La mère et la fille sont des sportives de haut niveau. Le père, un soutien indéfectible. Ensemble, ils partagent l’amour de la glisse. Ensemble, ils dépassent les difficultés, effacent chaque cicatrice. Ensemble, ils sont insubmersibles.
D’abord, il y a Delphine. Le 3 janvier 2004, sa vie a basculé sur les pentes pyrénéennes de Puyvalador. Un accident de ski alpin. Fracture de la première lombaire. Blessure médullaire. « Après une opération pour stabiliser ma colonne vertébrale, je suis devenue paraplégique incomplète », résume-t-elle. Ensuite il y a David. David Guérin. Enseignant sécurité SSIAP et sûreté. Ancien dirigeant du Montpellier Hérault Rugby aujourd’hui membre du Comité d’Orientation Politique de la Fédération Française dirigée par Florian Grill. Et puis il y a Rose. 9 ans. 10 le jour de Noël. Élève épanouie de CM2. Rose est la fille de Delphine Le Sausse et David Guérin. Leur trésor. Une gamine solaire. Si l’on mesure l’union d’une famille à sa capacité à traverser ensemble les étapes difficiles, alors la famille Guérin-Le Sausse est une famille particulièrement soudée, attentionnée et protectrice. Une famille sportive aussi. Delphine est l’une des meilleures spécialistes mondiales de para-ski nautique. Seize fois championne du monde. Dix-neuf fois championne d’Europe. Après son accident, elle a adapté la façon de pratiquer ses activités favorites : le ski nautique, le ski alpin, la natation, l’escalade… « Le ski nautique, dit-elle, m’apporte de la liberté. Lorsque je glisse sur l’eau, je ne ressens plus aucune contrainte liée à mon handicap. » David, lui, vit le haut niveau par procuration. Il a pratiqué plusieurs sports, le rugby, un peu, mais il a surtout décliné sa passion au service et aux côtés des autres. « Je me suis toujours impliqué comme dirigeant, bénévole, indique-t-il, sans doute parce que mon papa, décédé aujourd’hui, était lui aussi très versé dans le monde associatif. » Rose, enfin, suit la trace de maman. Elle pratique le ski alpin. Le ski nautique. Le skate- board. L’escalade parfois. Elle a beaucoup de talent. Cet été, après avoir électrisé les rampes du FISE sur le bord du Lez, elle a disputé la finale des Championnats de France de skate-board catégorie Bowl avec les U17, avant de remporter le titre national en ski nautique, catégorie slalom mixte U10, puis de décrocher la médaille de bronze U12 filles en figures. Avec une telle famille, et des emplois du temps aussi variés, il est évidemment question, avant tout, d’organisation. Delphine travaille. Elle tient la pharmacie Le Sausse, rue Henri Barbusse à Sète. Elle est aussi vice-présidente de la Fédération Française de ski nautique et wakeboard en charge du secteur para. « On privilégie notre activité professionnelle, précise David, parce que c’est elle qui nous permet de vivre comme on le souhaite. Du coup, on met d’ailleurs un peu notre vie sociale de côté, on peut difficilement dire le contraire, parce que toute l’année, du fait de la saisonnalité des disciplines, on est » sportivement » occupés. » L’Éducation nationale lui offre quelques privilèges. Si deux journées sont nécessaires à la préparation d’une compétition un week-end, il peut s’organiser et rattraper ses cours ou confier ses élèves à des collègues. « Pour Rose, ajoute Delphine, on fait en sorte qu’au moins l’un des parents soit présent à ses côtés sur un Contest. Mais si l’on peut se déplacer tous les trois, on n’hésite pas, c’est même le plus sûr moyen d’avoir un avant-goût de vacances. »
“ SKI NAUTIQUE,
SKI, SKATE-BOARD, RUGBY…
LE SPORT EST ÉVIDEMMENT L’UNE DES PASSIONS QUE LA FAMILLE GUÉRIN – LE SAUSSE A EN COMMUN. MAIS ELLE N’EST PAS LA SEULE… ”
