqué sa place au cœur des Blue Fox pour celle du bord de terrain, il reste un fervent supporter. Un président qui pleure, qui chante, qui scande. Un président debout. Le sport, il en a testé plusieurs. Le tennis. Le golf. Il a 11 ans lorsqu’un copain l’emmène à un entraînement de hand, puis à un match. Et là, l’épiphanie. « J’ai vécu une passion soudaine. » Ce qui l’emporte ? Le rythme, la beauté du jeu, l’exigence. La performance, mais surtout les valeurs : la solidarité, le collectif, la sueur pour les autres. Il est cueilli par ce spectacle incandescent où les joueurs sont à la fois des idoles et des frères de tribune. Il s’identifie au MHB plus qu’à toute autre chose : « Ce club m’a fait grandir ». Son père, André Deljarry, devient partenaire du club via Intermarché, dans une politique d’ancrage économique local. Et Julien se faufile. Chaque week-end, il se glisse dans les coulisses. Grâce aux accointances de son père, il peut tout voir : l’échauffement, les loges, les discussions d’après-match. « J’avais 13 ans. Je me suis retrouvé dans les bus avec les joueurs, à regarder Thierry Omeyer jouer aux cartes, à discuter avec Grégory Anquetil. » Il accompagne même l’équipe en Autriche pour un match de Ligue des Champions. Il ne faisait pas partie de l’équipe, mais il faisait partie du club. « Ce qui m’a marqué, c’est la proximité. J’étais au cœur de quelque chose, mais toujours à la bonne distance. »
De 2003 à 2012, Julien ne manque presque aucun match. Il embarque tout le monde dans son sillage, ses parents, ses amis… sa voix qu’il laisse dans les tribunes. Il est chez lui à Bougnol (aujourd’hui FDI Stadium) Les joueurs deviennent des idoles accessibles. Les défaites, des deuils intimes. Les victoires, des sacrements. « J’étais collé aux Blue Fox, deux heures avant le coup d’envoi pour être sûr d’avoir ma place. » Il grandit en parallèle du club. Il reprend la direction d’un supermarché à 24 ans. Gère 90 salariés. En 2014, c’est un premier tournant. Le club est en péril. Scandale des paris. Défections. Chaos. André Deljarry évite le naufrage. « Il m’a dit : ‟Si tu avais été prêt, tu aurais été président.” Il ne s’en est pas rendu compte, mais il me l’a mis dans la tête. » Julien devient actionnaire. Puis membre du conseil d’administration. Il observe. Il comprend. Il s’implique. En 2018, il vit l’épopée de la Ligue des Champions à Cologne. Demi-finale, finale. Il flotte dans un état second. Alors quand Serge Granger annonce son départ, il lève la main. Les actionnaires s’interrogent. Il le sait. Mais il est décidé. Il est élu président en juin 2019. « Ils n’ont pas été nombreux à croire en moi. Tous les autres se posaient des questions. Je comprends. J’étais jeune. » Mais il avait déjà cette culture de la responsabilité. Il a acheté des actions du club. Pas pour la frime. Pour la légitimité. Et il cite Jean-Michel Aulas : « Un président doit être propriétaire. » Il ne nie rien de l’aide paternelle. « Si je n’étais pas le fils d’André, je ne serais peut-être pas là. »
Mais il a tenu la barre. Et n’a rien volé. Il commence en pleine tempête. La première saison ? Covid. La deuxième ? Tribunes vides. La troisième ? Crise sportive. La quatrième ? Guerre en Ukraine et crise du pouvoir d’achat. « J’ai mis les œillères. Je me suis enfermé dans le travail. J’ai foncé. » Il renouvelle l’actionnariat. Épaule les entraîneurs. Change les méthodes. Resserre le groupe autour d’une vision commune : passion, exigence, partage. « J’ai voulu ramener des personnes qui aiment le club, pas juste le statut. » Son objectif : recréer un collectif sincère, réhumaniser le lien entre gouvernance, staff, joueurs, supporters. Et cela commence par lui.
Il est partout : dans les tribunes, dans le bus, dans les causeries, dans les vestiaires. « J’arrive deux heures avant les matchs, je fais le tour des bénévoles, des salariés. Je m’assois au bord du terrain et je regarde la salle se remplir. » Mais ce rôle, il l’endosse sans renier celui du supporter. Dilemme ? Pas vraiment. Il a choisi d’assumer le costume ET l’émotion. Dans les loges VIP, les partenaires se lèvent, crient, chantent. Ils portent le maillot. Et cela le rend heureux. Et puis il y a peu, c’est la consécration. Finale de la Coupe de France à l’Accor Arena. Un match âpre, haletant, presque insoutenable. Victoire aux tirs au but. Il explose. « J’ai crié, j’ai pleuré. Et j’ai couru vers mes parents. » Le cercle est complet. Sept ans après son dernier trophée, le Montpellier Handball a enfin conjuré le sort. Le gamin de 2003 a tenu sa promesse. « Avant le match, j’avais repensé à la finale de 2013, à Rémi Desbonnet qui soulève le trophée. J’étais dans les tribunes, supporter. Je voulais que l’on revive ça. » Il avait tout organisé : les bus pour les supporters, la mobilisation des partenaires, la ferveur collective. Et ils l’ont fait. « C’est cela, le plus fort. Faire rêver des milliers de familles. Imaginer les enfants qui sautent devant la télé. »
Au cœur du club, il a aussi trouvé l’amour. Sa femme l’accompagne partout. Elle devient une figure discrète, mais essentielle. Et aujourd’hui, c’est une nouvelle génération qui grandit dans le sillage du MHB. Leur fille. Déjà équipée d’un body Blue Fox. Déjà dans l’histoire. « Peut-être qu’elle n’aimera pas le hand. C’est possible. Mais elle viendra au stade. Elle vivra ça avec moi. »
Et demain ? Il veut remettre Montpellier à sa place. Pas derrière Paris. Pas derrière Nantes. À égalité. Ou devant. « L’an dernier, à la présentation du Trophée des Champions, on n’a parlé que de Paris et de Nantes. Karl Konan a pris le micro et a dit : ‟Il faudra aussi compter sur Montpellier.” J’étais revanchard. Lui aussi. Et à la fin de la saison, on gagne. » Mais une saison ne suffit pas. Il veut de la régularité. Du panache. Des titres. De la mémoire. « On a écrit un livre sur l’histoire du club. Parce que les racines comptent. Parce que les valeurs, il faut les transmettre. On ne bâtit pas l’avenir sans mémoire. »
Entre les lignes, c’est aussi lui que l’on devine : le gamin fasciné, le supporter exalté, le président habité. Il ne regarde pas le passé avec nostalgie, mais avec gratitude. Et une furieuse envie de prolonger la légende. Il sait d’où il vient. Il ne renie rien. Mais il a construit sa place. Et il sait qu’il la mérite. « Toute ma vie, on m’a jugé sur l’image. Je suis OK avec ça. Mais aujourd’hui, on peut me juger sur mes actes. » Il avance, toujours, debout. Comme un président qui n’a jamais cessé d’être supporter.
Envie d’en savoir plus sur ceux qui font battre le cœur du MHB ?
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