À 16 ans, il est celui que l’on cajole, que l’on dorlote. Surclassé depuis son arrivée au Montpellier Hérault Rugby en 2021, Souheib Benabdelkader est au centre de toutes les attentions. Les pieds bien sur terre, le buste droit, il assume chacune des attentes placées en lui.
La Montée en Puissance de Souheib Benabdelkader
Cet automne, Souheib Benabdelkader a repris les chemins de ses aînés, s’est arrêté sur des lieux ressuscitant le souvenir. Ce voyage au pied du Moyen Atlas l’a ramené sur des frontières sensibles, les points de départ d’un itinéraire escarpé dont il a surmonté tous les dangers. Sa mère est née ici, à Béni Mellal, ville fortifiée du centre du Maroc, à deux grosses heures de route de Marrakech. C’est elle qui a eu l’idée de ce séjour. Parce que, sans doute, avait-elle senti que son fils avait besoin d’y puiser de l’énergie, du bien-être et du réconfort. « Nous avons une préparatrice mentale à l’Académie, qui est la mère de mon meilleur pote, Elie, raconte-t-il, et en discutant avec la mienne, elle lui a fait prendre conscience de ce besoin peut-être inconscient. » Elie, c’est Elie Faivre, complice des années ROL, quand le rugby, sport de contact et de copains, est devenu une évidence. « J’ai commencé par le foot à Lunel, raconte- t-il, parce que mon père avait été semi-professionnel. Mon grand frère, lui, avait débuté par le judo avant de se mettre au rugby en 5e, au Collège Ambrussum. Moi, j’étais à l’école Jacques-Brel, et il y avait aussi plein de rugbymen qui sont devenus mes potes. » Dont Elie, avec lequel il a remporté la finale Alamercery le 28 juin dernier au Stade de France, en lever de rideau de la finale de Top 14. Souheib Benabdelkader a 16 ans et, selon le manager du centre de formation, « un avenir tout tracé ». « Les jeunes joueurs talentueux issus des clubs du bassin sont rapidement identifiés, explique Matthieu Austruy, et atterrissent chez nous avec l’encadrement adéquat. Souheib suscite beaucoup d’attentes, et nous faisons en sorte qu’il soit prêt à répondre à chacune d’elles. »
« SOUHEIB SUSCITE BEAUCOUP D’ATTENTES, ET NOUS FAISONS EN SORTE
QU’IL SOIT PRÊT À RÉPONDRE À CHACUNE D’ELLE ”
Le jeune centre fan de Nicolas Depoortère n’a donc que 16 ans, mais il a été surclassé dès son arrivée au MHR, et il est, depuis, l’objet de toutes les attentions. L’année dernière, des clubs, Toulon ou Toulouse, ont d’ailleurs approché son père, « mais je n’avais aucune raison ni envie de quitter Montpellier où je sais que je vais pouvoir m’épanouir ». Souheib Benabdelkader est d’abord un joueur, et même un mauvais joueur parfois. « Petit, confesse-t-il, je pouvais vite devenir insupportable, et je suis toujours aujourd’hui un très mauvais perdant. » Un joueur qui semble tout comprendre avec un temps d’avance, un joueur élégant, capable de fulgurances. « Il a un petit truc en plus », résume Matthieu Austruy, et ça veut tout dire. En décembre dernier, pendant la période de vacances, il a participé à une semaine d’entraînement avec les professionnels, simplement pour mieux comprendre les exigences du haut niveau, et ses rêves se sont esquissés. « Le véritable changement, analyse-t-il, date de ma première année Crabos avec Anthony Floch.