L’Australie en 2017, la Californie il y a deux ans, la Norvège, voilà des moments précieux, indispensables face à l’agitation quotidienne. Delphine aurait bien sûr aimé participer aux Championnats du monde de cette fin d’année, à nouveau en Australie. Mais le voyage était trop coûteux, la logistique difficile à mettre en place. « Quand je m’absente de la pharmacie, dit-elle, je dois trouver une remplaçante, et financièrement, ça a un coût. Le para-ski nautique, malheureusement, n’attire pas beaucoup de partenaires. Un séjour pour trois en Australie, cela reste onéreux. Et puis, si je dois choisir entre l’équilibre familial et un nouveau titre de championne du monde, je n’hésite pas une seconde. » Sans doute participera-t-elle l’an prochain aux Championnats d’Europe en Allemagne. « Tout dépendra du calendrier de Rose », précise-t-elle. Rose qui sera alors entrée au Collège. Rose qui aura encore évolué. « Longtemps, sourit-elle, Rose était la fille de Delphine, désormais je suis simplement la mère de Rose. » « Je me souviens d’une anecdote, appuie David, quand les Jeux olympiques de Tokyo étaient retransmis à la télévision. Rose avait dit : » je veux être championne olympique de skate-board, mais pas championne du monde de ski nautique pour ne pas faire d’ombre à maman. » »
“ ROSE EST CHAMPIONNE DE SKATEBOARD,
DE SKI, DE SKI NAUTIQUE. ”
À Montbéliard cet été, elles ont disputé ensemble les championnats de France de ski nautique, et c’était un vrai moment de bonheur partagé. « En fait, explique Delphine, on trouve que pratiquer un seul sport à cet âge est un peu dommage. Et puis, pour l’instant, elle ne veut pas choisir. » « J’aime autant le ski que le ski nautique et le skate-board, appuie Rose. J’ai des amis dans les trois, même si j’en ai plus dans le ski parce que ça fait longtemps que je pratique. » Sans doute devra-t-elle un jour se décider. En attendant, même si elle pratique dix fois moins que ses concurrentes, elle garde le cap en skate-board parce qu’elle a le flow, et arrive à gratter des podiums en ski, quand bien même elle rend presque une année à ses camarades. « On ne la pousse pas, assure David, on l’accompagne juste, on reste à son écoute, étant bien entendu que son équilibre général, psychologique, passe avant tout. On a la chance qu’elle aime l’école, et qu’elle prenne du plaisir dans chaque pratique. Le jour où il faudra choisir, la Fédération qui facilitera le double projet aura l’avantage. » C’est quelque chose qui se décidera ensemble. Comme tout le reste. Ce temps d’échange en famille renforce les liens et stimule la compétitivité. Il est primordial dans la famille Guérin-Le Sausse. « Parfois, indique Delphine, on se met une pression inutile sur les épaules, alors que le plaisir doit demeurer le seul et unique moteur. » Plaisir de skier. De rider des spots les plus invraisemblables. De vivre cette passion en famille. Plaisir de voir Rose tracer son sillon. Elle a transformé cette énergie qu’elle a en elle, en quelque chose d’unique et de spectaculaire. Un jour, Rose a percuté un arbre à ski. Elle a perdu connaissance. Elle a été transportée en barquette jusqu’à l’ambulance. À l’hôpital, elle était très désorientée, les yeux hagards, paniquée. « D’abord, dit Delphine, j’ai été gagnée par une forte angoisse, puis je me suis littéralement décomposée. Quand j’ai eu mon accident, j’ai fait n’importe quoi, j’ai pris des risques. Aujourd’hui, elle pratique de manière encadrée. Elle est déjà tombée, s’est fait mal au genou, au coude, à la cheville ou à l’épaule. Je suis prête à tout ça. Mais je sais aussi qu’à tout moment, tout peut basculer. Même s’il ne faut pas y penser. » Juste penser à son sourire. Ses tricks impeccables. Penser à la famille.
Texte par Philippe Pailhories Photographies par Guilhem Canal
En parlant de famille sportive, vous connaissez le pére et le fils Petagna?