“ J’AI TOUJOURS BAIGNÉ DANS LA RELIGION,
ET JE SAIS QU’ELLE M’AIDE AU QUOTIDIEN ”
Il me corrigeait sur tout. Une course. Un placement. Ce que je ne considérais alors que comme des détails. Il me demandait un effort particulier et m’expliquait en quoi cet effort allait me faire grandir. J’ai vraiment kiffé son approche. Et j’ai passé un cap. Je ne suis plus là seulement pour jouer, mais pour tout faire le mieux possible. » Dans le même temps, il s’est naturellement astreint à une discipline nouvelle. Bien dormir. Bien s’alimenter. S’hydrater. « M’envoyer aussi en musculation, sourit- il. En fait, j’ai arrêté d’envisager ce sport comme un loisir, même un loisir sérieux, pour en faire un véritable objectif. Je veux performer. Je veux gagner. Je veux jouer avec les meilleurs. Je sais les attentes, mais je garde les pieds sur terre. » Une attente peut-être démesurée ? « Non, répond-il, parce que je suis très bien entouré, et parce que, aussi, j’ai besoin d’avoir cette pression, ce mal au ventre avant une échéance, sans quoi je ne peux pas être bon. » Entouré au MHR. Accompagné par un agent, Nicolas Bézy. Conseillé par une chargée de communication. Soutenu par une famille aimante. Son frère a lui aussi joué au MHR. Un troisième ligne pugnace. Sa mère, elle, vient chaque semaine à l’appartement préparer quelques bons petits plats. Et son père veille d’un œil toujours avisé. Il veille à ce qu’aucun écart n’entrave la marche en avant. Il veille à ce que l’école demeure une autre priorité. Souheib est en 1re générale avec une spécialisation maths, physique. « Plus tard, je veux devenir ingénieur dans le sport et imaginer des trucs afin de faciliter le quotidien des athlètes. » Si le centre de formation du MHR a pour vocation de former des joueurs professionnels, il s’attache également à préparer des hommes et à permettre aux jeunes joueurs d’assurer un solide projet professionnel à côté de leur parcours sportif. « Souheib a très bien compris l’importance de ce double projet, souligne Matthieu Austruy, et sait d’ailleurs que les écarts ne sont pas tolérés. C’est du donnant-donnant en fait. On l’accompagne, et il trace sa route en respectant les règles. » Parmi ces règles, il y a celles inhérentes à la religion. Souheib est musulman. Pratiquant. « J’ai toujours baigné dans la religion, dit-il, et je sais qu’elle m’aide au quotidien pour mener mes projets. Par exemple, il peut m’arriver parfois d’avoir un peu de mal à m’écarter du rugby, à prendre du recul, et je trouve dans la religion le soutien nécessaire. » C’est aussi, d’ailleurs, un petit peu pour cela qu’il a aimé le retour aux sources du mois de novembre. « L’année passée, pense-t-il, je n’aurais pas accepté de couper une semaine. Mais je me suis blessé, j’ai été arrêté deux mois pour une lésion de la syndesmose, une articulation située entre le bas du tibia et le péroné, et j’ai senti, j’ai compris, que la coupure me ferait le plus grand bien. »
“ SES RÊVES ONT GONFLÉ
AU FUR ET À MESURE
QUE SON TALENT S’EST AFFIRMÉ ”
Cette blessure, ce voyage, sont les premiers « accrocs » d’une trajectoire linéaire. Depuis trois ans, Souheib Benabdelkader n’a jamais eu l’occasion de vraiment souffler. Alors il a extrait de cette terre marocaine un tempérament et une philosophie devenus aujourd’hui les alliés et les moteurs de son existence. « J’ai surtout compris, assure-t-il, qu’il fallait faire les choses dans le bon ordre. » Probablement est-il enfin lui-même. Sûrement a-t-il trouvé sa voie et son équilibre. Sa vie est en harmonie avec ses envies et son tempérament. Les années ont passé vite. Intenses dans la joie et le labeur. Mais elles ne sont pas teintées ni voilées du moindre regret. Peut-être s’envolera-t-il d’ailleurs, l’été prochain, pour l’Afrique du Sud où les meilleurs joueurs français de moins de 18 ans disputent chaque année les International Series. Il était pressenti pour la tournée 2025. Et même s’il était le mieux classé des centres du Top 100, il a finalement été boudé au profit de joueurs plus âgés que lui. « Cela a été dur à avaler, confesse-t-il, mais ça forge aussi le caractère. Cette saison, j’avais comme objectif d’intégrer le Top 50 avec les 2008. Je voulais faire un gros début de Championnat afin de marquer les esprits. Mais il y a eu la blessure… » Il sait, de toutes façons, que son nom circule dans les bureaux des plus grands techniciens. Il sait qu’il est sur le chemin. Que le plus dur reste à venir. Parfois, il se dit qu’il n’y a pas de raison de douter de sa légitimité. D’autres fois, il se sent plus loin des canons requis. Mais ses rêves ont gonflé à mesure que son talent s’est affirmé. Jouer son premier match avec les professionnels à 18 ans. S’installer dans le groupe. Grappiller du temps de jeu. Retourner au Stade de France… Son esprit maîtrise déjà tous les effets de la balle ovale. Et il n’y a pas de raison de s’écarter des règles données et imposées quand on est, finalement, un gosse comme les autres. Un gosse simple. Resté en l’état malgré les honneurs, les paillettes que l’on colle sur sa tunique flanquée du n°13. Malgré l’argent. Malgré, surtout, le bonheur qu’il goûte aujourd’hui.
Texte par Philippe Pailhories & Photographies par Guilhem Canal
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